[RP] Zcyn

Histoires et aventures role-play (Rappelz, Allods, Aion ou autre jeu)

Re: [RP] Zcyn

Messagepar Sairen » Ven 26 Mai 2017 15:10

La fin était pesante puis, Zcyn !?

Je ris que je ris, ça faisait longtemps, j'ai toujours hâte de voir la suite
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Sairen
 
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Re: [RP] Zcyn

Messagepar zcyn » Mer 6 Déc 2017 19:04

Zcyn LXI

Pauvres fous




« Mais allez, quoi » tenta MissPiggy d’un ton plaintif « rien qu’un peu plus d’ombre à paupières, juste pour soulign… »
« Non, Piggy » répondit sèchement la gouvernante, « Vous vous en êtes déjà mis largement assez. Je vous rappelle que vous n’êtes pas candidate. Une élégance austère est ce qui sied à votre fonction d’aujourd’hui. »

MissPiggy soupira. Maudite gouvernante ! Affectueuse à sa façon. Mais quand elle disait non, c’était non.
Elle se consola à la pensée que dans une pièce voisine du manoir MoneyPenny, sa cousine Tashia, assistée de sa propre gouvernante, devrait elle aussi se contenter aujourd’hui d’un maquillage minimaliste, en vue de la cérémonie de remise des prix. Sauf qu’en plus, elle resterait dans la foule, debout, anonyme. Tashia n’était que remplaçante. Alors qu’elle, MissPiggy serait sur scène, avec le président du comité, entourée des notables de Rondo, et que c’est elle qui remettrait la médaille d’or à la gagnante du concours « Miss Maquillage ». Tout sourire, elle ferait la bise à la lauréate, lui prendrait la main, la lèverait tout en se tournant vers la foule, et recevrait sa part d’applaudissements.

La gouvernante la tira de sa rêverie. Un coursier venait de remettre un pli.
« Piggy, un message du haut conseiller diplomatique de votre Guilde. Il vous enjoint d’aller aux Mines retrouver votre guildie Znyc ou Zync, je n’arrive pas à lire. »
« DarkMatter ? Il veut que j’aille voir Zcyn ? C’est que… »
« Piggy, vous avez largement le temps ! La cérémonie n’est qu’en fin d’après-midi. Plus vite vous serez partie, plus vite vous serez revenue. »

C’est ainsi que MissPiggy se retrouva sur les pentes escarpées menant aux Mines, répétant mentalement ses saluts, ses poses et ses sourires, pendant que son Lydian des sables distançait aisément les Burlocks, ces petits orcs qui avaient colonisé les lieux depuis que l’exploitation des deux mines avait pris fin. Individuellement faibles, ces créatures étaient redoutables en bande et fort capables de tactiques de groupe. Ils utilisaient à merveille le terrain à leur avantage. Sentiers étroits propices aux embuscades. Eboulis de pierres instables rendant toute chute mortelle. Nombre d’aventuriers trop pressés d’aller taquiner Taranida avaient fini en carpaccio avant même d’atteindre les portes du donjon.

Ce n’était cependant pas là que Zcyn l’attendait mais sur un plateau élevé, un des points culminants du site, d’où MissPiggy si elle avait eu l’âme plus poétique que cosmétique aurait pu s’adonner à la contemplation d’un panorama minéral et grandiose, laissant apercevoir la forêt de bambous au Sud et deviner Marduka au Nord.

Elle repéra bientôt sa guildie et mit pied à terre. L’assassine lui porta un regard interrogatif.

. « MissPiggy ? Mais qu’est-ce que tu viens faire là ? »

« C’est DarkMatter qui m’envoie » répondit la riche héritière de la famille MoneyPenny. « Il m’a dit que tu avais besoin d’un magicien de haut niveau. Lui n’avait pas le temps, plongé qu’il était dans des soit-disant recherches livresques, cruciales pour éclaircir un point très important, bla-bla-bla. Moi aussi je suis pressée d’ailleurs, à cause de la cérémonie, tu sais, qui lance la saison du maquillage et de la mode, et moi, en tant que multiple lauréate, je…
Bref, me voilà. Elémentaliste de Sixième rang MissPiggy, à ton service ! Un boss que tu as du mal à tuer ? Ah mais je vois que ta copine Enny est avec toi. Vous ne vous quittez plus, on dirait ! Elle a besoin d’un conseil beauté ? «

Elle se vexa en voyant Zcyn retenir à grand-peine un soupir de déception avant de répondre d’un ton accablé.

« Mais… oui, Enny est là. Elle a besoin d’aide. Ici, on la pourchasse, on ne la laisse pas en paix. Il faudrait qu’elle regagne son monde une bonne fois pour toutes. Il faut trouver un moyen. Et DarkMatter a étudié toute sa vie les portails, les langages anciens, les sorts, les dimensions. Alors que toi… »

MissPiggy avait l’habitude, elle avait entendu ça cent fois, et pas seulement de la part de Zcyn. Toi tu es riche, tout t’a toujours été donné, tu n’as jamais rien eu à apprendre, tes familiers et ton équipement ont gagné tous tes combats à ta place.
Et alors ? Est-ce qu’il fallait être pauvre pour être une vraie Villaine ? Est-ce qu’il fallait habiter une cabane misérable des abords de Katan pour être une vraie aventurière?

La mine sombre et découragée, Zcyn était revenue s’asseoir à côté de la Possédée, à l’ombre, dos à la paroi de roche noire. MissPiggy s’approcha.

« Je peux peut-être quand même aider.Qu’est-ce qu’elle a ? Elle a dû quitter le donjon Espoir à cause des monstres ? Ils sont trop costauds pour elle ? »

Enny la Possédée, déjà agacée que DarkMatter ait envoyé un sous-fifre, ne supporta pas d’entendre insinuer qu’elle puisse être une pauvre créature sans défense.

« Ne peut rien être plus faux ! Es d’une insondable… Ah, n’est pas de mots pour décrire… Etouffe d’indignation, préfère me taire. »

« Et tu comprends ce qu’elle dit ? » demanda l’héritière MoneyPenny, déroutée.

« On s’habitue. » répondit Zcyn en se levant et en commençant à arpenter le plateau d’un pas nerveux, cherchant manifestement que faire de la Possédée. Où la ramener.

« Tu vois, MissPiggy, ce ne sont pas les créatures de son donjon qui la traquent. Ce sont des groupes armés. Des aventuriers, des mercenaires. »

L’ élémentaliste se tourna vers Enny.

« Pourquoi donc ? Que se passerait-il si tu… »

« Si suis tuée? Ne sais. Sont deux solutions plus probables. La Sorcière, pour toujours reste ici, ou pour toujours est coincée dans le monde où a trouvé refuge. »

« Mais qui pourrait avoir intérêt à… »

« Les Roxxors d’un côté. Ah, et Karcinaum de l’autre » répondit Zcyn qui s’était rapprochée du ravin.

« Ma foi, en effet » convint MissPiggy, admirative et stupéfaite devant la capacité d’analyse de sa consoeur de guilde. « Si on en est débarrassés pour toujours, ça fait des Roxxors des héros, leur chef Kévin Oussetonne rentre dans l’Histoire. Et si elle reste définitivement, la menace est telle que cela nous oblige tous à nous ranger à la doctrine de Karcinaum, à cette course perpétuelle vers des sorts, des équipements plus performants… et plus coûteux. Bravo. Beau raisonnement d’avoir tout de suite pensé à eux. »

« Non. » répliqua l’assassine d’un ton soucieux. « Là, en bas. Ils montent. A gauche, je reconnais les uniformes du Conseil des guildes. Karcinaum et trois gardes. Et sur le chemin de droite, un groupe de Roxxors. Deux brigades, je dirais. ».

Et en effet, gravissant lentement mais inexorablement les étroites routes en lacets menant vers le plateau, deux groupes opéraient une manœuvre manifestement concertée d’encerclement, malgré la concavité de la colline qui les empêchait de s’apercevoir.

Dans celui des RoxxorsDuPoney, mené par leur chef en personne, l’humeur était presque joyeuse. On aurait dit des prédateurs sûrs d’avoir piégé leur proie et se léchant d’avance les babines avant le carnage.

« Lucrécia, que dit le magicomachinbidule? Enny est toujours là-haut? »

« Absolument, Kévin. Même sans le stéréomagicomètre je peux percevoir son aura. Par contre, elle n’est pas seule, l’appareil détecte une autre classe mago. Sorcier, clerc, shaman peut-être. »

LegolassKevin l’archer et Pégéhemm le gladiateur suivaient juste derrière.
« Voilà qui confirme nos soupçons, » ajouta l’un d’eux. « Quelqu’un l’aidait, c’est pour ça qu’elle a déjoué nos précédentes tentatives. »

Le chef de guilde acquiesça, puis levant la tête, jaugea avec déconvenue le sentier qui, semblait-il, prenait plaisir à serpenter de toutes les façons possibles avant de daigner arriver en haut. Il allait falloir crapahuter pendant une demi-heure. Perspective ô combien peu enthousiasmante pour quelqu’un dont les armures les plus habilement dessinées ne parvenaient plus à masquer le considérable embonpoint. Mais à cause du téléporteur on avait dû renoncer aux montures, sinon on n’avait pas le temps de faire passer tout le monde. Il regretta d’avoir, préséance oblige, dû laisser au haut dignitaire du Conseil la voie la plus directe et la moins pentue.

Le groupe de Karcinaum, sans surprise, était plus maussade. L’Intendant maugréait à mi-voix, et le reste de la petite troupe observait un silence prudent.

« Douze fois! Douze fois qu’Oussetonne, cet incompétent bouffi, la laisse échapper. A cause de cet incapable qui marine dans sa graisse, me voilà, moi, le deuxième personnage de Rondo et des trois royaumes, en train de marcher sous le soleil, dans la poussière. Je dois tout faire moi-même. Douze fois ! C’est pas possible, il a une sorte de don, il élève l’art d’échouer au rang d’une institution… »

Plus haut, on considérait la situation.

« On est coincées » résuma Zcyn. C’est trop pentu pour descendre par le ravin. On se retrouverait cent mètres plus bas. En petits morceaux.

« N’avez pas peur ! » intervint la Possédée. « Suis très forte dans ce monde, presque invinc… »

<Pouf>

« Repartie dans sa dimension! Hé bien elle choisit bien son moment celle-là ! » lança MissPiggy indignée.

« Elle ne choisit pas, justement. » objecta Zcyn. « Mais toi, tu n’es pas obligée de rester. Si tu as un parchemin de retour, tu peux… »

« Je n’en ai pas. » mentit MissPiggy, à regret. Bien sûr qu’elle en avait. Et puis ça aurait été justement l’occasion de rentrer à Rondo, de se préparer pour la remise des prix. Mais il ne pouvait être question d’être celle par qui le soupçon de la lâcheté serait venu ternir la réputation des MoneyPenny.

« Au moins on n’a plus à protéger Enny. » reprit l’assassine. « Reste ici, retiens Karcinaum, gagne du temps, négocie éventuellement. Je descends m’occuper des Roxxors. »

Et Zcyn entreprit de dévaler le chemin de droite.

MissPiggy la perdit rapidement de vue.

« Elle est folle. Bon, moi je fais comme d’habitude.»

Elle invoqua Fafnir. Et prit le temps de l’examiner avec attention. D’habitude, elle sortait de son sac quelque accessoire de coiffure ou de broderie pour passer le temps, et ne prêtait aucune attention au combat pendant que le familier se chargeait de rôtir les ennemis. Ou de les faire fuir. Mais cette fois elle le regarda étirer son long cou, assouplir ses ailes, humer bruyamment l’air sec du plateau, offrir son poitrail au soleil. Fafnir était l’un des spécimens les plus vieux et les plus grands de son espèce, en termes de taille et d’envergure.

« Il était déjà comme ça quand j’étais toute petite » se souvint la Villaine. Personne ne savait vraiment quel âge pouvaient atteindre ces bêtes écailleuses. Elle ouvrit les bras, la tête monstrueuse vint s’y blottir.

« Charmant spectacle ! »

Le sarcasme claqua comme un coup de fouet. Karcinaum venait d’apparaître. Il reprit son souffle, s’épongea rapidement le front du revers de sa manche, et laissa ses yeux s’habituer à la clarté d’un soleil proche de son zénith.

« Haha », éructa-t-il. Malgré la distance, MissPiggy l’entendait parfaitement, de par la haute paroi auquel était adossé le plateau, formant une sorte d’amphithéâtre naturel.

« Demoiselle » ajouta-t-il en s’inclinant, « l’intensité de la lumière m’empêche encore de vous identifier formellement, cependant je reconnais avec certitude votre familier. Ainsi donc, je suis en présence de la dernière feuille, du dernier bourgeon de la branche des MoneyPenny. Peut-être cela vous amusera-t-il d’apprendre que j’ai préparé une loi qui confisque au profit du Conseil la fortune des familles dont la descendance s’éteint. Oh, mais pardon, vous avez encore une sœur. Ou une cousine, je ne sais plus.
Trêve de plaisanteries. Une fois que vous ne serez plus là pour épauler la Possédée, elle deviendra très facile à éliminer, même pour cet incapable de Kévin.
Car voyez-vous, demoiselle, vous êtes certes accompagnée d’un fort puissant animal, mais il se trouve que j’ai moi aussi ce privilège. »


D’un geste qu’il voulait majestueux, il accomplit le rituel d’invocation. Les trois hommes d’armes qui l’escortaient se reculèrent un peu.

« Et le mien est amélioré. Anthrax, fais ton office !»

L’énorme reptile noir prit une rapide inspiration et cracha le feu, en un jet large et puissant. Les trois soldats n’étaient plus que poussière.

Karcinaum resta quelques secondes devant les restes carbonisés, abasourdi. Puis se retourna vers son familier, qui s’attendait à des félicitations. Il avait agi comme d’habitude, après tout.

« Ramolli du cerveau ! Stupide bestiau goudronneux ! C’était ces deux-là, à l’autre bout du plateau. Allez, attaque !»

Anthrax promena un instant son mufle brûlant au-dessus des trois petits tas de cendre, comme désolé pour le malentendu. Puis il fixa Fafnir, au loin. Les deux créatures écailleuses se jaugèrent. Et dans un même élan prirent leur envol à la verticale.

MissPiggy ne comprenait pas. Karcinaum, lui, savait ce qu’il en était.

« Demoiselle ! Les duels entre dragons respectent certains rituels. Notamment, ils ne sauraient se dérouler sous le regard d’êtres qu’ils jugent inférieurs, tels que nous, les humains. Et ce, quelle que soit l’affection qu’ils puissent porter à leur maître. Ils vont passer tous deux la crête de la montagne. Un seul reviendra. »

La Villaine avait un mauvais pressentiment. D’habitude la simple apparition de Fafnir suffisait à dissuader les créatures ennemies. Celles qui se faisaient brûler, c’était celles qui n’avaient pas fui assez vite. Mais le sombre Anthrax paraissait si déterminé, si sûr de lui… Il était plus petit, elle l’avait bien vu. Mais cela suffirait-il? Il était plus jeune, aussi. Moins expérimenté donc. Mais plus rapide, sans doute.
Agitée de pensées contraires, la jeune fille scrutait le ciel, rongée d’inquiétude.

« Rassurez-vous » continua l’Intendant, ce sera très rapide. Ces combats sont courts, intenses. Sanglants. Ils planent, tournoient, puis fondent l’un sur l’autre. La première passe est généralement aussi la dernière. «

Une silhouette ailée se découpa soudain dans le ciel, décrivant de larges cercles.

« Il n’est pas noir », tenta de se persuader MissPiggy. « C’est le soleil qui fait ça, c’est parce qu’il est à contre-jour. Il est blanc en fait. C’est Fafnir. Bien sûr que c’est Fafnir. »

Ses yeux se remplirent de larmes. Fafnir, le dragon blanc qui avant d’être son familier avait été celui de son oncle. Et de tant d’autres MoneyPenny auparavant, au point qu’il figurait sur leurs armoiries. Fafnir qui avait remporté tant de batailles. Fafnir, dont sa gouvernante lui racontait les exploits quand elle était petite fille, le soir, pour s’endormir.

Fafnir n’était plus.

« Presque trop facile… » ricana Karcinaum. « Et maintenant…Oh mais, que…Il est blessé ? »

MissPiggy leva à nouveau la tête. Les spirales du vol d’Anthrax devenaient beaucoup trop rapides, beaucoup trop serrées. Une aile ne parvenait plus à rester déployée. Il ne planait plus du tout. Il tombait, en fait.

« Bien joué Fafnir » murmura MissPiggy en serrant les poings, tandis qu’un sourire se dessinait à travers ses larmes.

Karcinaum ne bougeait pas, incrédule. Il essayait d’apercevoir le point de chute. Au loin. Tellement loin. Il n’avait plus l’habitude. Toutes ces années au Conseil des Guildes. Un univers clos, fait de murs, de plafonds, de cours intérieures, où l’on ne pouvait porter son regard au-delà de quelques dizaines de mètres. Il ferma les yeux pour recouvrer ses esprits et s’efforça de penser à quelque-chose de concret. A une victime expiatoire. Kévin Oussetonne ! Une fois de plus c’était lui le responsable de tout. Oh ça, il lui refacturerait le prix du nouveau dragon qu’il allait devoir acheter pour remplacer Anthrax. Et son amélioration. Et ses passages de niveaux. Et tout son équipement. Oh, il y en aurait bien pour…

Et d’ailleurs, pourquoi n’était-il pas encore là, ce gros lourdaud, ce bon à rien? Qu’est-ce qu’il fabriquait encore ? Même avec force pauses rendues nécessaires par sa pesante carcasse, même s’il passait par un chemin plus long, plus sinueux, moins bien entretenu, il aurait dû émerger depuis longtemps, de l’autre côté du plateau, avec sa petite troupe.

« Demoiselle ! » lança-t-il à MissPiggy qui s’essuyait les yeux, « Si la fourberie et la traîtrise de votre familier ont tenu en échec la supériorité manifeste du mien, ne comptez pas qu’il en soit de même maintenant. Je suis après tout le plus grand mage de ce monde, et de quelques autres. »

Bientôt une boule de feu traversa l’air. La Villaine n’eut que le temps de se jeter à terre. Le tir était certes passé bien trop à gauche, mais l’impact avait projeté alentour nombre d’éclats de roche en fusion. Elle se releva et commença à alterner flèches enflammées et éclairs foudroyants. En continu. Main gauche, main droite.
Sa portée était bien moindre que celle de Karcinaum, les tirs ne l’atteignaient pas, il s’en fallait de beaucoup. Elle ne cherchait à y mettre aucune puissance non plus, c’étaient des flèches et des éclairs de débutant. Ce tir de barrage n’était destiné qu’à l’empêcher d’approcher, et à lui permettre de se raviser. C’est un malentendu, Intendant, ce combat peut encore être évité, il n’est pas trop tard, on peut s’expliquer.

Eclairs, flèches. Main gauche, main droite, en cadence. Les hanches suivaient, en un mouvement dansant. Elle savait qu’elle pouvait tenir très longtemps comme ça. Elle s’entraînait souvent avec cousine Tashia, à travailler esquive et précision, chacune à l’extrémité d’un long champ bordé de pommiers, qui jouxtait le manoir, et prenant grand soin de ne pas déranger leurs parents qui prenaient le thé de l’autre côté du mur d’enceinte, ni les oiseaux qui nidifiaient dans les arbres du verger.

En face, la colère que le souvenir du chef des Roxxors avait réussi à ranimer, faisait place à l’irritation de voir la cible, cet insignifiant vermisseau, s’obstiner à courir de droite et de gauche, à bondir. A survivre. Les deux mains levées au ciel, il invoquait des sorts de plus lourds, de plus en plus dévastateurs. Il avait l’impression d’avoir fait s’écrouler la moitié de la montagne, d’avoir transformé le plateau rocheux en lac de feu, les parois de basalte en cascades de lave. Il avait prononcé une sentence de mort,et sa magie avait été le bras armé et destructeur de son courroux supra-humain. Pourtant la misérable créature s’agitait toujours, mobile, lointaine. Pourquoi ne se soumettait-elle pas à l’autorité que lui conféraient ses hautes fonctions ? Pourquoi ne se laissait-elle pas tuer sur place? Ni même viser ? L’abattement succéda à l’irritation. Il tendit la main pour qu’un serviteur lui passe une potion. Rien ne vint. Il se tourna et vit qu’il était seul. Seul au milieu de l’immensité. La sueur lui coulait sur le visage, le soleil et le vent lui brûlaient les tempes. Il vacilla, faillit tomber. Au loin, l’insolente vermine gardait les yeux sur lui, immobile à présent mais toujours attentive. Dans le silence revenu où il n’entendait que ses battements de cœur, il discerna un crissement ténu. Un bruit de pas.

Soudain joyeux, il dit « Oussetonne ! »

C’était Zcyn.

MissPiggy, non sans éprouver quelques doutes devant le retour inattendu d’icelle, courut vers son amie qui réapparaissait ainsi après la bataille, ayant soi-disant affronté un prétendu groupe d’élite des RoxxorsDuPoney.

« Mais comment as-tu… ? Tu as réussi à… »
« - J’ai échoué, tu veux dire. Ils ont détalé comme des lapins. C’est ma faute aussi. Je pensais qu’ils étaient plus près, j’ai dévalé le chemin en courant, résultat quand ils se sont enfuis je n’avais plus de jus pour les poursuivre. »

« Quand ils se sont… enfuis, tu dis ? » répéta une MissPiggy de plus en plus suspicieuse et qui s’inquiétait de voir la vantardise sympathique de sa guildie tourner à la mythomanie pathologique.

« - Je m’en veux, ça s’est joué à un rien. Oussetonne a dit Oh non, pas elle. Les deux capitaines, Pégéhemme et LegolasKévin ont dégainé leurs armes. Lucrécia les a empêchés d’avancer et a murmuré Fuyez, pauvres fous. Il y a eu un moment de flottement dont j’aurais dû profiter mais j’étais essoufflée, et total, ils sont partis en courant. La dernière chose que j’ai entendue c’est Oussetonne qui demandait qu’on l’attende et qu’on ne le laisse pas tout seul.
Mais je t’ennuie avec mes banalités. Où tu en es, toi ? Il ne reste plus que lui ? Et pourquoi il ne bouge plus ? »

« Il est dans cet état que tous les mages cherchent à éviter, » répondit MissPiggy. « Il est OOM. »

« - OOM ? »

« C’est difficile à comprendre pour un non-mage. L’énergie magique et la vitalité ne sont pas des choses indépendantes, cette séparation artificielle est une présentation simplifiée qu’on donne aux classes peu intelligentes, comme les assassins. En réalité, pour nous cela ne fait qu’un. Etre privé d’énergie magique, c’est comme pour toi être privé d’eau et de nourriture pendant des jours. Cela arrive peu aux jeunes aventuriers car leur mana se renouvelle très vite. Mais l’Intendant, à son âge, il lui faudra des heures de repos. De plus c’est quelqu’un qui combat peu, il n’a pas l’habitude de variations aussi brutales. L’effet est terrible.»

Karcinaum titubait, bouche haletante, yeux grands ouverts. Tout bougeait autour de lui. L’horizon infiniment lointain voulait l’aspirer. Les montagnes au contraire se rapprochaient, l’enserraient, l’engloutissaient. Le ciel tournoyait comme une ombrelle de carnaval. Le sol même du plateau perdait toute horizontalité et se cabrait comme un cheval sauvage. La poussière que le vent soulevait en tourbillons se mua en une silhouette humaine qui s’approchait.

« Qu’est-ce qu’il fait ? » demanda Zcyn à voix basse, « On dirait qu’il parle à quelqu’un. »
« - Il n’y a personne. » répondit MissPiggy dans un souffle.

La silhouette se rapprochait toujours. Il la reconnut soudain et se figea. Son bâton de mage était devenu un bouquet de roses noires, des roses de Katan, que le fantôme de poussière lui arracha des mains.
« Karcinaum ! Tu te rends compte de ce que tu as fait ? » dit la silhouette en faisant le geste de le gifler. Il recula d’un pas, puis d’un autre.

« Le ravin ! » s’écria l’assassine
« - Arrêtez !» hurla MissPiggy. « Stop ! Stop ! ». Elle se couvrit les yeux, Zcyn la prit dans ses bras.

Il y eut un bruit d’éboulement. Puis, atténué, celui d’un choc sourd. En contrebas, les burlocks ne furent pas longs à s’approcher du corps démantibulé, en un large cercle qui allait se resserrer précautionneusement jusqu’à ce que le plus hardi de la troupe donne le signal de la curée.

« Descends surveiller le corps » lança MissPiggy, « je rentre à Rondo avec mon parcho de retour et je ramène du secours. »

« Un parcho, tiens donc » s’amusa Zcyn avant de lancer quelques Vagues funestes.
« Ouste ! Allez-vous-en. Dégagez, les burlocks ! »


MissPiggy, sitôt arrivée dans la capitale, héla trois gardes, qui prirent note de ses déclarations avec une minutie et une lenteur qu’elle jugea désespérantes.
« « C’est bon ? Je peux y aller ? Je peux y aller ? Mais enfin, ça fait vingt fois que je vous explique ! Qu’est-ce que vous pouvez bien encore avoir à noter ? Allez voir sur place, Zcyn se fera un plaisir de répondre à toutes vos questions, elle n’a que ça à faire, elle n’est pas pressée… »

Tout en négociant avec les autorités, MissPiggy remettait de l’ordre dans sa tenue, se recoiffait tant bien que mal, examinait dans un petit miroir à main les contours de ses yeux. Enfin les gardes la laissèrent partir. L’élémentaliste courut à toutes jambes vers le lieu de la cérémonie. C’était d’ailleurs facile à repérer. Une estrade avait été dressée là où habituellement se trouvaient des mannequins d’entraînements à l’usage des aventuriers. Toute la foule des élégantes et des dandys de Rondo s’y pressait. Une foule fort dense, et qui applaudissait la Miss Maquillage nouvellement élue. MissPiggy jouait des coudes. Mais plus elle approchait de l’estrade plus il lui devenait difficile de se faufiler.
« Place ! Place ! S’il vous plait, il faut absolument que je remette… Ah zut, trop tard. »

Elle venait de reconnaître la voix mielleuse et un peu grasseyante du président du comité.
« Gentes dames, nobles marchands, mesdames et messieurs, la gagnante vient donc d’être désignée, elle aura demain matin sa gravure dans toutes les gazettes de Rondo. Et c’est la très charmante et toujours souriante Tashia MoneyPenny, deux fois lauréate elle-même, qui va lui remettre sa couronne. Mesdames et messieurs, un tonnerre d’applaudissements pour Miss Maquillage et pour Tashia! »


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Re: [RP] Zcyn

Messagepar Sairen » Mar 2 Jan 2018 14:10

Pauvre Karcinaum, achevé par un accès de démence
Sinon je me demande vraiment ce qu'a Lucrecia pour avoir autant peur de Zcyn
Et puis MissPiggy qui montre qu'elle peut se débrouiller, c'est beau

A la prochaine pour le prochain chapitre :bravo:
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Re: [RP] Zcyn

Messagepar zcyn » Mar 22 Mai 2018 20:40

Zcyn LXII

Sur le carreau



L’assassin n’était plus qu’à quelques mètres de la lucarne, qu’il devinait plutôt qu’il ne la voyait. Cela faisait presque une demi-heure qu’il gravissait le mur latéral du donjon de Palmir, Pierre après pierre, centimètre par centimètre, il cherchait ses prises, à tâtons. Au fil des siècles, l’argile qui joignait les pierres de ce mur autrefois lisse, s’était usé, effrité. Les aspérités dans la muraille étaient aujourd’hui nombreuses, et n’eût été l’obscurité, l’escalade aurait été presque facile. Mais la nuit était son alliée. Au dehors du donjon, nul aventurier pour le repérer.
Au-dedans, pas grand-monde non plus. Une patrouille de deux Villains effectuait habituellement une ronde nocturne de routine, histoire de vérifier qu’il ne restait pas, tremblant de peur, coincé dans un couloir entre deux groupes de monstres, quelque jeune aventurier ayant présumé de ses forces et de son équipement.. Mais ce soir l’assassin savait qu’un seul Villain patrouillait, le gladiateur SirWatson. L’assassin avait même calculé le début de son escalade de sorte qu’au moment où, ayant atteint la lucarne, il pénètrerait dans le donjon, le redoutable gladiateur serait au plus loin, dans un secteur diamétralement opposé.

Car ill avait longuement préparé son plan, ce soir en serait la première étape. Et d’ici quelques semaines, son maître serait vengé ! L’enquête sur la mort de Karcinaum avait été scandaleusement bâclée. Le clerc chargé de l’autopsie n’avait relevé que des plaies dues à la chute dans le ravin, aucune provenant d’une attaque magique ou d’une arme. En conséquence de quoi MissPiggy et Zcyn avaient été mises hors de cause, et même félicitées, l’une pour avoir promptement donné l’alerte et l’autre pour avoir défendu la dépouille contre les prédateurs.
Hors de cause ! Et pourquoi pas une médaille, tant qu’on y était ? Le rapport officiel passait même sous silence les élucubrations subséquentes de Zcyn concernant un soit-disant groupe de Roxxors présents sur les lieux au moment du drame. MissPiggy n’avait pas confirmé, et de son côté la guilde des RoxxorsDuPoney avait catégoriquement démenti, jurant ne pas avoir quitté leurs donjons de l’Antre ce jour-là. Au final, le rapport concluait que Karcinaum était venu sur le plateau en quête de tranquillité pour un duel amical avec son familier, familier que dans l’ardeur du combat il avait malencontreusement occis. Se trouvant OOM, il avait tenu divers propos incohérents à MissPiggy qui passait par là par hasard, avant d’être pris d’un évanouissement et de faire une chute mortelle.

Mensongère conclusion, tissu d’absurdités, ce décès arrangeait trop de monde, on étouffait la vérité, s’était dit l’assassin en lisant les gazettes au lendemain du drame. Il était bien placé pour savoir qu’accompli dans les règles de l’art, un meurtre ne laisse ni blessure ni indice. Lui n’en laissait pas. Parmi ses collègues tueurs à gages, il était considéré comme une sorte d’aristocrate. Car il opérait toujours sans armes. Et une fois reçues les roupies du commanditaire d’un « contrat », aucune victime n’en avait jamais réchappé.
Ainsi Ris-Paulin, l’homme qui avait osé faire concurrence à son maître en matière d’amélioration de familiers. Sous Cape, il l’avait suivi sur le bord de mer où ce maître teinturier avait l’habitude de ramasser les coquillages qui lui servaient à confectionner ses pigments. Puis il s’était emparé d’une rame de sa petite barque, l’avait assommé, puis noyé dans une petite crique protégée du vent et des courants, afin que le corps ne fût pas emporté au large et que quelque promeneur tombât nécessairement sur lui quelques jours plus tard. Les enquêteurs avaient conclu à une mort accidentelle par noyade.

L’assassinat de Ris-Paulin, c’était l’un de ceux dont il était le plus fier. Mais ce soir, ce serait son chef-d’œuvre, le premier acte d’une tragédie en plusieurs tableaux. Et la victime en serait Zcyn. La première phase serait de la faire chasser de sa Guilde. Une fois isolée, dépourvue de la protection des Villains, sa réputation ternie, elle deviendrait une proie facile. Il la suivrait, il la pousserait d’une falaise. Tout le monde penserait que ne pouvant supporter la honte et le déshonneur, elle se serait donné la mort.

Cela ne lui posait aucun problème de causer la perte d’une collègue de classe. Au contraire.
« Et d’abord » s’indigna-t-il, « qu’est-ce que c’était que cette assassine qui n’avait jamais assassiné personne ! Qui ne se battait que fort rarement, et seulement contre d’autres aventuriers, en plein jour qui plus est, de face, dans une arène. Cette traîtresse était la honte de sa classe ! La honte de tous les asuras ! »
Sa main crispée par l’irritation descella une pierre, qui tomba lourdement au sol, brisant le silence de la nuit. Par réflexe il passa sous Cape et laissa s’écouler quelques minutes, s’adressant d’amers reproches. Se laisser gagner par ses émotions, quelle erreur de débutant. C’est comme ça qu’on se faisait repérer, c’est comme ça qu’on gâchait tout, c’est comme ça qu’on mourait. Et en plus ça l’avait mis en retard sur son plan.

Enfin la lucarne. Il posa les mains sur le rebord et d’un rétablissement se retrouva à l’intérieur. Le sbire de feu Karcinaum savoura l’instant. « Le gladiateur est loin dans les couloirs, si comme si j’étais seul dans Palmir »
Ce en quoi il se trompait. A l’étage au dessous, dans la bibliothèque, un autre membre éminent de la guilde des Villains était présent. DarkMatter l’élémentaliste, érudit, Gardien du Lore et Grand chambellan, dormait du sommeil du juste, sa bougie éteinte depuis bien longtemps, la joue posée sur une page d’un livre ancien.

Sûr de lui, tout de noir vêtu et chaussé de bottines à semelles de feutre qui ne faisaient aucun bruit au contact du sol en pierre, poli par les ans, l’assassin parcourut le couloir en comptant les portes. Il s’arrêta devant la cinquième, qu’il savait être celle du salon réservé à Hésac , le chef de guilde. D’une poche intérieure il tira deux outils de crochetage et eut tôt fait de venir à bout de la serrure. Il entra et referma la porte derrière lui. L’aménagement était somme toute modeste. Une table massive, une chaise, quelques tabourets, une armoire. Au mur, des armes, quelques trophées, et deux tentures. Sur l’une était dessinée une carte du monde connu, sur l’autre un plan détaillé de Palmir, avec des croix aux emplacement jugés favorables pour masser des troupes en cas de siège.. Sur la table, une plume, un encrier, et une pile de registres ouverts. Il prit les deux du dessus.

Il s’agissait maintenant de travailler un peu la mise en scène. Du mur, il décrocha une lourde masse d’armes au manche garni de fer. Il revint dans le couloir et, faisant levier, pesa sur la serrure extérieure de la porte jusqu’à la tordre, jusqu’à desceller deux des quatre vis qui la maintenaient. Il remit la masse au mur et sourit. Lui dont l’art résidait dans la discrétion, il voulait justement, ce jour-là, que l’effraction soit visible, évidente, flagrante.
Dans quelques heures le jour reviendrait, l’alerte serait donnée. Par routine, par acquit de conscience, on ouvrirait tous les casiers. Dans celui de Zcyn on retrouverait les deux documents volés. On y trouverait aussi une note pliée en quatre, qu’il avait préparée à l’avance.

« Continuez à œuvrer contre les Villains.
Grâce à vous, leur fin est proche.
Ha ! On ne se méfie jamais assez des assassins. »


Il descendit un escalier. La salle des casiers était juste là. Zcyn avait le droit d’en utiliser un, comme tous les Villains qui avaient un certain rang dans la guilde mais ne faisaient pas partie de l’état-major. Elle était fière d’y voir son nom en belles lettres rondes. C’est DarkMatter qui lui avait rendu ce service, elle-même n’était pas très douée pour écrire. Elle y rangeait ce dont elle ne se servait pas très souvent, ou qui était trop dangereux à garder là où elle habitait, chez Fargdun, sa grand-mère adoptive. Son arbalète par exemple, d’autant que n’ayant pas la force pour la charger rapidement elle la gardait prête à l’emploi, carreau encoché, câble tendu. Et rangée verticalement, parce-que sinon ça ne rentrait pas dans le casier.

L’assassin considérait le nom calligraphié avec soin.
« Bientôt il faudra en écrire un autre, ce casier sera libre. » Il frémissait de plaisir anticipé. Demain, Zcyn serait accusée par ses pairs. Elle se défendrait mal, elle ne trouverait pas les mots, elle s’emporterait, la misérable. L’infâme, l’abominable assassine, serait exclue, chassée, bannie. Haha, bannie! Abandonnée de tous, elle errerait comme une âme en peine, ployant sous le chagrin et l’opprobre, jusqu’au moment où il mettrait un terme à ses souffrances. Et ce jour-là maître Karcinaum serait vengé. Vengé ! Vengé !
II ouvrit la porte du casier.

« dzoinnng….tchac ! »

Le carreau rentra sous le menton et ressortit par le haut du crâne. L’assassin mourut debout. Tombant vers l’avant, le corps referma le casier et, glissant lentement au sol, y laissa une longue trace ensanglantée.
Ce fut DarkMatter qui, sortant de la bibliothèque et se disposant à rentrer chez lui, découvrit la scène morbide. Il s’empressa de faire d’abord un peu de lumière en allumant quelques torches murales à coup de Flèches enflammées. SirWatson, de retour de sa patrouille le rejoignit.

« DarkMatter ! La porte du chef a été enfoncée. Oh mais… »

« - Et ce type-là est mort » répondit l’élémentaliste. « C’est toi qui… ? »

« Euh, oui. Oui, évidemment, c’est moi. »

Le gladiateur tâchait de dissimuler son trouble. Protéger Palmir contre les intrusions, les cambriolages, cela faisait certes partie de la mission des patrouilles nocturnes. Mais il préférait de beaucoup arpenter le donjon, à la recherche d’aventuriers à secourir, qui le verraient apparaître dans son armure étincelante, accompagné de son ange, s’immobiliser dans une posture avantageuse, pourfendre chaque monstre et les raccompagner jusqu’à la sortie. Puis dans les tavernes ils chanteraient les louanges de leur sauveur, accroissant ainsi à travers le monde sa renommée et sa gloire. C’était du moins le dernier avatar des plans de SirWatson pour accélérer l’accomplissement de son destin épique.
L’autre zone de Palmir, interdite aux aventuriers et, a fortiori, aux monstres, n’était guère palpitante à surveiller. Il ne s’y passait jamais rien. Sauf que là, il y avait un mort. Un mort impossible à expliquer. Alors il fallait bluffer. Et espérer.

« Comme je te le disais, j’ai vu la porte fracturée » reprit le Gladiateur, « j’ai suivi les traces jusqu’ici, il a voulu s’enfuir, je l’ai abattu, et puis je suis allé faire ma ronde, car il y a quand même les aventuriers à secourir, et puis il pouvait y avoir des complices. Je t’aurais appelé si j’avais su que tu étais là. »

« - Tu abats les gens juste parce-qu’ils s’enfuient, toi ? Et à l’arbalète ? » interrogea un DarkMatter encore choqué par sa découverte macabre.

« Absolument » répliqua SirWatson sans se démonter. « Je suis le Capitaine de guerre de cette guilde, je me dois de maîtriser toutes les armes. Le, comment on dit, la sorte de flèche, ah oui, le carreau, a ricoché au sol et a frappé le type de bas en haut. »

DarkMatter avait commencé à examiner le cadavre.

« Son visage m’est inconnu. Classe Assassin, manifestement. Pas d’armes sur lui. Aucun emblème de corporation, aucun blason de guilde. Pas de nom sur ses vêtements, ni même d’initiales. Juste ces deux documents, le registre de nos commandes d’armes pour les guildies, et l’agenda du chef. Ah, dans cette poche, un genre de passe-partout et une tige en fer recourbée. Et une note aussi. Continuez à œuvrer contre les Villains. Grâce à vous, leur fin est proche … »

« Tu vois bien » enchaîna un SirWatson radieux, « c’était un homme de main, un crocheteur, un mercenaire payé par, je ne sais pas, quelqu’un qui veut nous nuire. »

«- Ma foi, tu as raison. Bon, il faut en savoir plus, on le ranime. Je vais chercher un parcho de résurrection dans la bibliothèque. »

SirWatson blêmit. Jusqu’ici il s’était dit que finalement, tout se goupillait bien, que peut-être même la Déesse lui donnait un petit coup de pouce et lui faisait en quelque-sorte comprendre qu’elle voyait les ambitions épiques du Gladiateur avec bienveillance. Mais si l’on ranimait l’assassin, tout s’écroulait.

« Comment ça ? Mais non. Il est, euh, trop abîmé, et puis… et puis ça fait trop longtemps. »

« - Pas du tout, c’est encore très rattrapable. Bon, je ne dis pas qu’il n’y aura pas quelques séquelles, mais… »

« Rien du tout » trancha SirWatson en chargeant le corps sur son épaule. « Ras-le-bol d’être la petite guilde gentille qui prend les coups sans jamais les rendre, et qui en plus dit merci. Il y a un moment où il faut se faire respecter. Je vais le jeter sous le pont, dans le précipice. Et puis d’abord je suis l’aide de camp du chef. Et aussi c’est moi qui suis en charge de la patrouille, cette nuit. Alors on fait comme je dis. »

DarkMatter n’insista pas. Il rentra chez lui finir sa nuit. Se réveilla au petit matin, agité de mornes pensées. Qu’était devenue cette guilde ? Où était le temps de la montagne de Cristal, où tout le revenu du donjon était consacré à festoyer, à préparer des banquets, à boire et à chanter avec les jeunes apprentis ? A se tirer la bourre avec les deux autres guildes de l’alliance, pendant les sièges, pour savoir qui dessouderait le plus d’ennemis ? Quand Moonkir le belluaire jurait comme un charretier en courant après ses familiers échappés de leur cage ? Quand SirWatson accompagnait les jeunes recrues aux Reliques, leur premier donjon ? Quand Hésac leur chef participait encore au concours annuel de PvP dans l’arène d’Horizon ?
Les Villains aujourd’hui étaient plus forts à eux seuls que toute l’ancienne alliance réunie, plus riches aussi, mais… Mais Hésac le Sorcier n’avait plus de temps pour rien, accaparé par les conclaves, les conciliabules, les réunions secrètes, les luttes d’influence. Moonkir négociait ses familiers à l’Hôtel des ventes, à coup de roupies. Et SirWatson tuait des gens.

Il essaya de lire un des dix-neuf tomes de l’histoire de la guerre contre la Sorcière mais referma le volume, incapable de fixer son attention. Il sortit, marcha dans les rues, au hasard, se perdit plus ou moins, sans s’en alarmer. Aperçut une taverne qu’il ne connaissait pas.

Le tenancier essuyait un verre avec un chiffon. La salle était basse, sombre, bruyante, enfumée. Non, décidément, ce n’était pas ici non plus qu’il pourrait reprendre ces petits entretiens dont il raffolait, autour de deux tasses de thé, avec son ancienne protégée Lucrécia. La plupart des convives étaient assis autour d’une longue table, à écouter, une chope à la main, un grand type aux épaules larges, planté juste sous le lustre principal, une vieille roue de charrette où l’on avait collé une douzaine de bougies. Le type était habillé en bûcheron. Déguisé plutôt, tant sa chemise avait des couleurs trop vives et sa hachette était trop neuve. DarkMatter se pencha vers le tenancier.

« C’est qui, cet homme qu’on voit de dos, avec la petite hache ? »
« Les autres c’est des réguliers, ils viennent là tous les jours » expliqua le tavernier. « Lui, je le connais pas, mais tant qu’ils paye des tournées, tous les gars sont prêts à applaudir ses histoires, et moi à les servir en vin et en bière. Vous prendrez quoi ? »
« Donnez-moi ce que vous avez » répliqua distraitement DarkMatter en posant deus roupies sur le comptoir. Sourcils froncés, Il marcha vers le grand type.

« Qu’est-ce que tu fais là, et avec ce costume ? C’est toi, SirWatson ? »
« Non » répondit SirWatson. « Je suis un humble bûcheron de la Forêt aux conifères. Mais je connais ce nom que vous dites, ce gladiateur pétri de noblesse et de bonté. Comme je le racontais à mes compagnons de bouteille, mon petit neveu s’est lancé dans la carrière d’aventurier. Et la semaine dernière, égaré dans Palmir, à bout de souffle, sur le point de mourir sous les coups d’une meute de harpies, voilà-t-y pas qu’il voit surgir, nimbé d’une intense aura de lumière, dégageant un charisme magnétique, puissant et magnanime tel le bras armé de la Déesse,… »

« Je vois, je vois. » le coupa DarkMatter. « Hé bien si votre neveu croise à nouveau le chemin du héros légendaire que vous décrivez, faites-lui donc dire qu’il a oublié de signer le registre de patrouille, la nuit dernière. »



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Re: [RP] Zcyn

Messagepar zcyn » Lun 4 Juin 2018 18:30

Zcyn LXIII

D’une pierre deux coups


« Bon, hé bien voilà, je vous ai redressé le loquet autant que j’ai pu » lança le serrurier, « Maintenant à votre place je ferais refaire toute la porte, parce-que pourrie comme elle est, rafistolage ou non, vous êtes pas à l’abri d’un nouveau cambriolage. »

« - Nous ferons en sorte que ces futurs cambrioleurs n’arrivent pas jusqu’à cette porte. N’est-ce pas, SirWatson ?» répondit dans un sourire Hésac le sorcier en reconduisant l’artisan. Puis il revint vers ses deux collaborateurs. Et il ne souriait plus du tout.

« SirWatson, DarkMatter, inutile de vous dire que je ne suis pas content de vous. SirWatson, tu vas arrêter cette fantaisie de patrouiller tout seul. Je me fiche de ton petit numéro de sauveur céleste. DarkMatter, dormir c’est chez toi que ça se passe. Tous les deux, la Guilde n’est pas l’instrument de votre ambition ou de votre confort, les Villains ne sont pas là pour vous monter votre répu ou vous fournir une chambre à coucher annexe.

D’ici quelques jours, je pars chez Crime-Sud, pour essayer de le convaincre d’étalonner le donjon Classe Maître en catégorie assa. J’y serais allé avec toi, SirWatson, en tant qu’aide de camp c’est ta prérogative de m’accompagner, si tu n’avais pas été aussi désinvolte. Et DarkMatter, ce n’est certzinement pas toi qui vas le remplacer! Non, mais vous vous rendez compte… Et toutes ces traces de sang sur le casier de… »

« - Bah, ça se nettoie très bien », tenta DarkMatter « Un chiffon en peau de dragonnet, un peu de savon, Zcyn n’aura qu’à frotter un peu. »

« Ce n’est pas de nettoyage qu’il s’agit. Fichez-moi le camp. SirWatson, tu es de patrouille pour toute la semaine à venir. DarkMatter, tu vas me classer tous les livres de la bibliothèque, par thématique, avec un sous-classement alphabétique. »

Le chef de guilde se retira dans son bureau. Il fit jouer plusieurs fois le loquet. Ca coinçait un peu, et c’est vrai que ça n’inspirait pas grande confiance en termes de solidité.

Il s’assit dans l’unique fauteuil. Non, assurément, il ne s’agissait pas de nettoyage. Le problème c’était que le cambrioleur, entre tous les endroits possibles, avait choisi de mourir au pied du casier de Zcyn. Zcyn qui chaque jour davantage se croyait une créature à la fois supra-humaine et maudite. Les jeunes recrues de la Guilde l’idolâtraient. Ils racontaient qu’elle avait gagné deux sièges à elle toute seule.

« Et le pire, c’est que c’est vrai » pensa Hésac avec irritation.

Mais pas au sens où l’entendaient les jeunes recrues, qui l’imaginaient pourfendre de ses dagues des hordes entières de troupes assiégeantes, laissant derrière elle des couloirs jonchés de cadavres. Alors que c’était tout l’inverse. C’est justement parce qu’elle était mauvaise en PvP que, paradoxalement, ces deux sièges avaient été gagnés.
Et quelle erreur ça avait été de la laisser remporterr ce combat contre lui! S’il avait fait le duel contre n’importe-qui d’autre, tout le monde aurait compris que c’était du théâtre. Mais elle, elle avait trouvé ça normal, évident. Et les jeunes recrues aussi, du coup. Le pompon, ça avait été cette invention absurde d’avoir fait détaler comme des lapins toute une brigade de Roxxors, juste en apparaissant devant eux sur un chemin creux des Mines Oubliées. Hallucination, au mieux. Folie, sans doute. Qu’allait-elle s’imaginer alors en apprenant l’histoire du cambriolage, que les ennemis mouraient rien qu’ en lisant son nom sur une porte de casier ?
Non, ce n’était plus possible, tant pis pour tous les jeunes aventuriers qui joignaient les Villains à cause d'elle. L'imagination, les illusions, à long terme la guilde y perdrait tout.
Devant lui sur la table était posé le registre des passages de rang.

"L'écrit, voilà ce qui compte, voilà ce qui subsiste, voilà qui survit aux années et aux siècles."

Il prit le livre et l'ouvrit à la page de son passage de rang de sorcier. Avec les deux étoiles que le Conseil des Guildes lui avait accordées, témoignant qu'il avait réalisé le meilleurs temps de la session, toutes guildes et toutes classes confondues.

"Cela m'a valu d'être invité à Rondo par Buvenir, le Premier Conseiller. "

Ce qui le rendait le plus fier fier en tant que chef de guilde, c'est qu'un autre Villain avait, plus tard, lui aussi reçu cette distinction.
Il tourna les pages jusqu'à arriver à celle de SirWatson.

"Et voilà! Les deux étoiles, lui aussi! Holà, mais..."

Il revint à sa page à lui. Puis à nouveau à celle du Gladiateur. Etonnament, les deux étoiles de SirWatson étaient plus pâles. Ce qui n'aurait pas dû être le cas, le passage de rang de SirWatson étant plus récent. Et d'ailleur, l'encre était plus foncée sur le reste de la page.

"Non, ça ne peut pas..."

Pris d'un doute terrible il chercha la page de Zcyn. En lumière rasante, de tout près, on pouvait deviner deux étoiles, presque effacées. Trois fois il referma le volume, cligna des yeux, rouvrit le registre et retrouva la page de l'assassine. Les étoiles étaient toujours là.

"Et quand bien même? C'est égal, ça ne change rien!" s'écria-t-il en jetant le registre contre un mur.

il fallait la ramener à la raison tant qu’il en était encore temps, avant qu'elle n'essaie d'affronter Tamahakan à main nues, ou de nager dans de la lave. Il fallait lui démontrer qu’elle était ordinaire, banale. Et déjà pour commencer, que dans sa classe d’assa, elle était à peine dans la moyenne, qu’il en existait d’incommensurablement meilleurs.

Le Sorcier se leva. Il savait maintenant qui, dans quelques jours, l’accompagnerait chez Crime-Sud.


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Re: [RP] Zcyn

Messagepar zcyn » Ven 15 Juin 2018 18:38

Zcyn LXIV

Nim-Nim



D’ici une heure, le soleil se lèverait. Assise sur les marches d’un escalier, la figure encore chiffonnée de sommeil, Zcyn considérait les commerçants de la place du marché de Rondo, qui finissaient d’installer leurs étals. Comment faisaient-ils pour se lever aussi tôt ? Chez sa grand-mère adoptive Fargdun en tout cas, ancienne marchande de fleurs, la retraite n’avait pas émoussé cette capacité. Sortir du lit quasi en pleine nuit, mettre à réchauffer la soupe de la veille, disposer sur la table bols, pain noir et quelques fruits, lui fut facile. Réveiller Zcyn avait été plus ardu.

« Debout, feignasse! Debout, te dis-je. » Il avait fallu la secouer un peu. « Tu ne veux pas faire attendre ton chef de guilde, quand même? C’est aujourd’hui que vous partez en expédition je ne sais où »

Et maintenant l’assassine était là, à attendre Hésac le sorcier, pour aller… hé bien, elle ne le savait pas non plus.
Le va-et-vient des boutiquiers avait pris fin et, nonobstant l’obscurité encore bien présente, le marché arborait à présent cet aspect tranquille et bonhomme que lui connaissent les aventuriers, et qu’ils trouvent aussi naturel que la présence de monstres dans les donjons.

Quelque-chose cependant allait d’étalage en étalage, et s’en faisait chasser. Quelque-chose de petit. Zcyn plissa les yeux pour mieux distinguer. C’était un kobold.des marais. Un jeune, vu la taille. Non pas que les kobolds soient bien grands même à l’âge adulte. Il s’approcha d’une table couverte de confiseries, autant qu’il le pouvait vu que l’énorme chien du marchand grognait sur lui et qu’il en avait peur. Il tendit une patte pour mendier mais ne reçut rien. Il tenta sa chance auprès du marchand de fruits, sans succès non plus. Le vendeur de gibier et de venaison ne fut pas plus généreux. De nouveau, il se dirigea vers le confiseur. Le marchand fit le geste de détacher son molosse. Le kobold s’éloigna, sans toutefois pouvoir se résoudre à quitter définitivement les lieux, reniflant de ses narines reptiliennes les effluves de nourriture.

Zcyn se souvint d’une conversation avec Moonkir, le belluaire de guilde, qu’elle était allée voir un soir à Palmir pour faire soigner son loup Sabaka.
« La riche ville de Rondo », avait-il expliqué avec une moue désapprobatrice, » s’est découvert une nouvelle lubie. Cette année, on n’offre plus de poupées ou de soldats de plomb aux enfants, on leur offre des petits kobolds. Achetés à des chasseurs qui en font le trafic. Même taille qu’une poupée, mais ça bouge, on peut leur apprendre des mots, et c’est inoffensif. Au besoin, on leur lime un peu les dents et les griffes. Les enfants sont ravis, ils jouent à cache-cache avec eux, font des dinettes de lait et de gâteaux. Et puis un jour ils se lassent. Le jouet vivant quant à lui a un peu grandi, il n’est plus drôle, hardi, curieux de tout comme au début. Le naturel craintif de la race reprend le dessus. Les enfants en réclament un autre, ou un animal différent, en tout cas ils ne veulent plus de celui-là. »

L’assassine trouva dans sa poche une pomme, fourrée là par Fargdun en prévision d’une longue journée. Méfiant mais affamé le petit kobold s’approcha. Tendit la patte.

« Nim-Nim faim. Toi, donne ? »

Zcyn sourit. A cause de la voix qui sonnait un peu faux, mais manifestement il comprenait ce qu’il disait, ce n’étaient pas des mots répétés au hasard comme le font certains oiseaux A cause du nom aussi, choisi par ses maîtres et bien éloigné des sonorités rauques et gutturales propres à cette espèce. Elle fit rouler le fruit vers le lézard, qui s’en saisit avidement, et commença à le manger, sans jamais quitter la Villaine des yeux, prêt à déguerpir au moindre geste brusque. La pomme disparut rapidement.

« Toi, donne ? »

Zcyn n’avait plus rien. Mais Nim-Nim avait humé l’air et s’était retourné brusquement. Il fixait l’artisan-confiseur qui s’approchait d’eux, tenant ostensiblement une large tranche de pain. Il la montra au kobold pour que celui-ci le suive, et prit la direction de la sortie de la ville la plus proche, celle qui menait à la Ferme des créatures.

« Ah, les braves gens » se dit la jeune fille. « Evidemment qu’ils n’aiment pas le voir tourner autour de leurs boutiques. C’est normal. Mais pour autant ils ne sont pas insensibles à la détresse de cette pauvre bête, au triste sort de ce reptile élevé par les hommes, abandonné, bien incapable de chasser ni même de retourner aux Marais du Nord-Ouest de Katan dont il est originaire. Ils sont bourrus ces marchands, mais ils ont bon cœur, au fond. »

Le commerçant avait atteint la limite entre la ville et les sortes de pelouses sauvages où les koalas faisaient la ronde et où s’ébattaient les lydians.

« Et d’autres choses aussi, bien moins sympathiques » se souvint la Villaine. « Tous ces Fanatiques à démolir pour passer assa. Ces mécaniques à la noix, créées par la guilde des Roxxors. Les Surogate, les Immordels, les Commandants. Maintenant je suis trop forte pour eux, ils peuvent même pas me toucher, mais à l’époque je m’en serais jamais sortie. Heureusement que Moonkir m’avait prêté un familier, et encore il est mort plein de fois. C’était quoi, déjà ? Ah oui, une salamandre. »

Le confiseur considérait la pelouse, semblant évaluer, estimer, calculer. Puis il lança la tranche loin devant lui.

Zcyn comprit trop tard.

« Non ! Petit kobold !»

Elle bondit, mais elle savait qu’elle était beaucoup trop loin. Le kobold avait couru jusqu’au point de chute, et avec un grognement de convoitise avait saisi le morceau de pain. Il le porta à sa gueule. Et dans son dos entendit un bruit. Tout proche.

La meute s’abattit sur lui. Il hurla.

« Aide Nim-Nim! Aide! »
Deux fois il disparut, submergé par la masse grouillante des Fanatiques. Deux fois il se releva, sanglant, tendant les bras vers Zcyn.
« Aide…. »

La troisième fois il ne se releva pas. Dans un frénétique cliquetis de lames, les Fanatiques déchiquetèrent jusqu’au plus petit lambeau de chair. Puis il y eut une sorte de déclic, toutes les marionnettes mécaniques se figèrent, et l’instant d’après se remirent en marche, imperturbables.

Le confiseur revenait vers la place du marché.

« Trois jours qu’il traînait là, à importuner les clients et à essayer de nous voler notre marchandise. «

Zcyn revint s’asseoir sur les marches, s’étonnant de l’amertume qu’elle ressentait. Des kobolds, elle en avait tué des dizaines, souvent sans même y prêter attention, juste parce-que dans le groupe de monstres il y en avait un ou deux. Mais celui-là était venu à elle. Il l’avait fait rire avec sa voix ridicule. Elle lui avait donné une pomme.
Sa tête agitée d’idées maussades s’affaissait sur ses genoux. Ses paupières se fermaient. Et se rouvrirent d’un coup.

« En route, mauvaise troupe ! » Le chef de guilde tapotait de son bâton les bottes de l’assassine.

Ils empruntèrent la sortie Sud. Juchée sur son ornitho, Zcyn fixait l’horizon droit devant elle, s’efforçant de ne pas regarder l’endroit où Nim-Nim avait péri. Bientôt ils perdirent de vue la ville. Quittant les voies principales, ils bifurquèrent vers l’Est et traversèrent la région des Roseaux verts. L’assassine, quoique dubitative devant ces inutiles détours, n’osait questionner son chef et, incertaine des possibles règles protocolaires à observer, lançait juste des phrases anodines de-ci, de-là.

« Les roseaux verts… Luerphédon ma panthère s’est enfuie par là, une fois. »

Dans la forêt obscure, elle hasarda « Ah, on est dans la zone des wyverns. C’est là que j’ai passé mon cinquième Rang. J’ai fait un bon score! Il n’y a que Kazanov qui a fait mieux. Kazanov… »

La mine de la jeune fille s’était assombrie. En guise de réponse, le Sorcier lança son lydian au galop. Il ne voulait pas que dans l’esprit de Zcyn macèrent de sombres idées de culpabilité, de destinée légendaire qui l’excluait du monde des humains, de stature quasi-divine dont le prix à payer était d’être maudite, de causer la perte de ceux dont elle croisait la route. Le rattraper, rester en selle sur un ornitho qui cavalait à fond de train, ça allait la tenir occupée.

En peu de temps il furent dans Marduka.
« Mes respects, Garde Benny ! » s’écria Hésac en passant devant le poste de garde. Zcyn adressa aussi un vague salut, tout en cherchant à ne pas se faire trop distancer. Le Sorcier continua à longer la côte, et ne mit pied à terre qu’au voisinage de la Ville en ruine.

« Allez, on est assez loin maintenant. Dix minutes de halte, pour faire souffler les montures. »
Il s’assit à l’ombre d’un mur à moitié démoli, suffisamment loin du portail qui menait à El-Kassia pour ne pas être dérangés par quelque groupe d’aventuriers. Ni entendus.

« Nous allons continuer à longer la côte, jusqu’au Marais des noyés. Enfin, on va quand même s’épargner la Montagne de cristal, on coupera plein sud une fois dépassé le Verger de l’aurore. »

« Le Marais des noyés ? « s’étonna Zcyn. « Mais pourquoi on a fait tout ce chemin ? Et on n’est même pas sortis du bon côté de Rondo… »

« C’est que vois-tu, Zcyn, nous allons chez quelqu’un dont c’est peu dire qu’il est méfiant. Il va nous demander qui nous a vus, par où on est passés, si on est sûrs de ne pas avoir été suivis, etc. J’ai la chance, ou peut-être la malchance d’être, parmi les chefs de guilde ou officiels divers, au nombre de ceux à l’égard desquels il se montre un peu moins suspicieux. En conséquence de quoi, il a accepté que je passe le prévenir quand ce serait son tour de tester le donjon classe Maître. Et ce jour est venu. «


« - Et après lui, ce sera à moi ! »

« Mais oui, Zcyn. Autant te dire qu’au Donjon, ils sont dans leurs petits souliers, ils espèrent qu’ils ont prévu assez large pour avoir de quoi tout réparer après que Crime-Sud aura mis en pièces leurs monstres. Et probablement leur donjon. «

« - Crime-Sud ? Ce nom me dit vaguement quelque-chose. C’est un assa comme moi, n’est-ce pas ? »

« Comme toi ? » répondit Hésac avec un sourire moqueur. « Comparée à lui tu es à peine une rôdeuse, une apprentie pour ainsi dire. Il a totalement révolutionné la classe. Il a été le premier à se mettre aux armes éthérées, à une époque où c’était instable, où ça cassait facilement. A une époque où le rechargement était long, fastidieux, où l’éther de chaque arme de recharge devait être extrait dans une pierre à usage unique. Cela prenait des heures, sans compter tous les accessoires qu’il fallait acheter, et qui étaient détruits dans l’opération. Aujourd’hui c’est facile, mais à son époque personne n’était aux armes éthérées. Sauf lui. Mais surtout, surtout, il a inventé le concept de vitesse de frappe. Privilégier la fréquence sur tout le reste. Sur la force, sur la précision. «

«- J’aimais mieux être aux dagues aussi, quand j’y pense », glissa Zcyn.

« Crome-Sud, là aussi, fut longtemps un précurseur incompris » reprit le Chef de guilde. « Quand il chercha à rentrer chez les RoxxorsDuPoney, là où vont les meilleurs, ils s’esclaffèrent devant sa théorie, ils le jetèrent dehors. Chez les Roxxors, on privilégie le dégât pur. Tuer l’ennemi en un seul coup. Un coup qui frappe très fort, à la manière d’un Pégéhemm, leur gladiateur. Ou qui cible un point très vulnérable, comme le font LégolasKévin leur archer ou Lucrécia leur mago.
Même des gens comme Fragil ou Seita, les chefs de guilde des Paragons, qui sont souvent à l’opposé des Roxxors, trouvaient que ça ne tenait pas la route, défensivement parlant. Crime-Sud ne commença à convaincre qu’à partir du moment où il découvrit la Soif de sang des crakens. »

« - Comment ça ? Mais c’est moi qui… » s’indigna Zcyn in petto. Longtemps, les seules cartes d’apprivoisement qu’elle avait lootées n’avaient été que des crakens. RossPess avait été l’un de ses premiers familiers. Voyant qu’Hésac était lancé dans son histoire, elle préféra cependant ne pas l’interrompre.

« Avec la Soif de sang, Crime-Sud résolvait la question de la survivabilité. Plus il tapait vite, plus il était soigné. Il paracheva son œuvre en dérobant à Kévin Oussetonne, le chef des Roxxors, de quoi créer la recette d’une nouvelle forme d’éthérage, la Concentration.
Cela porta un coup terrible aux Roxxors. Plus personne ne voulait venir chez eux. Tout le monde voulait devenir Assassin. Le lac d’Arrogance était envahi de pêcheurs qui cherchaient à attraper des crakens. Et Crime-Sud se rêvait à la tête d’une Guilde dont il serait le chef, qui n’accueillerait que des assas, et qui surpasserait les RoxxorsDuPoney.


«- Ah bon ? Je n’ai pas reçu d’invitation » pensa Zcyn à voix haute, avant d’ajouter précipitamment « Mais je n’y serais pas allée bien sûr, je serais restée chez les Villains »

« L’erreur de Crime-Sud » poursuivit Hésac imperturbablement, « fut de croire que son seul adversaire serait Kévin Oussetonne et sa guilde. Mais les Roxxors avaient partie liée avec Karcinaum, et donc la toute-puissance du Conseil des Guildes. Crime-Sud ne trouva aucun appui, ne reçut pas l’autorisation de fonder une guilde. Pire, Karcinaum fit élaborer une algue microscopique qu’il dissémina dans les lacs et les cours d’eau, pour infecter les Crakens et réduire à presque rien leur Soif de Sang. Et pour couronner la contre-offensive, les forgerons de Rondo, Katan, Laksy et Horizon reçurent ordre de changer leur façon de fabriquer les dagues. D’en alourdir et d’en rallonger le manche, d’en raccourcir la lame. Bref de les rendre beaucoup moins efficaces.

« - Bon, je reste aux épées, alors. » pensa Zcyn.

« Crime-Sud ne s’en remit jamais vraiment. Réalisant que la classe assa ne serait plus jamais efficace, il tenta de se reconvertir en Mage. De par sa grande connaissance de l’équipement éthéré, Il y devint assez performant, sans toutefois apporter de bouleversement radical.
Obstinément, il continua à essayer de se trouver une nouvelle classe. Je ne sais pas où il en est en ce moment. Cabaliste, peut-être.
Sa santé mentale vacilla. Ses tendances paranoïaques, qui existaient depuis toujours, s’accrurent encore. Il quitta la ville. Oh, si Karcinaum avait vraiment voulu lancer ses limiers sur sa piste, il l’aurait retrouvé. Mais il le jugeait désormais inoffensif. Mieux, c’était un exemple vivant, un avertissement pour tous ceux qui auraient voulu se dresser sur son chemin ou sur celui des Roxxors.
Allez! Mon lydian s’est assez reposé, on repart. Il faut arriver avant la nuit, quand même. »

Territoire des hommes-lézard. Bois des fées. Souche des boisés. Portail vers l’Ile perdue. Verger de l’aurore. Les paysages défilaient. Zcyn réalisa que le Sorcier n’était pas accompagné de sa sirène. Cela faisait un sujet de conversation.

«- Castafiore est restée à Palmir ? »

« Non, elle est au Village des Créatures. Oh, juste pour quelques jours, je n’ai pas les moyens de la laisser très longtemps. Améliorer son familier, c’est un gouffre à roupies. »

«- Et en allant trouver Ris-Paulin ? Moi, il m’a amélioré Luerphédon pour rien. C’est une bête de guerre maintenant, il faut voir comment elle massacre les Génies d’El-Kassia. Enfin, elle meurt moins vite, on va dire. »

« Ris-Paulin? L’ancien teinturier, celui qu’on a retrouvé noyé ? Enfin, c’est ce que l’enquête a conclu. Alors comme ça, il voulait se lancer dans l’amélioration ? Je crois que tu as été la seule personne à bénéficier de ses services. La dernière, en tout cas. »

« - Mort ? Il est mort ? » s’écria Zcyn abasourdie, avant d’ajouter à voix plus basse, comme pour elle-même « Comme le petit kobold de ce matin. Comme Kazanov. Comme Oscar. Comme Karcinaum, même. Encore que celui-là… »

Le sorcier se mordit les lèvres. Il n’avait pas réalisé que, peu au fait des événements du monde, Zcyn apprenait seulement maintenant le décès suspect du teinturier.

« Le coupe-jarret de Palmir ! » s’alarma Hésac « L’intrus occis par SirWatson. Elle n’est probablement pas au courant non plus, attention à ne pas gaffer encore une fois. »

Une nouvelle fois le lydian fut remis au galop. Le sorcier s’en voulut de son incapacité à trouver des ruses plus variées pour distraire Zcyn.

Ils atteignirent la lugubre région de Katan. Le terrain devint marécageux. Le soleil s’étant couché, l’air devint brumeux et froid. Aux arbres encore verts et feuillus se mêlaient des troncs pourris, spongieux, ne restant debout que de par leur symbiose avec certains champignons locaux.

« Nous arrivons ! »

«- Il est bien temps, il fait nuit, il fait froid. Je n’ai jamais autant cavalé. Toutes ces heures à dos d’ornitho, Et tout ça pour arriver dans ce charmant endroit… »

« Mets pied à terre. Sa cabane est juchée sur un gros rocher. Je vois de la lumière, c’est bon signe. Attention à ne pas l’effaroucher. Il est certainement déjà en train de surveiller notre approche. Avance posément, reste bien visible, surtout ne passe pas sous Cape. Et ne vas pas tomber dans l’eau. »

La cabane en effet surplombait un lac, et la seule voie d’accès était le gros rocher lisse et glissant.
Zcyn convint que la prendre d’assaut eût été malcommode.

«- C’est petit, quand même » ajouta-t-elle.

« Ce n’est que le dessus. » répondit le chef de guilde énigmatiquement. Puis il s’avança vers la porte.
Une voix à l’intérieur se fit entendre.

« Dans ce royaume,
méritent la mort…»

« Karcinaum,
et les Roxxors » répondit le Sorcier.

C’était le mot de passe convenu. La porte s’ouvrit dans un grincement. Crime-Sud les fit rentrer et s’empressa de refermer, puis d’actionner toutes sortes de serrures, de verrous et de loquets. Il secoua un peu la porte pour en éprouver la solidité. Alors seulement, il se retourna vers ses visiteurs. Large d’épaules, massif, de haute taille quoiqu’un peu voûté, il n’avait pas la morphologie typique, souple et féline, habituelle à sa classe. L’esquive, ce n’était clairement pas son style de combat.
Il scruta le visage d’Hésac et fut vite rassuré. Ce n’était pas un sosie venu le capturer ou le tuer. Puis ce fut le tour de Zcyn, et l’examen fut plus long. Soudain, il leva les bras au ciel, et fit un pas en arrière.

« La fille de la Côte de cristal ! La fille au Craken… la Soif de sang… »

D’un geste nerveux il attrapa les mains du chef de guilde.

« C’est elle, Hésac ! La plage, le craken, l’aura rouge sur elle, les vingt monstres étendus raides morts. Elle est la cause de tout, sans elle je ne me serais jamais lancé dans toute cette histoire. «

« Allons, tu dois confondre, » répondit le Villain d’une voix rassurante « Je l’ai juste amenée parce-qu’un chef de guilde ne saurait voyager seul, et que mon aide de camp habituel n’était pas disponible. Enfin, regarde-la, elle est parfaitement inoffensive, comment voudrais-tu qu’elle… ou bien c’est un faux souvenir, un rêve que tu as fait il y a longtemps. »

L’assassin s’était remis de sa frayeur, il ne tremblait plus.
« Oui, tu as raison Hésac, cela fait longtemps. Et j’ai tourné la page ! Suivez-moi. »

Il déplaça une petite table, ôta un tapis. Une trappe circulaire apparut.

« Laissez-moi passer le premier, que j’allume quelques torches. L’échelle est raide »

L’espace au-dessous de la cabane était très vaste, avec une forme de sphère aplatie. Zcyn toucha la paroi de pierre, et fut étonnée de constater à quelle point elle était lisse et polie. Hésac, qui était déjà venu, lui donna quelques explications.

« J’en ai parlé à Moonkir, le belluaire de guilde. Et d’après lui c’est une sorte de ver géant mangeur de pierre, aveugle et sourd, à la peau suintant l’acide, qui pendant les centaines d’années de son existence, au fur et à mesure qu’il grandissait, a créé cette cavité. Au cours des siècles qui ont suivi sa mort, les bactéries l’ont décomposé puis ont disparu à leur tour. »

«- Est-ce que ça ferait un bon boss de champ ? » se demanda Zcyn.

Ses yeux s’habituant à l’obscurité du lieu, l’assassine vit que la bulle de pierre était en gros divisée en deux zones. L’une comportait une quantité de provisions qui eût permis de soutenir un siège. Salamis, jambons entiers suspendus à une longue poutre, étagères garnies de meules de fromages, boules de pain disposées dans d’énormes huches.

« L’air est très sec, avec une salinité naturelle. » commenta Hésac Tout se conserve très longtemps. »

L’autre partie était un capharnaüm d’équipements en tout genre. Armures, épées, potions, lances, grimoires, arbalètes, parchemins, masses, boucliers, épaulières, haches, empilés en un tas qui atteignait la moitié de la hauteur du plafond. Crime-Sud en revint, tenant un arc.

« - Ce tas de loot, c’était là aussi quand vous avez découvert cette caverne ? » demanda Zcyn.

« Oh non » répondit l’assassin, « J’ai ramené ça de Palmir caché, la semaine dernière. Hésac me laisse y aller en dehors des heures d’ouverture. Je l’ai fait en Glad, mais franchement le DPS n’est pas terrible. «
« Regardez ! » continua-t-il en exhibant un arc. « Je crois que cette fois j’ai trouvé ma classe. C’est décidé ! Je serai le meilleur sagittaire du monde. Tiens-toi bien, LégolasKévin ! »

« A propos de tenir » intervint Hésac, « la cordelette de l’arc il faut que tu l’attaches des deux côtés. Là comme tu t’y prends, c’est au mieux un fouet. Ou une canne à pêche. »

Zcyn, restait les mains sur les hanches, perplexe devant la montagne de butin.

«- A moi, ça me prendrait combien de temps, de looter tout ça ? Une année au moins. »

Hésac gardait un œil sur sa guildie. Cette visite avait mal commencé, mais commençait à porter ses fruits. La gamine mythomane était en train de réaliser qu’elle était bien loin de pouvoir rivaliser avec un assa de haut calibre.

« Crime-Sud, nous sommes venus pour te dire que le donjon de Maîtrise t’attend. Et pas en tant que sagittaire ou glad. Déjà parce-que LégolasKévin et SirWatson s’en sont chargés. Mais aussi parce-qu’il y a des records à battre. Plus grand nombre de monstres abattus, meilleur temps, détenus respectivement pour le moment par Seita des Paragons et PepsiDreamer des SertLeThé. Et puis, qui d’autre que toi serait plus qualifié pour devenir le tout premier Exécuteur? »

« En assa? Tu veux que je le fasse en assa? Mais… ça ne peut plus rien faire, un assa, c’est trop faible maintenant.»

« Pas quand c’est toi » répliqua le Sorcier. « Et d’ailleurs, ne serait-il pas temps que tu nous proposes quelque-chose à manger, un peu de… jambon, par exemple ? »

Zcyn tiqua devant l’absence manifeste de logique dans ce que venait de dire son chef. Qui plus est, il avait prononcé ça sur un ton bizarre, emphatique, à la manière d’un bateleur qui annonce un numéro de cirque. En outre leur hôte se frottait les mains, et son visage s’était soudain détendu, alors que son expression alternait jusque-là entre crainte et exaltation

« Hé bien pourquoi pas, Hésac, pourquoi pas? »

Il les conduisit à l’endroit où de nombreux jambons pendouillaient du plafond, et en désigna un.

« Est-ce que quelqu’un peut me le dépendre ? Il y a un escabeau pas loin. »

Zcyn ramena l’escabeau mais son chef le lui arracha des mains.

« Laisse, je vais le faire » avant de glisser à voix basse « Ton armure, elle ne couvre pas… enfin tu le vois, Crime-Sud est déjà bien atteint côté ciboulot, pas la peine qu’en plus… »

La Villaine ne comprit pas la fébrilité du Sorcier.

«- Et alors quoi, il a peur qu’en tombant je me foule la cheville ? »

Dépitée, elle suivit Crime-Sud qui s’approchait du coffret où il rangeait ses deux dagues. Dès qu’il en fut proche, Zcyn perçut un scintillement rose à l’intérieur, perceptible malgré les parois de métal, et qui gagna en intensité et en fréquence. Quand il ouvrit, l’assassine dut détourner la tête à cause de la luminosité.

« - L’âme des armes… Elles l’appellent, elles le réclament. En même temps ça doit pas être très pratique côté furtivité. »

Mais les dagues se calmèrent dès que les mains de leur propriétaire les enserrèrent, et la Villaine put les examiner. Elles semblaient légères, très légères, faites non pas d’acier ni d’un quelconque métal, mais de verre, de cristal. La courbure des lames était élégante sans extravagance. Elles paraissaient bien équilibrées. Et leur manche n’était pas rallongé. Ni leur lame raccourcie.

Zcyn réfléchissait à une façon polie de demander si, dans la mesure où il ne voulait plus rester assassin, il ne pourrait pas, éventuellement, les lui donner. Hélas pour elle Hésac revint, tenant une assiette d’une main et le jambon fumé, à la chair d’un rouge aussi profond que prometteur, de l’autre.

« Pose l’assiette sur la table, au milieu. Mets-toi de l’autre côté, tiens le jambon par la ficelle. Un peu plus bas. Prêt à lâcher ? Mademoiselle, reculez-vous ! Hésac, quand tu veux. »

Le sorcier tenait le jambon à bout de bras, juste au-dessus de l’assiette. Il tourna la tête vers sa guildie, lui fit un clin d’œil. Et lâcha.

Zcyn ne vit même pas les mains de Crime-Sud bouger. Elle ne perçut qu’un embrasement de particules roses, comme une poussière de diamants. S’était-il d’ailleurs vraiment passé quelque-chose ? Il y avait eu le clin d’œil de son chef, et la seconde d’après des tranches de jambon s’empilaient dans l’assiette, tellement minces et légères qu’elles planaient presque.

« Hmmm… fameux ! » s’écria Hésac. « On voit à travers ! »

Crime-Sud s’était éloigné à la recherche d’une bouteille de bon vin. Mortifiée, Zcyn avait en plus à supporter le petit sourire goguenard, quoique bienveillant, de son chef.

« Oui » s’écria-t-elle, « mais moi, je suis aux épées ! »

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Re: [RP] Zcyn

Messagepar zcyn » Mer 11 Juil 2018 13:47

Zcyn LXV

Embuscade


GrunMud en avait assez. Assez de se sentir un roi au rabais. Certes chez les kobolds des marais c’est par la taille que le roi était désigné. Certes avec ses un pied deux pouces il était le plus grand de tous. Mais… pas tant que ça. Et du coup son règne risquait d’être court. Il ne se passait pas un jour sans qu’un jeune adulte ne se place dans son dos, se tenant bien droit et comparant, mine de rien, sa taille. Avec le précédent roi, GrunKin, aucun n’aurait osé. GrunKin était un mahousse, un colosse d’un pied cinq pouces. Sa haute stature forçait le respect. Qui plus est, il était mort héroïquement lors d’une expédition aussi hardie que risquée, en tentant de dérober aux humains un secret technologique, en tentant de ramener une arbalète au village.
Alors, GrunMud avait longuement mûri une décision irrévocable, une décision qui allait le faire rentrer lui aussi dans l’histoire du peuple kobold. Ce que la taille ne lui offrait pas, il allait le gagner par la guerre.

Tenant à la main une binette, l’outil traditionnel dont se servaient ses congénères pour pêcher dans la vase, Il se jucha sur une souche et commença à haranguer la foule, dans l’indifférence générale au début, puis réussissant à susciter, non pas l’adhésion enthousiaste, mais une sorte d’apathie résignée.

« Peuple kobold ! Glorieux, immémorial peuple kobold, descendant des dragons ! Inventif, astucieux, habile peuple kobold ! Trouvez-vous normal que les géants nous aient relégués dans ces marais putrides, trouvez-vous normal qu’ils se gobergent des fruits juteux issus des arbres de leurs vergers ensoleillés, que leur bétail paisse des prairies verdoyantes, ne nous laissant pour subsister que nos binettes pour fouiller inlassablement la vase à la recherche de larves d’insectes ? Trouvez-vous normal que même les chats de Marduka, les burlocks des Mines, aient une vie meilleure que la nôtre ?»

Les premières réponses ne furent guère encourageantes.

« Normal? Bah oui, Ils sont plus grands que nous, du coup nous on est plus petits. »
« Leurs arbres sont trop hauts, on n’arriverait pas à cueillir leurs pommes »
« On a quand même pas que les larves, il y a aussi les champignons noirs et bien gluants qui poussent sur les souches pourries »
« Nos binettes ne marchent que dans la vase. On ne trouverait rien à manger en fouillant le sable de Marduka. »

GrunMud ne se laissa pas abattre.

« Non, peuple kobold, non ! Ce n’est pas normal Et pas normal non plus que chaque jour ils nous oppriment davantage, qu’ils en soient à enlever impunément les plus jeunes d’entre nous pour en faire dieu sait quoi dans leurs villes de pierre et de métal. Il est temps de renverser les rôles, il est temps que nous cessions d’avoir peur des géants et de leurs arbalètes, que nous cessions de plonger dans la boue, ne laissant que nos narines dépasser, dès que nous en voyons un. Il est temps que ce soit eux qui craignent nos binettes.
Mes sujets, mes frères! Ce jour marque notre renaissance. Aujourd’hui nous n’allons pas fuir, nous n’allons pas nous terrer. Aujourd’hui sera le jour de notre première embuscade, qui sera suivie de beaucoup d’autres, jusqu’à la prise de leurs villes, jusqu’à la prise de leur capitale. Kobolds, nous nous couvrirons de gloire ! Suivez-moi, suivez votre roi. Nous allons nous poster sur le bord de la route, et le premier géant qui passera, zkrrrouitch ! »


Pendant ce temps, une certaine assassine s’engageait sur un sentier menant aux marais. Ou plus exactement, laissait son ornitho courir un peu au hasard, occupée qu’elle était à l’une de ses activités favorites : aligner les jérémiades, se plaindre sans fin auprès de sa panthère, une interlocutrice idéale en ce sens qu’elle comprenait tout mais était bien incapable de s’exprimer en retour.

« C’est n’importe quoi ce donjon maître, Luerphédon, n’importe quoi ! La bonne nouvelle malgré tout, c’est que me voilà exécutrice, l’une des premières tout de même. Je pense que ça me donne droit à une nouvelle armure. Ah et un tigre, aussi, pour un mois. Mais non, Luerphédon, ne t’inquiète pas, un tigre monture, pas un familier.
Enfin bon, il n’empêche, récompenses ou pas, ce donjon est une honte! Les épreuves ont clairement été conçues pour désavantager les assas. D’ailleurs, quand on voit qui a construit le donjon… Les Roxxors ! Et c’est bien connu, les Roxxors, des assas, ils en ont pas.
Les parcours de vitesse soit-disant censés équilibrer les épreuves, parlons-en des parcours de vitesse ! Ils sont infaisables, même avec tous les trucs et astuces, les Hâte soudaine, rythme accéléré, potions jaunes. Tu touches tous les piliers de lumière sauf un, t’as perdu ! D’autres salles c’est l’inverse, faut courir sans rien toucher…Non, je suis désolée, c’est infaisable. Ah oui, sauf à avoir des centaines de millions de roupies à mettre dans un set d’armure Fourberie, et qui ne servira que pour ce jour-là.
Et les épreuves de combat ! Si je peux me permettre une petite critique, un assa il a aucune chance. Je ne parle pas d’un Crime-Sud bien sûr, avec ses dagues magiques les monstres ont même pas le temps de réagir. Mais moi, les fantômes sphériques super-lents, ils me dégomment en un seul coup. Pour les classes à distance, c’est une formalité, les classes cac avec de l’armure itou. Et puis y reste cette pauvre classe dont tout le monde se fiche, et qui a juste aucune chance dans ce combat, et ça s’appelle les assas. Après être morte cinq fois j’ai dû retourner à Palmir chercher mon arbalète. Et pendant ce temps-là, le sablier continuait à s’écouler. En plus, alors que justement, vu le mal que j’ai à tendre le câble, dans mon casier je la laisse toujours chargée, prête à l’emploi, voilà que je la trouve détendue, sans aucun carreau encoché. A croire que quelqu’un s’est amusé avec. Total, forcément, deux heures et demie pour finir le donjon, et ric-rac au niveau du nombre d’épreuves réussies. Non, tu vois Luerphédon, à mon avis… »


« Sire GrunMud ! Sire GrunMud ! Une géante approche, montée sur un oiseau-montagne et accompagnée d’une panthère-mastodonte. »

« Très bien. Tenez-vous prêts. Binettes au clair. A mon signal… chaaaaarrgeeeez ! »



« …à mon avis il faut remplacer les épreuves de vitesse par des énigmes, et que les monstres soient plus proches de ce qu’on voit au dehors. Parce-que sinon… euh Luerphédon on n’a pas marché sur quelque-chose, là ? J’’ai l’impression que l’ornitho a écrasé un truc, genre un bout de bois. Et puis qu’est-ce que tu mâchouilles ? Recrache ça ! »


Enfoncé dans la boue, GrunMud jeta un œil. Il y avait des survivants. Il essaya de se relever et tomba vers l’avant. Il savait ce que ça voulait dire, sa queue avait été sectionnée et n’était plus là pour faire contrepoids. Bah, ça repousserait, comme la dernière fois.

« Sire GrunMud…. on retourne au village, biner la vase pour chercher des larves, hein ? »

« Oui, valeureux kobolds, on va faire ça. On a peut-être vu un peu trop grand, on va commencer par faire la guerre aux larves. »


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Re: [RP] Zcyn

Messagepar zcyn » Mar 4 Juin 2019 23:31

Zcyn LXVI



Chef de guilde, ou pas




Revêtu de son armure d’apparat, arborant ostensiblement le blason des Villains ainsi que son insigne de Chef de guilde, Hesac le sorcier attendait. Devant lui se dressait l’imposante façade de marbre du palais du Conseil des guildes, à Rondo. Suite au décès de Karcinaum, un nouveau Conseiller venait d’être nommé, afin de maintenir le nombre d’iceux à onze. Et il était de tradition pour chaque chef de guilde de venir lui présenter ses respects. Hesac savait donc qu’un majordome allait d’un moment à l’autre sortir du palais, le prier de le suivre dans les dédales feutrés du Conseil, jusqu’à la salle des audiences, où le successeur de Karcinaum le recevrait brièvement.



L’usage de ces visites protocolaires, autorisait Hésac à se faire accompagner d’un page, écuyer, aide de camp ou toute personne de son choix, et quoiqu’habituellement peu féru d’honneurs et de distinctions il comptait bien se prévaloir de ce privilège. Car ce serait l’occasion de remettre Zcyn encore un peu plus à sa place, celle d’un simple membre de guilde comme tous les autres. L’expédition chez Crime-Sud avait porté ses fruits, il s’agissait de parachever le travail. Zcyn le suivrait à trois pas dans les couloirs lambrissés du Conseil, humble, muette, le majordome du palais affecterait d’ignorer sa présence. Ainsi que le Conseiller, cela allait de soi.


Le procédé était un peu rude, convint Hesac intérieurement, mais il fallait bien ça pour remettre un peu de plomb dans la cervelle de l’assassine. Une assassine qui d’ailleurs, égale à elle-même, était en retard.


Alentour, la vie de Rondo suivait son cours, les larges allées étaient parcourues par toutes sortes de promeneurs. Les aventuriers couraient. Les autres, qui ne l’étaient plus ou pas encore, marchaient tranquillement. L’un d’eux, un jeune homme, sans armes ni signe permettant d’identifier une quelconque profession, tourna la tête vers lui et s’approcha d’une façon délibérée. Ce n’était pas juste un quidam venant s’enquérir au hasard des avantages et inconvénients à être dans une guilde.


« J’vous demande bien pardon, non parce-que, vous êtes un Villain, c’est ça ? »

« En effet mon ami» répondit le Sorcier, gardant pour lui la fin de sa phrase « avec l’emblème modèle géant dessiné sur ma cape, ça semble assez évident ». Il fallait se montrer patient avec ce qui pouvait devenir une nouvelle recrue.

« Non parce-que j’aide un peu mon oncle au marché » poursuivit le jouvenceau, « et il y a quelque-temps j’ai vu Zcyn prendre la sortie Sud, et je m’étais demandé qui chevauchait à ses côtés. Vous êtes son écuyer ? Non parce-que mon cousin c’est aussi un Villain, et alors non parce-que, il arrête pas de parler d’elle, de tous ses exploits sensationnels, du coup je me suis dit, tiens moi aussi, non parce-que… »

« Allons, tout ça est très exagéré » l’interrompit le sorcier, « il ne faut pas croire toutes ces histoires, elle te le dirait elle-même »

« Elle… elle me parlerait? «


Hésac se détourna un instant. C’était précisément le genre de recrue dont il ne voulait à aucun prix. Pas question que les Villains deviennent une sorte de secte des adorateurs de Zcyn. Il fallait trouver un moyen de congédier poliment ce candidat. Ou au moins de gagner du temps.


« Mais oui, dans un groupe de donjon, on se parle. La tactique, l’ordre de marche, tourner à gauche ou à droite… »

« Un groupe de donjon… avec Zcyn… Non parce-que, après ça, je pourrai mourir ! »

Le sorcier fit la moue devant l’extase béate qui figeait le visage du jeune homme.

« T’en fais pas mon ami, tu mourras aussi pendant, et même plusieurs fois. Mais dis-moi, dans groupe de donjon, il y a groupe. Et en as-tu un, de groupe constitué ? »

« Euh… » bredouilla l’autre, désorienté et comme sorti d’un rêve « J’vous demande bien pardon, je vais faire le tour de mes potes et je reviens, non parce-que… »


Il s’éloigna, fut bientôt hors de vue. Et ça tombait bien. Dans son dos, le pas léger et rapide d’une assassine en retard se faisait entendre. Concomitamment, loin devant lui, une grande porte cochère venait de s’ouvrir, livrant passage non pas à un intendant, maître d’hôtel ou valet en livrée comme le Sorcier supposait, mais au Conseiller en personne. Hésac se mit à marcher à sa rencontre.


« Hé bien, celui-là au moins il n’est pas fier. Il n’envoie pas un laquais, il vient en personne. Voilà qui me plait. »


Il se redressa, arborant une posture à la fois martiale et humble, ne quittant pas des yeux le haut dignitaire. Qu’il ne reconnaissait d’ailleurs pas. A priori, ce n’était pas un ancien chef de guilde. Les dix Conseillers étaient manifestement allés chercher leur nouveau condisciple parmi les gens qui n’avaient jamais occupé le moindre poste de pouvoir.


« Ainsi ils sont sûrs qu’il n’a trempé dans aucune des infâmes combines de feu Karcinaum. Bien joué, les vieilles barbes ! »


Voyant l’officiel s’approcher en ouvrant les bras et le visage empreint d’une joie sincère, le chef de guilde en fit autant. A sa grande surprise cependant, le Conseiller le dépassa et poursuivit sa route.


« - La rôdeuse de Siraq ! »
« - Le vieux traqueur ! » répondit la Villaine.


Ils se donnèrent l’accolade. Hésac s’approcha, perplexe et quelque-peu contrarié. Pourquoi fallait-il donc toujours que tout le monde connaisse Zcyn ? C’était énervant, à la fin.


« Hé oui,» reprit le nouveau Conseiller en arborant un large sourire. « Je ne sais pas ce qu’ils m’ont trouvé, hé hé hé. La renommée certes non, l’âge oui, hi hi hi. En tout cas moi ça m’arrange bien. Aventurier, ce n’est plus pour un vieux traqueur comme moi. L’’équipement looté dans les ruines de Siraq, ça ne se revend plus guère, je ne gagnais plus trop ma vie. Me voilà donc Conseiller ! Je remplace Bougon, je m’occuperai des passages de Rangs. Et apparemment, rôdeuse, je ne t’y verrai pas, ha ha ha. Tu en es où, tu brises toujours des arbalètes ? »


« J’en utilise le moins souvent possible. Et question Rang, je suis passée Exécutrice » répondit Zcyn fièrement. « La toute première ! Au fait les Rangs, si vous les faites passer, que devient Bougon ? »

« Votre Grandeur, » intervint Hesac, « ma guildie veut bien entendu faire référence au très noble et très estimé Conseiller Bougon, pardonnez son langage fruste, c’est une simple aventurière. »

« Bougon ? Hé bien lui il remplace Karcinaum. Je ne devrais pas vous le dire, mais il a mis à jour une sorte de double comptabilité. L’officielle d’une part, la vraie d’autre part. Karcinaum a détourné des sommes énormes ! Il y a largement de quoi payer ce qu’a coûté la construction du donjon Maître. Voire d’en construire un deuxième. Et vous savez le plus beau, ho ho ho ? C’est dans la propre Salle des coffres du Conseil qu’il cachait son or et ses roupies ! »

« En tant que citoyen et chef de guilde » tenta le Sorcier « je ne peux que me féliciter de cette nouvelle qui, je suppose, met fin au projet de Fiscalité que feu Karcinaum voulait établir ».


Le vieux traqueur sembla s’apercevoir enfin de la présence du chef de guilde. Pour la forme, il marmonna quelques salutations officielles. Puis sans plus de cérémonies il prit Zcyn sous le bras et s’éloigna. Le Sorcier resta planté là, décontenancé, et capta quelques mots.


« A propos de Karcinaum, il faut que j’aille à l’Ile Perdue, rôdeuse. Mais je suis un peu vieux pour ça. Alors… »


Puis il n’entendit plus rien. Il se tint là sur place un instant, dubitatif. Il n’avait pas été congédié dans les formes. En conséquence, devait-il attendre que le Conseiller ressorte ? Ou envoie au moins un majordome. Un laquais. Quelqu’un. Il se disposait à patienter, disons une heure, en espérant ne pas être dérangé par tous les importuns de passage, ou par des margoulins du genre...


« - FoolFellow, pour vous servir ! » Le belluaire faisait la révérence.


« Bien le bonjour, chef de guilde, Permettez-moi de vous demander tout d’abord, permettez-le moi, des nouvelles de votre familier, comment s’appelle-t-elle déjà, Castafiore n’est-ce pas, chef de guilde, Castafiore la sirène. Vous cherchez à l’améliorer, m’a-t-on dit, hé oui que voulez-vous, un belluaire négociant en familiers se doit de connaître ce genre de choses, il se le doit, J’ai des accords avec la Ferme des créatures, je peux vous faire avoir un important rabais, mais oui chef de guilde, un rabais qui pourrait aller jusqu’à une quasi gratuité… Hé oui FoolFellow est ainsi, généreux, désintéressé, soucieux du bien-être et de l’efficacité au combat de tous les familiers du monde.

En outre les Villains sont une guilde chère à mon cœur, Sorcier, oui très chère à mon coeur. Une assassine de chez vous ne m’a-t-elle pas apporté au fil des saisons quelques belles affaires ? Une coloration de dragon, une statuette d’Oscar achetée une bouchée de pain, sans parler de l’élimination de Karcinaum, un personnage qui freinait énormément mon négoce… »


« - Zcyn n’y est pour rien ! » protesta un Hésac indigné « Elle est bien incapable de tuer qui que ce soit. »


« Si vous le dites, Sorcier, si vous le dites, alors je le dirai aussi. « répondit FoolFellow avec un sourire conciliant.

« De même nous dirons qu’elle n’est pour rien, pour rien du tout, dans la noyade de Ris-Paulin, celui qui avec ses améliorations gratuites de familiers aurait pu faire péricliter mon chiffre d’affaires.

Oh, on m’a dit aussi, chef de guilde, et croyez bien que j’en suis navré, que vos Villains avaient subi une intrusion, pour ne pas dire un cambriolage, et une fois encore j’en suis ô combien navré. Je serais désolé que cela se reproduise, oui réellement désolé.
Et FoolFellow – pour vous servir - a la solution adaptée à votre situation : toute une gamme de familiers de garde ! De la fée rouge au Tyrant, en passant par les Nagas. Imaginez deux familiers de faction devant la porte de votre salon, voire devant toutes les portes du quartier réservé de votre donjon. Quel prestige, quelle éclatante affirmation de votre statut, ne trouvez-vous pas ? Et les fées rouges, ça éclaire aussi, plus besoin de torches. Achat ou location, à votre guise. Prix de base, cent mille roupies par jour, presque rien, d’autant que c’est l’argent de votre guilde, pas le vôtre. Ah par contre ils ne peuvent pas participer aux sièges, sauf si vous payez un léger supplément, très léger vraiment, oui très léger.

Je vous laisse à présent chef de guilde, je vous laisse, c’est le jour où je fais le tour de mes boutiques. Et pensez bien à notre arrangement, Sorcier : vos Villains me louent des familiers, et moi je fais améliorer votre sirène. »


Sans rien répondre, Hésac regarda FoolFellow s’éloigner. Un certain agacement le gagnait. Alors quoi, c’est comme ça qu’on voyait les chefs de guilde ? Des gens qui spoliaient leurs guildies au profit de leur enrichissement personnel ? Des gens ne demandant pas mieux que de se laisser corrompre ?


« Pardonnez-moi, chef de guilde, pourriez-vous… » prononça une voix dans son dos.


« Ah, mais ça suffit ! » tonna Hésac « on n’a besoin de rien ! On ne recrute personne ! »


Il se retourna brusquement, se figea puis leva une main en un geste d’excuse. Son nouvel interlocuteur était trop âgé pour un candidat aventurier. De plus, il portait la cape des fonctionnaires de la ville.


« Chef de guilde, je vous invite à réfréner cet emportement que je n’ai rien fait pour mériter. Je suis le directeur du musée de Rondo, et j’aurais une requête à adresser à l’une de vos condisciples.»


« - Laissez-moi deviner » répondit Hésac que l’agacement reprenait « ne s’agirait-il pas de… »


« Zcyn, en effet » anticipa le fonctionnaire. « J’aurais besoin qu’elle vienne poser, pour un portrait de pied en cap. En armure, et avec un familier si elle le souhaite. Je conçois qu’une héroïne de sa renommée est perpétuellement sollicitée pour quelque mission de par le monde, mais cette séance de pose ne lui prendra qu’une heure, notre peintre fera juste un rapide crayonné. C’est pour la salle Zcyn, voyez-vous, une des plus visitées. »


« Il y a une salle… Zcyn ? » bafouilla le Sorcier.


« Mais oui » répliqua tranquillement le directeur, « et vous le sauriez si vous accordiez à notre musée l’attention qu’il mérite. Pour quelques roupies, vous découvrirez toute l’histoire des batailles et des guerres. Des centaines d’armes exposées, des artefacts, des reliques, des trophées. Des dizaines de salles, décorées de fresques épiques autant qu’instructives. Dont, justement, la salle Zcyn, où est présenté le seul exemplaire encore intact de collier à lak portant la si fameuse, si épique mention ‘Coule le sang, roulent les têtes’, vestige de la bataille du Portail oublié. Mais, et je le déplore, la plaque commémorative remerciant la donatrice n’est illustrée que par une petite gravure de votre assassine, donation des RoxxorsDuPoney. »


« Les… Roxxors? » bredouilla Hésac.

Alors si même les Roxxors s’y mettaient… Un sentiment d’impuissance l’envahit. Ramener un jour Zcyn à la raison lui paraissait désormais aussi illusoire qu’arrêter une avalanche avec les mains.


« Oui, ce sont de longue date de généreux mécènes, ils ne pouvaient faire moins. Cependant la gravure a été faite de mémoire, à partir de souvenirs, de témoignages, hors la présence du modèle et le résultat n’est pas fidèlement ressemblant. Le menton notamment est un peu fort. Mais je me dois de regagner le musée, mon absence n’a que trop duré. Mes respects, chef de guilde.»


Hésac était sonné. Le regard vide, il enfourcha machinalement son lydian, et demeura inerte, sans faire usage des rênes ni des éperons. Il ne reprit ses esprits qu’en percevant une sorte de clameur qui semblait provenir d’une demi-douzaine de jeunes hommes sortant d’une taverne.

« C’est lui ! » dit leur meneur en pointant un doigt vers le Sorcier. « Allons-y, mon groupe de donjon! Non, parce-que… »


Sans réfléchir, Hesac piqua des deux, direction Palmir. La monture connaissait le chemin, et c’était tant mieux car les pensées de l’asuran ne savaient que ressasser en boucle l’échec cuisant de son plan, pourtant minutieusement ourdi. A mi-chemin du donjon, ses pensées troubles et agitées se décantèrent quelque-peu. Il lui apparut qu’il s’était sans doute fourvoyé en tant que chef de guilde, et qu’il fallait qu’il y réfléchisse, afin de trouver à quel point il avait commencé à faire fausse route, et pourquoi. Il lui fallait se mettre en retrait, redevenir pour un temps un aventurier. Il devait l’admettre, c’est pour sa hardiesse, son goût pour les exploits, sa virtuosité de duelliste, ses combats à un contre trois lors des sièges, qu’il était connu et estimé. Et peu, tellement peu pour ce qu’il avait accompli à la tête de la guilde.

Arrivé à Palmir, il repoussa d’un geste quelques monstres qui s’étaient aventurés dans le hall d’entrée, puis s’engagea dans un couloir qui menait vers la salle d’armes, où il était certain de trouver…

« SirWatson ! »

Le gladiateur se retourna. Il était en train de tester divers éthérages possibles de son bouclier, face à un épouvantail mécanique qui avec une régularité d’horloge lui assenait de lourds coups de bâton.


« SirWatson, félicitations ! Te voilà chef de guilde par intérim. »


Tentant de feindre l’impassibilité, le gladiateur se remit face à l’épouvantail et répondit d’une voix la plus indifférente possible qu’il était bien entendu à la disposition de la Guilde et qu’il ferait de son mieux. Sa parade de bouclier le trahit cependant, en ceci qu’elle ne para à peu près rien, et Hesac dut traîner son gladiateur à moitié assommé hors de portée du redoutable automate.


« Haha, ça va ? Je vais chercher le formulaire d’abdication temporaire. Je ne mets pas de date de retour, ce sera peut-être dans deux ou trois lunes. Ne cherchez pas à me retrouver. Ah et ne fais rien d’irréfléchi, comme déclarer la guerre aux Roxxors. »


SirWatson, doté d’une vitalité exceptionnelle, avait déjà recouvré ses esprits.

« Mais chef, moi qui vous croyais détaché des biens de ce monde, vous tenez donc à notre donjon ? Vous craignez donc qu’on perde ? »

« - Je crains… qu’on gagne. » répondit le sorcier après un bref silence. « Les Roxxors traversent une mauvaise passe en ce moment. Les assiéger, leur prendre l’Antre, c’est risquer que cette mauvaise passe tourne à la dissolution. Or, quoiqu’on en dise, le monde a besoin d’eux. Ils ont dans leurs rangs les meilleurs de chaque classe, mais surtout ils sont une force disciplinée, constamment sur le pied de guerre. Si un danger de forte magnitude menace, ils seront la réponse la plus prompte et la plus puissante.


« Vous repartez de zéro ? Quelle classe avez-vous choisi ? » continua SirWatson pour changer de sujet. Il n’aimait pas qu’on lui rappelle que les meilleurs combattants étaient chez les Roxxors.


« Euh… je n’ai pas encore… bah, disons traqueur » répondit Hesac en repensant à son entrevue écourtée avec le nouveau Conseiller, qui l’avait pour ainsi dire ignoré et était reparti bras-dessus bras-dessous avec Zcyn.




Pendant ce temps, chez les susdits RoxxorsDuPoney, Kévin Oussetonne avait convié autour d’une table bien garnie un enlumineur du Petit Katan Illustré ainsi qu’une chroniqueuse de la Gazette de Laksy. Tout miel, tout sourire, picorant de-ci de-là un grain de raisin dans une vaste corbeille de fruits, revêtu de son armure de cérémonie afin de paraître plus à son avantage sur les croquis, il pérorait depuis un certain temps.


« La Guilde, je l’admets, s’est peut-être un peu trop dispersée dernièrement. Réceptions, mondanités, galas de charité… Aussi, nous sommes tellement sollicités ! Et c’est bien naturel qu’une Guilde de tout premier plan le soit. Cependant nous souhaitons nous recentrer sur le principal, l’amélioration constante de nos guildies et de leur armement. »


« Seigneur Oussetonne » tenta la chroniqueuse « vous savez qu’une enquête est en cours sur les agissements de feu le Conseiller Karcinaum, et sur ses liens supposés avec… »


« Fadaises que tout celà, billevesées ! » l’interrompit le Roxxor, qui prit sur lui pour retrouver son calme et poursuivre d’un ton affable « La Guilde est le bouclier du monde. La protectrice des villes et des campagnes. La Guilde est irréprochable. Comme je vous le disais, nous allons prouver que nous sommes avant tout une puissance militaire, et… »


« Donc seigneur, vous démentez avoir traqué Enny la Possédée, sur instruction de Karc… »


Elle ne put aller plus loin. Un Oussetonne rouge de colère lui coupa la parole.

« Mademoiselle, comment osez-vous ! Nous n’étions pas là quand ce décès tragique est survenu, nous n’y étions pas. Et quant à la Possédée, vous pensez bien que si nous avions voulu la tuer, elle serait six pieds sous terre depuis longtemps. Vous n’allez pas tout de même mettre en balance la parole officielle d’une guilde entière et les divagations d’une assassine de bas étage dont personne n’a confirmé les dires, même ses proches. Et donc, disais-je, et c’est ce que je compte bien lire demain dans votre gazette, et non ces rumeurs totalement infondées, nous allons dès la semaine prochaine entamer une campagne de sièges systématiques. Tous les donjons appartenant aux autres guildes vont y passer. Nous terminerons par les Parag… »


Un garde s’était approché, et murmura à l’oreille de son chef :


« Seigneur maître, elle est en bas. »


« Déguerpis, foutriquet ! Je parle à la presse. Et d’abord, qui ça, elle? «


« Elle, seigneur maître. »


Kévin Oussetonne ouvrit de grands yeux.

« Tu veux dire… Les herses, abaissez toutes les herses ! Ah, et du balai, les journaleux ! Gardes, fichez-moi ces plumitifs dehors ! Pégéhemm, LégolasKevin, tout le monde rapplique ici ! Où est-ce qu’on en est, en bas ? Il y a encore des survivants, ou elle a déjà zigouillé tout le monde? «


« Bah, non... Elle attend dehors, au portail. »


« Dehors ? Mais elle se fiche de nous, en plus. » Il s’affala sur une chaise, se prit le front entre les mains et poussa un soupir de découragement.

« Ouvrez-lui, qu’est-ce que vous voulez que je vous dise. Et remontez-moi ces herses. De toute façon, pour ce que ça sert… Si elle a décidé d’arriver jusqu’ici, c’est pas ça qui… »


Un silence crispé s’établit. Personne ne pipait mot. Les regards étaient tournés vers le chef Roxxor qui, immobile, les mains jointes, pâlissait au fur et à mesure que le bruit de pas dans l’escalier, d’abord ténu, se faisait plus net.

Finalement la porte s’ouvrit et Zcyn parut.

« Ah ben c’est là que vous étiez tous. C’est pour moi, cette petite réception ? Merci, mais j’ai déjà mangé, en fait. » Toute fière, elle montra le brassard cousu sur sa manche. « Vous avez vu ? C’est un brassard officiel ! Je suis en mission pour le Conseil des Guildes. »

Elle se planta devant Oussetonne et tendit la main. Le chef Roxxor eut un geste de recul, deux gardes interposèrent leurs lances.

« Ben quoi ? Je disais bonjour. Je suis pas venue vous démolir. On n’est pas des fourmis. Je dois vous lire ça. »

Elle déplia un parchemin

« Par décret du Conseil, Kévin Adhémar Childéric Oussetonne est temporairement déchu de ses fonctions. Il demeurera confiné dans ses quartiers personnels. »

Zcyn se prépara à continuer mais se figea, bouche bée. Le mur venait de s’ouvrir, laissant passer Lucrécia. Une fois la stupeur passée, la Villaine comprit le subterfuge : un rideau peint aux motifs du mur, en trompe-l’œil.

« Ah tiens, Lucrécia, c’est bien que tu sois là, il y a un paragraphe pour toi aussi. »


La magicienne du chaos tendit l’oreille. Etait-elle nommée chef de guilde par intérim ? Il y aurait alors toujours moyen, poison, assassin, chute de cheval, de faire en sorte que la déchéance « temporaire » d’Oussetonne prenne un tour plus définitif.


« La ci-devant Adélaïde Bertille Margot de Beaucé-Rondo, dite Lucrécia, est consignée au couvent des Servantes de la Déesse, et se mettra au service de la Mère supérieure, pour les tâches ancillaires qu’icelle voudra bien lui confier.

Adalbert Enguerran Pégéhemm et Tancrède Tiburce LégolasKévin veilleront aux destinées de la Guilde, pour le temps de l’enquête. »

« Voilà, j’en ai terminé » conclut la Villaine en repliant le parchemin. « Ah au fait pendant que je vous tiens. Et d’une, il faut nous laisser un peu tranquilles, les sièges, tout ça, je peux pas être toujours là pour vous arrêter. Et Enny aussi. A cause de vous, MissPiggy a perdu son dragon de famille.
Et de deux, est-ce que la mort de Karcinaum a affecté la masse d’échange dimensionnelle de la Sorcière ? »


Zcyn posait la question à Oussetonne mais c’est Lucrécia qui répondit.


« Karcinaum était très imprégné du Grimoire noir de la Sorcière. Donc oui, d’une certaine façon. Mais très faiblement. «


« Et ça veut dire qu’Enny ne va plus se retrouver trimballée d’une dimension à l’autre chaque fois que la Sorcière essaie de passer ? »

Lucrécia resta pensive quelques instants.

« C’est probable. Cependant tous ces aller-retour incessants d’Enny entre son monde et le nôtre ont inévitablement creusé une sorte de tunnel transdimensionnel. Autrement dit elle pourra toujours venir nous voir si elle le souhaite. »

« Mais elle n’est plus liée à la Sorcière ? »

« Non. En d’autres termes ça ne sert plus à rien de la traquer» ajouta la Roxxor en regardant LégolasKévin et Pégéhemm. « C’est-à-dire, si nous la traquions. Ce qui n’est pas le cas. »


Les choses étaient dites.

Zcyn s’en retourna au Conseil rapporter son brassard et écouter le vieux traqueur de Siraq et ses interminables récits du temps jadis, auxquels elle fit semblant de croire.

Lucrécia se fit apporter toutes les réserves d’absinthe du donjon et c’est une Magicienne du chaos ivre-morte que les domestiques de l’Antre transportèrent en carriole jusqu’au couvent des Servantes de la Déesse.


Kévin Oussetonne s’enferma dans son immense chambre et fut long à trouver le sommeil. Mais ce n’est pas sa déchéance qui en était la cause. Dans son vaste lit à baldaquin il se tournait et se retournait sans cesse.


« On n’est pas des fourmis… Mais qu’est-ce qu’elle a voulu dire ? Pourquoi des fourmis.. ? »



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