[RP] Zcyn

Histoires et aventures role-play (Rappelz, Allods, Aion ou autre jeu)

Re: Biographie RPiste

Messagepar zcyn » Jeu 4 Juil 2013 10:13

Zcyn XXXVI

Des souris et des hommes


Ce matin-là, assis à sa table, Hesac parcourait du regard la petite salle qui lui était réservée dans le donjon, à l’écart des parcours empruntés par les aventuriers. Elle lui était attribuée au titre de chef de l’une des guildes de l’Alliance. Il y recevait ses visiteurs, y convoquait ses conseillers, y préparait ses plans de bataille.

Le sorcier se leva et ouvrit une armoire. S’y entassaient des édits à promulguer, attendant sceau et signature, des parchemins vierges, des directives du Conseil des guildes. Sur les étagères inférieures, divers trophées glanés jadis lors de joutes amicales rouillaient paisiblement, témoins oubliés de temps révolus.

Non pas que ses capacités de guerrier aient décliné. Il était à son zénith, et s’amusait souvent, quand un siège s’annonçait bien, à envoyer toutes ses troupes à l’assaut, se chargeant à lui tout seul de défendre la Pierre. Mais l’affirmation de jeunes ambitions d’un côté, et la disparition de certains grands noms de l’autre, lui rappelaient que la roue du temps tournait inexorable. Il s’amusait de s’entendre demander s’il avait connu Hector, ou remporté des duels contre Oscar.

Maintes fois le chef de guilde avait imaginé renoncer à ses fonctions et reprendre la route, simplement armé de son bâton et accompagné de son familier, parcourant le monde avec son baluchon, louant ses services en échange du gîte et du couvert. Mais à qui passer la main ? Forcément à l’un de ses conseillers. Tous trois étaient aux portes du Sixième rang. SirWatson était le plus capable, un leader naturel et un combattant prometteur. Mais sa fascination pour les nouveaux armements, les enchantements de haut degré, les familiers ultimes, la puissance, les roupies, risquaient fort d’amener les Villains dans une direction qui n’était pas celle qu’Hesac le sorcier voulait pour sa guilde. Moonkir, le belluaire ? Sincère dans son attachement aux familiers et à leur univers, mais par là-même trop contemplatif et indifférent aux questions quotidiennes pour être en mesure de faire prospérer une guilde. Et DarkMatter, certainement le moins apte des trois, un collaborateur dévoué et un jeteur de sorts de haute volée, mais tellement brouillon. D’ailleurs, le voilà qui entrait en trombe.

« Bonjour, Haut Conseiller diplomatique » lui lança le chef de guilde avec un clin d’œil.

DarkMatter se retourna et ne vit personne derrière lui.

« Mais non DarkMatter » enchaîna Hesac, « c’est toi le Haut Conseiller diplomatique. Qu’est-ce que tu veux ? »

« - Quoi ? Ah oui. Voilà » expliqua l’élémentaliste, Cinq-cents millions de roupies viennent d’être déversés à l’entrée du donjon, via le portail de l’Alliance. Des gens ont vu un type s’enfuir, habillé en laquais et poussant une brouette. Je mets ça au coffre ? »

« S’enfuir après avoir *donné* de l’argent ? Cela sort de l’ordinaire. » s’étonna le chef de guilde. « Non, ne mets pas ça au coffre. L’Alliance, c’est sans doute bientôt fini. Et partager de l’argent, ça crée toujours des histoires. Sans parler de ces absurdes sept milliards que les Roxxors nous réclament. S’ils arrivent à faire prononcer une saisie, je veux qu’ils ne récupèrent que des toiles d’araignées.
Donne ça au Villain qui en a le plus besoin, d’après le Registre des registres. »

« - Hein ? Le quoi ? »

« Le Registre des registres, DarkMatter» expliqua Hesac patiemment. »La compilation de tous les autres registres. Tu sais, la liste des noms, des rangs, des armements, des familiers le gros livre que tes prédécesseurs Hauts Conseillers diplomatiques ont scrupuleusement tenu à jour, comme tu le fais toi aussi depuis ta prise de fonctions. »

« - Euh… Ah oui, le Registre des registres, aha mais bien sûr, la liste, oui oui oui, évidemment. Les familiers, tout ça. Suis-je bête. Le Registre des registres, quoi. »

Perplexe, DarkMatter quitta les lieux et se dirigea vers la bibliothèque de la Guilde. Le Registre des registres ? Peut-être dans le fond, là, ce recoin sombre aux rayonnages vermoulus et aux étagères de guingois. Son pied buta contre un gros volume qui calait une armoire branlante. Se pourrait-il que…
Toussant à cause de la poussière, il dégagea le registre avec moult précautions. Une souris s’en échappa, qui paraissait fort mécontente d’être dérangée. Les pages vers la fin n’étaient presque pas grignotées, et encore très lisibles. L’élémentaliste chercha son nom.

DarkMatter, adepte, bâton de bois, aucun familier.


« Houla ! » murmura-t-il. « Bon, on va procéder autrement », conclut-il en replaçant l’épais registre à sa place. Enfin, sous l’armoire, où au moins il servait de maison à une souris. Moonkir n’était pas le seul à aimer les bêtes.

Non loin de là, à vol d’oiseau tout au moins, une certaine assassine faisait ses débuts dans la Montagne de cristal. Elle s’était d’abord cantonnée aux yétis des abords immédiats du donjon, puis s’enhardissant jour après jour, éprouvait maintenant ses talents sur un moyen plateau adossé à la paroi montagneuse du Nord. Zcyn, suivant une habitude acquise dès ses premiers jours à Katan, évitait les zones totalement ouvertes et préférait combattre dos à un mur, tant qu’elle n’avait pas pris la mesure des monstres qui peuplaient l’endroit. Ici, des lapikas et des wyverns.

Brusquement, et sans l’habituel grésillement annonciateur, les amplificateurs télépathiques de guilde se mirent en marche.

« Avis général aux Villains . Veuillez énoncer votre rang, arme principale et familiers. Je répète,… »


Pauvre Zcyn. La proximité du donjon émetteur, le gain de puissance apporté par les amplificateurs longue portée récemment installés par le Conseil des guildes, et enfin l’effet de réverbération magique des cristaux géants dont elle était toute proche, produisirent un signal si clair et si fort que l’assassine en lâcha ses dagues, laissant échapper la wyvern qu’elle était sur le point de terrasser. Elle recouvra ses esprits et plaça ses mains sur les tempes.

« Cinquième rang. Main des Ténèbres enchantée au sixième degré. Léopard, loup de guerre. »

Comment pouvait-on l’interrompre en plein combat pour des questions aussi stupides ? Elle songea un instant à désactiver la réception télépathique. Rien n’était plus facile, il suffisait de démonter le collier à lak et de placer la pierre à l’envers. C'était toutefois un peu radical. Elle haussa les épaules et partit à la recherche de la wyvern blessée, pour finir le travail.

Bien d’autres wyverns et lapikas périrent en cette matinée. Quand le soleil fut à son zénith et que même son fidèle loup Sabaka, pourtant endurant et dur au mal, commença à trainer la patte, l’assassine revint vers le camp du chasseur d'élite Elken, qui sans mot dire partagea ses provisions.

L’après-midi ressembla beaucoup à la matinée, en plus long. Zcyn demeura cette fois à bonne distance des cristaux géants, mais aucun autre message télépathique ne vint troubler son entrainement. Bien avant le coucher du soleil elle prit le chemin du retour. Même si les portails faisaient gagner du temps sur une partie du parcours, Katan était loin et elle ne voulait pas faire veiller Fargdun.

Le souper fut comme tous les autres soupers. L’assassine comme à son habitude disserta sur les nuances techniques de ses combats selon le type de monstre ou la configuration du terrain. Luerphédon comme à son habitude quand il y avait du poulet passa le repas à en quémander des morceaux, et comme d’habitude finit par se faire mettre dehors. Fargdun quant à elle comme à son habitude resta silencieuse, mais ce soir-là elle ne se départit pas d’un petit sourire en coin qui finit par irriter Zcyn.

« - Alors, quoi ? J’ai un bouton sur le nez ? »

« Du tout » répondit doucement la vieille femme en commençant à débarrasser la table, « j’ai juste voulu pouvoir manger tranquillement. Regarde dans le coffre à cannes à pêche.»

Un coffre ainsi nommé à cause de ses proportions inhabituelles. La jeune fille s’en approcha. A l’intérieur, un sac en grosse toile doublée de cuir, fermé par de solides lanières. Malgré l’épaisseur du tissu, on percevait à l’intérieur comme une pulsation régulière. Et double. Le poids du sac intrigua l’assassine, le tintement métallique qu’il fit entendre quand elle le souleva la rendit fébrile. Fargdun la regarda amusée s’acharner maladroitement sur les nœuds, qui finirent par céder.

« - C’est… pour moi ? »

Les deux Beowulfs scintillaient chacune d’une aura indépendante, dorée, puis bleue, puis argentée, passant aléatoirement par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Quand Zcyn les brandit au dessus d’elle, elles passèrent au pourpre, simultanément.

« Elles la reconnaissent comme leur maître » pensa Fargdun. Les strophes belliqueuses des poètes guerriers de Katan célébraient souvent l’âme des armes, certains érudits soutenaient très sérieusement qu’aux degrés les plus élevés d’enchantement, la magie conférait à l’acier une forme de conscience. Balivernes, se dit la vieille femme. Il y aurait d’autres Rangs à passer, d’autres équipements à acheter, à vendre, à échanger. Dans son intérêt, Zcyn ferait mieux de n’y voir que des outils, interchangeables et provisoires. Et manifestement ce n’était pas gagné. Fascinée, l’assassine semblait parler à ses lames. Fargdun était trop loin pour entendre mais elle put lire sur les lèvres.

« Je vous garderai toujours. »



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Re: Biographie RPiste

Messagepar zcyn » Mar 6 Aoû 2013 15:11

Zcyn XXXVII

Tryptique



Fragil le paladin, monté sur sa Licorne blanche, qui chevauchait en direction des Mines perdues, aux côtés de Seita le druide, monté pour sa part sur une Licorne noire, tira soudain violemment sur les rènes, stoppant net sa monture.

« Devas, Asuras, Gaias, le Conseil des guildes souhaite célébrer l’inauguration de ses amplificateurs longue portée en vous offrant à tous sa bénédiction. Vous voilà plus forts, plus résistants, plus rapides. Passez une journée plus belle ! Ceci était un message du Conseil des guildes ».


« Une bénédiction globale ! Tu l’estimes à combien ? »

« - Elle est puissante. Suffisante pour… »

« Tu es sûr de vouloir le tenter ? » interrogea encore Fragil. « Je ne parle pas de notre capacité à tomber le dragon, mais des conséquences pour l’Ile perdue et le monde en général. Cela va bouleverser pas mal d’équilibres. »

« - Ce qui créera de la variété. Là, on a des stratégies pour tout, des formations pour tout, on a tout optimisé. On s’endort. Il est temps de créer de nouveaux challenges. »


« Compris. » Fragil joua des éperons pour relancer sa monture au galop. Quelques instants plus tard, depuis la salle de transmission télépathique de leur donjon, il battait le rappel des troupes.

« Paragon Nightmare. Formations 23B et 71G. Je répète, 23B et 71G. »


« - Pourquoi as-tu répété ? Une seule fois 23B et 71G, cela suffisait. » lui reprocha Seita.

« Excuse-moi, l’excitation du moment. »

Hé oui, même chez les Paragon Nightmare on n’était pas à l’abri d’une soudaine pointe d’enthousiasme, même si on se piquait de cultiver une austère efficience. Toujours mettre en oeuvre le minimum de moyens, et en tirer le meilleur parti. Lorsqu’ils n’étaient encore qu’au Deuxième rang, Seita et Fragil avaient duoté Oforia, sans armes ni familier, pendant une heure. Une performance qui avait laissé sceptique pas mal de monde, sachant qu’au bout du compte Oforia avait survécu.

Idem lorsque, plus récemment, les RoxxorsDuPoney avaient assiégé leur donjon. Deux brigades des Paragon Nightmare et leurs licornes blanches et noires, en formation 17D avaient tenu tête à six brigades de RoxxorDuPoney et leurs dragons blancs. Pendant presque une minute. Après quoi le donjon avait été brûlé et rasé. Seita et Fragil en avaient tiré certaines conclusions. En avançant un peu plus les licornes noires pour mieux tirer parti de leur capacité à encaisser, et en faisant intervenir quelques secondes plus tard les soins des licornes blanches, da façon à les synchroniser avec le temps de récupération des dragons blancs, on pouvait encore gratter onze secondes. C’était la formation 17D modifiée, que chaque membre des Paragon Nightmare connaissait désormais par cœur.

Mais aujourd’hui c’est l’équipe dédiée à la formation 23B qui allait intervenir sur Tamahakan, puis deux mages de cette équipe seraient remplacés par deux paladins pour descendre le gros dragon, en formation 71G. Chacun savait exactement ce qu’il aurait à faire, même si dans le cas de la 71G beaucoup d’hypothèses n’avaient pu être vérifiées, les entrainements n’ayant évidemment pas pu être réalisés sur le vrai dragon. On avait juste farci avec des salamandres la carcasse vide du scorpion géant du désert de Cériu, afin d’avoir quelque-chose d’approchant en termes de taille et de puissance de feu.

Au total c’est donc une dizaine de Paragon Nightmares qui se présenta devant l’Antre. Sans un mot, Seita et Fragil suivirent l’itinéraire optimisé qu’ils avaient défini depuis longtemps comme étant le plus court depuis l’entrée de l’Antre jusqu’à la salle de Tamahakan. Prendre de vitesse les golems, tuer la troisième sorcière harpie, assommer le premier cerbère, feinter le second, ralentir le quatrième ange, étourdir le dix-huitième, contourner l’autel en sautant par-dessus la chaise renversée. Routine. Ils auraient pu le faire les yeux fermés. En fait, ils l’avaient déjà fait.

Ils arrivèrent dans la dernière salle.

« - Puisqu’on est dix » suggéra un aide de camp, « on ne pourrait pas s’y mettre tous pour Tamahakan ? »

Seita et Fragil le foudroyèrent du regard. « Et l’efficience, alors ? »
Puis les deux maîtres de guilde franchirent le pont.

« Trop tard, il n’est pas là, quelqu’un est passé avant nous, ils doivent être sur le dragon maintenant. On décroche. »

« - On ne pourrait pas au moins passer le portail, histoire de voir à quoi ça ressemble, le Nid, de l’autre côté ? » suggéra le même aide de camp.

Seita et Fragil se concertèrent.

« Ce n’est pas très efficient, mais bon, allez, on va faire une exception. Disons qu’on va vérifier certaines hypothèses. Mais on jette juste un œil. »

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PepsiDreamer, chef de guilde des SertLeThé et, pour encore quelques heures, chef d’alliance, assis dans l’antichambre du Conseil des guildes, tuait le temps en créant de petites boules de feu et en leur faisant faire des loopings. En face de lui, Hésac le chef des Villains commençait à s’assoupir. Les deux hommes attendaient que le Premier conseiller Buvenir les reçoive en audience. Un puissant message télépathique les tira de leur torpeur.


« Devas, Asuras, Gaias, le Conseil des guildes souhaite célébrer l’inauguration de ses amplificateurs longue portée en vous offrant à tous sa bénédiction. Vous voilà plus forts, plus résistants, plus rapides. Passez une journée plus belle ! Ceci était un message du Conseil des guildes ».


PepsiDreamer faillit se brûler avec sa propre boule de feu, rendue deux fois plus grosse que prévue.

« Ils pourraient prévenir ! Tu étais au courant, toi ? »

« - Vaguement. Je savais qu’ils installaient des relais un peu partout, j’ai une guildie dont la famille leur a vendu des terrains. Mais je ne savais pas que ça pouvait aussi servir pour des bénédictions. »

« Une bénédiction globale… Cela a dû leur coûter bonbon en laks. »

De longues minutes s’écoulèrent encore, Hésac le sorcier essayant de coincer dans ses pièges électriques les boules de feu de PepsiDreamer. Enfin, un préposé ouvrit la porte et les invita à entrer.

Buvenir était debout, leur tournant le dos, observant par la fenêtre les habitants de Rondo, qui surpris et amusés par la bénédiction, jouaient à courir plus vite qu’un Ornitho, à soulever une charrette ou à se jeter dans le vide depuis le pont.

« Hé bien messieurs, que dites-vous de notre petite surprise ? Pour être franc, je ne pensais pas que ce serait aujourd’hui. Karcinaum, l’intendant du Conseil, a fait du bon travail avec ces amplificateurs. Il faudra que je le félicite. Sur ce, venons-en à ce qui vous intéresse, à savoir votre alliance. J’ai reçu ce matin la lettre manuscrite signée d’Albarran et portant le sceau des CoeurDePique. Sa santé l’empêche de faire le déplacement, il vous donne procuration. J’ai également fait retrouver dans nos archives ce partchemin, l’acte de création de votre alliance, il y a de cela vingt saisons. Messieurs, êtes-vous bien décidés ? »

« - Nous le sommes » répondit PepsiDreamer.
« - Nous le sommes » répondit Hésac en echo.

« Très bien. Je proclame votre alliance dissoute. » déclara Buvenir en déchirant le parchemin et en le jetant dans le foyer de l’immense cheminée bordée de deux colonnes de pierre brute et noire.

« La fin d’une alliance ne peut certes pas me réjouir » continua le Premier conseiller, tout en cherchant le tisonnier pour froisser les cendres. « Je me souviens encore de la tristesse d’Oscar quand il a dû dissoudre sa propre… »

Les yeux de Buvenir tombèrent sur le préposé, qui avait entrouvert la porte et sollicitait du regard la permission d’entrer.

« Hé bien quoi ? Approche ! »

« - C’est le dragon de l’Ile perdue, Premier conseiller. Il a été… «

« Quoi ? « l’interrompit Buvenir. « On en est sûr ? »

« - Aucun doute possible, Premier conseiller, vu comment tous les dragons du monde ont réagi.Ceux qui étaient en l’air ont été comme assommés en plein vol et sont tombés comme des pierres. Et dans les couloirs de l’Antre, ceux que combattaient les aventuriers se sont laissés tuer sans réagir. »

« C’est une catastrophe.» murmura le vieux soldat à barbe blanche. « Les dragons viennent de perdre leur prédominance sur l’Ile. Ils vont se choisir un autre chef, bien sûr. Lui transférer leur énergie magique afin qu’il gagne en taille et en puissance. Mais ça va prendre des saisons et des saisons. Les autres créatures magiques vont vouloir leur part de territoire. Les licornes, les chats sorciers de Marduka. C’est le chaos qui nous attend. Qui sait si des créatures oubliées ne vont pas ressurgir ? Même la géologie peut en être affectée. Même l’Antre. Car ils ont dû d’abord se débarrasser de Tamahakan. Qui a bien pu… »

« Devas, Asuras, Gaias, la bénédiction va maintenant prendre fin. Passez une bonne fin de journée. Ceci était un message du Conseil des guildes ».


PepsiDreamer fit un clin d’œil à Hésac. « En tout cas, qui que ce soit, le minutage est parfait. »

Pour Buvenir, appuyé au mur, inerte, perdu dans ses pensées et qui offrait l’image d’un vieil homme accablé, cette remarque anodine fut comme un déclic. Redressé soudain de toute sa taille, il brandit le tisonnier et dans un cri de rage le fracassa contre l’une des colonnes qui bordaient la cheminée. Ses yeux se plissèrent tandis que son visage devenait écarlate.

« Karcinaum ! Attends un peu que je…»

Brusquement le Premier conseiller reprit conscience de la présence des deux chefs de guilde, sans compter le préposé. Au prix d’un effort considérable il parvint à se maîtriser et c’est d’une voix presque affable qu’il prononça les formules d’usage, invitant les deux hommes à prendre congé.

Une fois au dehors, ceux qui n’étaient plus désormais que chef de leur propre guilde se donnèrent l’accolade.

« Adieu PepsiDreamer, suis ton chemin. »

« - Adieu Hésac. Toi aussi tu penses qu’ils sont de mèche ? »

« Karcinaum et Oussetonne, le chef des RoxxorDuPoney ? Attends, c’est évident, déjà au départ, des guildes assez puissantes pour tomber Tamahakan et le gros dragon, il n’y a guère que les Roxxors, peut-être les Paragon Nightmare, et encore. Alors avec la bénédiction qui tombe pile poil, ça ne laisse plus de doute. Par contre je me demande si ça va tenir longtemps.»

« - Aussi longtemps que chacun des deux pensera que c’est lui qui manipule l’autre. »

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Zcyn avait interrompu plus tôt qu’à l’habitude sa session d’entraînement dans les Montagnes de crystal. D’une part parce-que la guilde avait demandé à tous les Villains de récupérer tout le contenu de leur casier personnel au donjon. D’autre part parce-que Fargdun était alitée suite à un accès de fièvre et ne pouvait donc s’approvisionner en vivres comme elle aimait le faire tous les matins au marché de Katan.

Elle s’engagea dans la forêt de conifères, passa le petit pont de bois. Ne restait plus qu’à traverser la zone de la Ferme rouge, et de là gagner Rondo et ses téléporteurs.

« Devas, Asuras, Gaias, le Conseil des guildes souhaite célébrer l’inauguration de ses amplificateurs longue portée en vous offrant à tous sa bénédiction. Vous voilà plus forts, plus résistants, plus rapides. Passez une journée plus belle ! Ceci était un message du Conseil des guildes ».


« Qu'est-ce que c'est que cette nouveauté? Ah et puis c’est bien ma veine », ne put s’empêcher de penser l’assassine qui sentait monter en elle l’accroissement de puissance, de rapidité et de résistance, « juste quand je traverse une zone sans intérêt pour moi. »

Elle s’amusa un peu à faire tourner en bourrique les créatures de la Ferme rouge, mais bon, battre des tortues à la course, elle n’avait pas besoin de bénédiction pour ça.

Arrivée à Rondo, Zcyn préféra rejoindre directement Katan plutôt que faire son marché à Rondo. Le marché de Katan était moins bien approvisionné, mais elle le connaissait bien, alors qu’à Rondo, à part les marchands d’armes…

« De quoi ai-je besoin pour une soupe ? » se demanda-t-elle. « Du sel, certainement. Et puis, bah, un peu n’importe quoi, et hop dans l’eau de la marmite, et tout ça au dessus du feu pendant une heure. »

« – C’est toi, Zcyn ? » demanda Fargdun depuis son lit, en entendant grincer la porte d’entrée.

« Et qui veux-tu que ce soit ? Je m’occupe de tout, ne bouge pas. »

« - Oh, je n’en n’ai pas l’intention » répondit la vieille femme, « il y a bien eu ce truc bizarre, le message du Conseil des guildes, ces amplificateurs du diable. Toute leur technologie là, c’est un coup à détraquer le temps ça. Enfin, la bénédiction, je ne me plains pas, je me suis sentie toute vaillante et en pleine forme, j’ai passé un coup de balai, fait un peu les carreaux, et puis au bout d’une heure ça s’est arrêté leur truc, et crac, tout est revenu, la fièvre, les tremblements et les vertiges. »

Penchée sur la marmite, Zcyn tout en répondant de temps à autre à Fargdun par quelque monosyllabe, touillait le mélange de légumes qu’elle avait achetés un peu au hasard. Elle en remplit une assiette creuse et s’approcha du lit.

« Et qui c’est qui va manger toute la bonne sou-soupe ? C’est Fargdun ! Allez allez, une cuillerée pour Zcyn. Une cuillerée pour Luerphédon. Une cuillerée pour les hommes-faucons du carrefour de Katan. Une cuillerée pour… »

« Elle est vraiment trop salée ta soupe » pensait Fargdun, « et puis il y a des grumeaux. C’est beaucoup trop consistant pour moi ça, pour une malade ce qu’il faut c’est un bouillon, ou tout au moins une soupe passée. Pas un brouet où il y a autant à manger qu’à boire. »

Elle n’en avalait pas moins chaque cuillerée que lui enfournait Zcyn. C’était une satisfaction de voir la jeune fille faire preuve non pas de talent mais du moins d’une certaine bonne volonté pour les tâches domestiques. Après tout, le métier des armes, on ne pouvait pas faire ça toute sa vie. Elle se prit à imaginer la même modeste cabane quand bien des saisons se seraient écoulées et qu’une Zcyn au corps alourdi par l’âge et meurtri par les blessures recueillerait une petite protégée. Peut-être une jeune marchande de fleurs, qui sait…

« Et sinon, ta journée ? » s’enquit Fargdun une fois l’assiette terminée.

« Bah, la routine quoi, la même zone, les mêmes monstres, un peu le même butin. Ah si, tu as le bonjour de l’épicier Babas. »

« Hé oui » conclut Fargdun, « il y a des jours comme ça, où il ne se passe rien. »



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Re: Biographie RPiste

Messagepar zcyn » Mer 28 Aoû 2013 12:38

Zcyn XXXVIII

Soif de sang




Foulant le sol d’un pied rageur, Crime-Sud arpentait à pas rapides les chemins escarpés de la Vallée de cristal, passant en mode furtif dès qu’il croisait quelque-chose, monstre ou humain. Ne pas se faire repérer, et mettre le plus de distance possible entre lui et les RoxxorDuPoney, c’était l’essentiel dans l’immédiat.

Ensuite seulement il fourbirait sa vengeance. Il avait tout son temps. Alors comme ça, tout bien réfléchi, il n’y avait pas de place pour lui dans la Guilde? Alors comme ça, les dégâts en combat d’un assassin étaient tellement insignifiants que cela n’apportait rien à un groupe de donjon ? Alors comme ça, la Guilde préférait s’en tenir à son credo : des dragons qui crament tout et des classes magiques pour monter dessus ? Hé bien, il leur ferait regretter leur décision hâtive, brutale et stupide. Un jour il deviendrait le plus grand soloteur de donjons que l’histoire ait connu, un jour les Roxxors le supplieraient de revenir et il leur rirait au nez. Ha ha ha ha ! Ha ha ha ha ! Je vous ris au nez, messieurs ! Repartez avec vos dragons avant que je me fâche, messieurs !

Déjà, il n’était pas parti les mains vides. Il avait réussi à conserver son équipement éthéré en Fourberie, qu’il aurait dû rendre. Vitesse et esquive, pfft, fi donc, c’est comme ça qu’ils voyaient un assassin, un pleutre qui fuit, qui court à toutes jambes dans les couloirs. Mais c’était toujours mieux que des armes classiques. Et surtout, surtout, il avait réussi à s’introduire dans la bibliothèque privée de Kévin Oussetonne, le chef des Roxxors. On ne se méfie jamais assez des assassins. Il y avait dérobé les pages secrètes du Grimoire Noir, ce cahier manuscrit calciné mais étrangement intact, et dont on disait qu’il avait été retrouvé dans les cendres du repaire de la Sorcière. Ces pages contenaient la « recette » des armes éthérées. Puis c’est la Salle des Coffres de la guilde qui avait reçu sa visite furtive. Il en était reparti avec le seul ingrédient réellement rare de la recette, du venin fossile de scorpion géant. On aurait dit un bloc d’ambre, à peine de la taille d’un dé à coudre. Le scorpion du désert de Cériu serait bien en peine de leur en fournir d’autre !

Alors comme ça, les RoxxorsDuPoney avaient créé dix sortes d’armes éthérées ? Alors comme ça, Kevin Oussetonne trouvait que c’était bien suffisant ? Hé bien lui, Crime-Sud, il en créerait une onzième ! Basée sur la rapidité d’attaque, cette qualité que tous dédaignaient et qu’il savait, lui, essentielle. Il appellerait ça, voyons… Rage c’était déjà pris, Revanche ça faisait un peu aigri. Voyons… un éthérage qui ferait de l’assassin un concentré de destruction et de dégâts. Concentration. Voilà, c’était un bon nom, Concentration.

Marchant toujours vers l’ouest, l’assassin fit un large détour pour éviter l’archidruide Kerva, et finit par atteindre les rives de la Côte de cristal. Manifestement il n’irait pas plus loin. Il s’assit sur un rocher, le regard tourné vers l’étendue liquide. Des vagues, des vagues encore. La contemplation des flots aidait à concevoir de vastes desseins, sans parler de l’effet apaisant.

La pause fut de courte durée. L’assassin prit conscience d’un groupe d’une douzaine de monstres qui se rapprochaient, mus certes par la curiosité. Mais des monstres quand même. Voilà qui tombait bien. Crime-Sud connaissait une autre façon de se détendre, et les monstres aussi y trouveraient le repos. Eternel.

Sur la même immense plage mais à l’autre extrémité, une autre représentante, certes de moindre envergure, de la classe des assassins, se disposait, après une brève collation, à reprendre l’entrainement.

Et d’ailleurs, entrainement, était-ce réellement le cas ? Après quelques mois dans la Vallée de cristal, Zcyn, progressant au fil des jours de zone en zone, de champ de monstres en champ de monstres, à la recherche d’adversaires toujours un peu plus forts, tout en évitant soigneusement la très dangereuse région centrale de la Vallée, avait un jour perçu un bruit de ressac. Croyant d’abord à la présence d’un lac d’altitude elle avait gravi les pentes vers les sommets, mais sans rien trouver. Et puis, tout naturellement, elle avait découvert la côte de cristal.

Tout y était à son goût. Des monstres bien gros, bien visibles, pas trop rapides. Et variés. Marins, ou terrestres. Une zone parfaitement sûre, côté Sud, où elle avait établi son petit campement, avec pour seule compagnie ses trois familiers. Sabaka le loup, Luerphédon bien sûr, sa panthère de toujours, et même RossPess le craken, qui était parfaitement dans son élément ici. Katan était trop loin, rentrer tous les soirs était devenu impossible. Avoir tous ses familiers avec elle était une nécessité, surtout depuis que le donjon avait été rendu.

Cette côte, c’était vraiment, littéralement, le bout du monde. Jamais personne ne venait lui contester cet endroit. Elle se sentait la légitime représentante, la championne du genre humain dans sa lutte immémoriale contre les monstres. Est-ce qu’elle n’avait pas, en fin de compte, trouvé sa place ? L’autre terme de l’alternative, à savoir le Sixième rang, ça la ramènerait inévitablement vers Marduka, qu’elle abhorrait. Sa Guilde des Villains n’était plus aussi présente, de par la perte du donjon et des émetteurs télépathiques. Fargdun, elle la voyait moins souvent. Elle lui manquait. Mais depuis aussi longtemps que remontaient ses souvenirs, elle n’avait jamais autant eu le sentiment de, peut-être, être maître de ses choix et de son destin.

Les deux Beowulfs scintillaient à un rythme accéléré. Zcyn se dit qu’elles s’impatientaient et interrompit derechef ses méditations. Et si elle passait à huit ? Huit monstres à la fois. Ils étaient costauds, mais d’un autre côté elle avait ses Beowulfs enchantées au vingtième degré. Comme familier ? Sabake et Luerphédon sommeillaient, elle siffla doucement pour faire venir son craken.

« Tu sais, RossPess, que tu es peut-être le seul Craken Mutant du monde ? Apprivoisé, s’entend. »

Elle n’était pas trop sûre de ce qu’elle devait faire avec ce familier. Certes elle était fière que la petite boule rose du début ait mué en un Craken adulte, mais l’entente en combat n’était pas comme avec son loup ou sa panthère. Elle n’était même pas certaine qu’il comprenait ce qu’elle lui racontait. Et puis surtout, il avait beau s’agiter en tous sens, sauter en l’air, faire des vrilles, au bout du compte sa contribution en termes de dégâts infligés était quasi nulle. Alors ,rester aux côtés d’une assassine, même en milieu partiellement aquatique, était-ce la place d’un craken ? A l’accompagner au combat, RossPess n’avait jamais, à la différence da Sabaka et de Luerphédon, l’occasion de rencontrer un congénère. Pourquoi ne pas simplement le ramener au Lac d’Arrogance et lui rendre sa liberté ?

L’assassine secoua la tête comme pour se débarrasser de ces pensées parasites. Foin de méditations, l’heure était au concret. Sept monstres à la fois c’était son record. Et dire qu’à la Mansion ou à Marduka, avec deux elle avait déjà du mal ! Elle était aux dagues, à l'époque, et des dagues de Troisième rang. Les Beowulfs avaient changé la donne. Zcyn se mit à courir sur le plage et dans l’eau, décrivant de larges cercles qu’elle réduisit progressivement, attirant à elle les monstres épars et les amenant là où elle voulait que le combat ait lieu. Elle ralentit, s’arrêta, encerclée de très près par les créatures hostiles. Y en aurait-il huit ?

« Un, deux, trois… sept… »

Brusquement un second cercle se forma derrière le premier.

« Huit…douze…euh…vingt-trois ? »

Les deux douzaines de monstres semblèrent se figer. Zcyn savait qu’il n’en était rien, elle regarda ses mains, celles-ci semblaient elles aussi évoluer au ralenti. Elle avait déjà eu cette expérience d’accélération de la pensée en situation de mort imminente. Elle se rappela s’être dit lors de ces circonstances similaires que cette rapidité cérébrale ne servait à rien, vu qu’on mourait quand même.

Mais ça lui donnait tout le loisir de réfléchir à certaines questions. Déjà, d’où venait ce surplus de golems, de sirènes et de dinosaures ? Elle n’en avait pas provoqué autant. Sans être un génie de l'arithmétique, elle savait à peu près compter, et faire la différence entre huit et vingt-trois. Elle finit par comprendre qu’il s’agissait d’un repop, ce phénomène par lequel les monstres occis, au sortir des limbes réapparaissent dans la même zone mais sur des bords opposés. Une certaine intelligence des choses qui leur évitait de se faire tuer à répétition par le même aventurier. C’était bien sa veine, vraiment. Le jour où elle tentait de battre son record, une douzaine d’autres monstres, à l’autre bout de cette plage où personne ne venait jamais, se faisaient tuer par un combattant. Ou un groupe.

Ce point établi, restait à déterminer la seule et unique action que son corps lent et engourdi aurait le temps d’effectuer. Cape ? Inutile, les monstres n’étaient pas idiots, ils attendraient qu’elle réapparaisse. Potions rouges ? Elle avait le temps d’en boire une. Et pas plus. Un petit délai de gagné. Distorsion ? Ce truc ratait toujours quand on en avait besoin. Toujours. Apocalypse ? Beowulfs ou pas, ça chatouillerait à peine les golems, dinosaures et sirènes qui l’entouraient. Ultime esquive ? Zcyn décida de s’épargner ce ridicule et se résolut à mourir en assassine les armes à la main. Après, il faudrait espérer que quelqu’un finisse par passer dans le coin, si possible avec un parchemin de résurrection.

En en geste qui lui parut d’une désespérante lenteur, Zcyn brandit ses épées. Simultanément, elle se trouva enveloppée d’une aura rouge sang.

« Qu’est-ce que c’est que ce truc ? » se demanda la jeune fille, qui pensa d’abord à un empoisonnement ou une malédiction provenant d’un dinosaure ou d’une sirène. Mais elle ne ressentait ni douleur, ni affaiblissement.

Bien qu’évoluant au ralenti, les monstres avaient sensiblement resserré leur cercle, les premiers coups n’allaient pas tarder. Ce furent les Beowulfs cependant qui furent les plus rapides, ou les moins lentes. Quand les lames s’abattirent, Zcyn ressentit la même impression qu’en consommant une potion de soin. Une petite potion, certes. Elle ne fit le rapprochement que lorsque les épées frappèrent à nouveau, longtemps, bien longtemps après, toujours au ralenti, et qu’à nouveau ce fut comme si elle avait bu une potion.

« C’est donc ça. Une bénédiction que je ne connaissais pas. Peut-être les frères Mond sont-ils cachés quelque-part ? Pourtant je n’ai vu personne. »

C’est alors qu’elle remarqua son craken. Il était groggy, bien qu’il n’eût pris aucun coup. Et pâle, presque blanc.

« C’est lui. Une sorte de transfert. »

Zcyn sentit que ses coups étaient plus rapides. Les monstres aussi commençaient à sortir de leur apparente torpeur. L’accélération de la pensée était en train de prendre fin, son corps et son esprit recommençaient à fonctionner à la même vitesse. C’était plutôt bon signe, jugea-t-elle, cela voulait dire que le péril de mort imminente était écarté. En effet, s’étant débarrassé de la moitié des créatures elle réussit à se dégager et à s’enfuir suffisamment loin pour pouvoir passer en mode furtif.

Furtif lui aussi, caché derrière un bloc géant de cristal, Crime-Sud n’avait rien perdu de la scène.

« Alors comme ça, les crakens ont ce pouvoir ? Intéressant... »



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Re: Biographie RPiste

Messagepar zcyn » Mer 25 Sep 2013 18:15

Zcyn XXXIX

Votre mission, si vous l’acceptez…



Zcyn s’obstinait depuis le début de la matinée, mais rien à faire.

« Allez Rosspess, vas-y, refais ton truc là. Allez quoi, l’espèce d’aura protectrice. Sur moi, allez vas-y, sur moi, allez fais un effort Rosspess, gentil cracken, gentil. Hop hop, allez, l’aura rouge, allez, hop. »

Mais Rosspess se contentait l’aller et venir, sautant parfois en l’air pour tourbillonner. Partant vers l’eau, et revenant dare-dare vers Zcyn lorsqu’il voyait venir une sirène.

« Et si je lui tapais dessus ? » finit par se demander l’assassine. « Non, ce sera en dernier ressort. D’abord en parler à Moonkir. Sauf que, pour le trouver, celui-là, maintenant qu’on a plus ni donjon ni amplificateurs… »

Un grésillement la tira de ses pensées.

« Avis à Zcyn. Instruction de se rendre au second donjon de Palmir pour y contacter le chef de guilde ou l’un de ses conseillers. Je répète… ».


« Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? On a à nouveau un donjon ? Et c’est Palmir, en plus ? Mettons-nous en route derechef pour Rondo. Le trajet est long, et puis de toute façon, je ne tirerai visiblement rien de ce stupide cracken. »

L’avantage quand on revenait de la Vallée de cristal, c’est qu’on arrivait à Rondo par l’entrée la plus proche du portail de téléportation. Une brève perte de conscience, et pouf, l’assassine se rematérialisa à l’entrée de Palmir II. Hésac le chef de guilde, ainsi que deux de ses conseillers, SirWatson le gladiateur et Moonkir le belluaire, l’attendaient.

« - Comment trouves-tu notre repaire de brigands ? » plaisanta Hésac.

« Je ne savais même pas… » répondit Zcyn. « Et ça fait longtemps que… ?»

« - Deux jours, en fait. On l’a un peu volé, on s’est inscrits au dernier moment comme guilde attaquante, ils ne s’attendaient pas du tout à un siège, en plus ils étaient mal renseignés, ils croyaient qu’on était encore dans une Alliance, bref ils ne sont même pas venus défendre. Maintenant c’est à nous. Oh, pas pour longtemps sans doute.
Bien. Venons-en à l’objet de cette convocation. Comme tu le sais, un Nid de dragons avait été découvert sur l’Ile perdue par un paladin, ce qui lui a coûté la vie, et comme tu le sais, il a été en quelque sorte vengé il y a quelques temps. »

« Je ne savais même pas… » répondit Zcyn à nouveau. « Mais c’est que j’étais un peu loin de tout, je me suis trouvé un coin qui me convient et…»

« - La disparition de ce boss dominant» l’interrompit Hésac, « a créé un immense chaos sur l’île perdue. L’énergie magique que les dragons focalisaient, a été libérée. Le sol a tremblé, l’Ile a grandi, s’est environnée de brume. Des migrations de créatures ont sans doute eu lieu. Depuis hier le portail a été rétabli, apparemment la situation s’est stabilisée. Comme toutes les autres guildes, nous manquons d’informations. Enfin à part les RoxxorsDuPoney, qui sont sur place depuis que l’Antre leur est à nouveau accessible. Bref, nous voulons savoir ce qu’il en est, là-bas. De nouveaux territoires de chasse ? Ou alors un désert de neige et de pierre ? «

« Donc nous avons pensé à toi, vu que dans la Guilde tu es la seule assass… » commença SirWatson.

Hésac le coupa.

« - Vu que tu es la meilleure assassine de la Guilde et que la furtivité, le sens de l’observation, toutes les qualités propres aux assassins, te désignent comme la mieux qualifiée pour cette mission d’exploration. »

« Prends un familier si tu veux » enchaîna Moonkir, « mais pas ton loup. »

« Et allez » pensa la jeune fille « il a encore peur pour son familier. Et quoi, ça fait pas mal de temps qu’il me l’a donné, Sabaka, j’ai même passé mon concours du Cinquième rang avec lui, on s’entend bien. »

Elle se trompait, le souci de Moonkir était ailleurs.

« - Il paraît » continua le belluaire, que des loups ont été aperçus sur l’Ile perdue. On sait que des loups y vivaient autrefois. Peut-être des meutes sont-elles revenues. Ces bêtes ont l’instinct grégaire. Je ne dis pas que Sabaka pourrait se retourner contre toi, mais il pourrait préférer rester vivre avec ses congénères. »

« Compris » répondit Zcyn, « je prends ma panthère alors. »

« - Ne tarde pas » conclut Hésac, « les autres guildes aussi partent aux infos, chaque heure qui passe c’est de l’avance qu’on prend sur nous. »

Tout en la raccompagnant vers la sortie, les trois hommes lui expliquèrent comment trouver le portail pour l’Ile. Toujours vers l’Ouest, toujours en descente, c’était facile. Au dernier moment, Zcyn se rappela qu’elle voulait s’entretenir avec le belluaire, au sujet de son cracken.

Moonkir écouta attentivement le récit de l’assassine, sans l’interrompre. Les vingt monstres qui l’avaient encerclée, l’aura, l’effet de potion rouge. Il demanda certaines précisions. Le type de monstres, le temps que le familier avait mis à récupérer sa couleur. Il examina soigneusement le cracken, partit consulter divers livres et grimoires traitant de zoologie marine, et finalement revint vers Zcyn en haussant les épaules.

« - Ces livres, un ramassis d’histoires et de fables. Mais d’après eux, les crackens hors de l’eau perçoivent mal les sons. Donc ton RossPess n’entend pas vraiment tes ordres. Il se fait sa propre idée de la situation et réagit en conséquence. S’il te sent en grand danger, notamment contre des monstres nombreux et plus grands que toi, il peut décider d’utiliser ce mystérieux pouvoir pour te sauver. Mais c’est un choix difficile pour lui, car il sait que son énergie est drainée et qu’il va rester très vulnérable pendant de longues minutes.
Bref, tu ne peux pas réellement lui ordonner de lancer cette bénédiction sur toi, mais tu peux lui donner un poisson juste avant le combat. Ou un fruit. Il se sentira plein d’énergie. Sur un combat normal à mon avis il ne fera rien, mais contre un très grand monstre comme Takin ou SoulSeeker, il est très probable qu’il lancera cette espèce d’aura rouge qui te donne un toucher vampirique.

Evidemment je te déconseille de l’emmener sur l’Ile perdue. Allez, file maintenant.»


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Re: Biographie RPiste

Messagepar zcyn » Jeu 26 Sep 2013 10:32

Zcyn XL

Trouble-fête



Zcyn trouva facilement le portail. Avant de s’y engager, elle se tourna vers sa panthère et renouvela ses recommandations de prudence. Pas forcément du luxe, vu comment Luerphédon avait prétendu attaquer les hommes-faucons locaux, pour découvrir un peu tard qu’ils étaient beaucoup plus costauds que ceux qu’elle connaissait du temps des carrefours de Katan.

« Bon alors Luerphédon, on regarde juste. On ne sait pas sur quoi on va tomber. Cela peut être très différent de ce qu’il y a ici. Ou même de ce qu’il y avait là-bas il y a seulement quelque mois. Pas d’extravagances, tu restes tranquille.»

Une téléportation plus tard, l’assassine et son félin se retrouvaient de l’autre côté. Pour la première fois, elle foulait le sol de l’Ile perdue. Un camp sommaire se trouvait un peu sur la droite, signe que d’autres avant elle étaient venus ces derniers jours, voir ce qu’il en était. Un feu achevait de se consumer. Il n’y avait personne.

Droit devant se découpait la gueule de dragon, qui indiquait l’entrée de l’Antre.

« Jusqu’à présent, rien que de très normal, l’Antre est bien là où Hésac et SirWatson me l’avaient dit. Allons-y Luerphédon, on va prendre le chemin sur la droite. Ah non, attends, reste là, je vois un loup. »

Zcyn passa en mode furtif et observa le loup. C’était un Fenrir, stade ultime de l’évolution. Son propre loup Sabaka en était bien loin. Le Fenrir dressa l’oreille, huma l’air et se dirigea vers la jeune fille, qui ne s’en inquiéta guère.

« Aha, par hasard il s’est mis à bouger dans ma direction. Un assassin moins expérimenté fuirait, mais moi je sais bien qu’à cette distance-là il est totalement impossible qu’il m’ait détectée, surtout à l’air libre. »

Le loup cependant continuait à avancer.

« Il est vraiment très lent. Comme engourdi. Les loups avaient disparu d’ici. Auraient-ils été tous tirés d’un long sommeil ? Euh bon, ça devient bizarre là, cette obstination à marcher vers moi au hasard. »

Elle fit deux pas de côté. Le loup infléchit sa trajectoire. Trois pas de l’autre côté. Le loup obliqua encore.

« Incroyable ! Manifestement il m’a repérée. Qu’est-ce qui peut faire qu’il ait un flair aussi développé ? La rareté des proies, peut-être. Aucune créature du continent ne détecte d’aussi loin. »

De par la lenteur de déplacement du loup, elle n’était pas encore en danger, cependant il était temps de prendre une décision. Elle choisit de se laisser attaquer, telle un pantin.

Comme prévu, les premières attaques furent facilement esquivées. Mais le loup finit par réussir à porter un coup.

« Ouch ! Ah oui, quand même. Bon, potion rouge Taille Maximum, et on arrête l’expérience. Encore deux attaques comme ça et je suis morte. »

Il n’y eut pas deux autres attaques, grâce à l’aide de Luerphédon et surtout des Beowulfs.

L’assassine prit bien note de tout. Flair à longue portée, lenteur, force de frappe phénoménale.
Puis elle s’engagea avec précaution sur le sentier, tout en continuant à recueillir des observations.

« Loups, ours, groupes dispersés, fourrure blanche, camouflage. Ours très lents aussi. Et du flair comme les loups. Pas testé l’attaque des ours, trop risqué. »

Longeant comme à son habitude la paroi de la montagne, elle tomba sur une deuxième gueule géante de dragon.

« Oh ça alors ! Un deuxième Antre ? Ou bien seulement une deuxième entrée peut-être. Je le note. Et si je continuais à longer, pour voir s’il n’y a pas une troisième entrée ? Une quatrième ? »

Mais elle n’en fit rien. Car en contrebas, c’est tout un monde neuf, vierge et inexploré qui s’étendait à perte de vue. On distinguait comme un lac, puis le terrain remontait, mais c’était trop loin, et perdu dans les brumes.

Elle suivit la pente. D’autres créatures apparurent, avec des lames à la place des mains, comme les anatémas de l’Ile des apprentis. Mais transparents.

« C’est pour ça que les ours et les loups ont ce flair. C’est pour repérer ces anatémas translucides, qu’ils soient des proies ou des prédateurs. »

Le lac glacé maintenant. La glace était épaisse, aucun risque de passer à travers. D’ailleurs des monstres s’y trouvaient. Et des gros.

« Bon, Luerphédon, on se sépare, tu longes le bord du lac, c’est moins exposé. Moi je passe au milieu. On se retrouve de l’autre côté »

La panthère s’éloigna. Zcyn continuait de prendre des notes.

« Des Yétis comme ceux autour de notre ancien donjon. Mais gigantesques. Semblent attendre au bord de trous dans la glace. D’autres créatures là-dessous ? »

Plus loin elle repéra un camp de chats sorciers mardukans. Des constructions rudimentaires, en bois. Des outils de pêche, des palans. Ces félins hybrides férus de magie disposaient d’une forme de technologie, ce n’était pas des adversaires à prendre à la légère. Zcyn se méfiait d’eux, dont les attaques à distance l’avaient souvent mise en péril à Marduka. Et ceux d’ici, c’était encore le modèle au dessus. Pourtant il fallait essayer de traverser, pour accéder à ce qui, de loin, semblait être une colline boisée. L’accès vers une forêt ? Zcyn voulait savoir. Quel genre ? Comme le Bois des fées, ou comme la Forêt obscure ?

Luerphédon l’avait rejointe.

« Suis-moi, et pas d’embrouille. On va essayer de traverser cette zone de chats sorciers Mardukans ».

Laisse-moi faire. Chats et panthères on est cousins. Comment on dit Salut les copains en Mardukan, déjà ? Ah oui. RrroawwrrRrrRRrooowwwaARRRhhhh !


Tous les chats alentour dressèrent l’oreille, virent les deux intrus et commencèrent leurs invocations de sorts à distance.

« Mais Luerphédon enfin, ça ne va pas mieux, à quoi tu joues, qu’est ce qui te prend de te mettre à rugir ? Allez, on décampe. Cours, stupide animal ! »

Non mais c’est mon accent, je me souviens maintenant. De la façon dont je l’ai prononcé, c’est une insulte à leur race. C’est un malentendu, ils vont comprendre, je vais arranger le coup. HhrooowWawwwrrr….


Les quelques tapes sur la tête que lui donna Zcyn du plat de l’épée empêchèrent la panthère de continuer. A courir comme des dératées, l’assassine et son familier avaient réussi à semer les chats puis les yétis géants du lac. Toutefois le portail vers le continent était encore loin. Et surtout…

« Les ours ! Ils nous ont repérées avec leur flair. Là on est coincées. »

Sur leur gauche les ours se rapprochaient. Et sur leur droite. Et devant aussi. Derrière elles, l’Antre.

« On rentre, Luerphédon ! C’est pas chez nous, mais tant pis, nécessité fait loi. »

Le portail traversé, la jeune fille eut une première surprise : le hall d’entrée n’était pas vide et dégagé comme le sont d’habitude les entrées des donjons. De longues table avaient été disposées, garnies d’appétissantes victuailles et de breuvages de bon aloi. Terrines, pâtés, pyramides de petits pains. Bière, vin, lait fermenté. Par delà les murs on humait des parfums de viandes rôties. Poulet, kukuris peut-être. Un ballet de petits mitrons disposait des assiettes en étain brossé, des gobelets, des rince-doigts, sous la surveillance d’un intendant qui portait le blason des RoxxorsDuPoney. Dans un coin, trois bateleurs accordaient leurs vielles et leurs rebecs. Une fête se préparait.

Une deuxième surprise, moins plaisante, attendait Zcyn. Les ours avaient suivi, les ours avaient franchi le portail, les ours étaient dans la place.

« Comment ont-ils fait ? » s’étonna l’assassine, « les portails ne laissent passer que les hommes. Et éventuellement les créatures très intelligentes et à forte affinité magique, comme les dragons. Mais certainement pas ces animaux bornés et sauvages. »

Pas le loisir pour ce genre d’interrogations. Oublié, le bel ordonnancement des préparatifs fastueux La confusion était totale. Dans un fracas de tables renversées, les marmitons et les musiciens s’étaient précipités vers les salles intérieures du donjon. En une tentative dérisoire, l’intendant des RoxxorsDuPoney, les bras en croix, avait tenté de barrer la route aux ours, qui l’avaient à peine remarqué. De même que, forcément très intéressés par cette profusion inattendue de nourriture, ils avaient oublié jusqu’à l’existence de Zcyn. Qui s’esquiva promptement.

« Viens Luerphédon, on va les laisser se débrouiller, de toute façon on ne peut rien faire. Luerphédon ! J’ai dit viens ici. Du poulet rôti, tu peux en avoir à la maison. »

Une demi-heure plus tard les marmitons, munis cette fois de balais, revinrent dans le hall d’entrée. Ressuscité au parchemin, l’intendant prit le temps de recouvrer ses esprits puis gagna la salle de transmission télépathique pour rendre compte à son chef de guilde.

« Oussetonne ? On a un problème. »

Kévin « KO » Oussetonne ne prit pas immédiatement la mesure de la situation.

« - Un problème ? Aha, moi aussi j’ai un problème. Qu’est-ce que je vais porter ce soir, mon armure d’apparat bleue ? Ou la rouge ? C’est qu’il ne reste que deux heures. Que la fête commence ! Il faut aussi que je passe prendre le maire de Rondo, et son épouse. Notre vieil Antre qui s’est démultiplié, nous donnant la prééminence sur ce nouvel et vaste espace inexploré de l’Ile perdue. Notre magnifique combat contre le boss dragonnesque, et contre Tamahakan en bonus. C’est tout Rondo qui doit être reconnaissant aux Roxxors, c’est tout le pays ! Aha, il va pouvoir faire un sacré discours, le maire ! Tu as bien pensé à tout, hein, les détails c’est important, n’oublie pas cette nouvelle boisson pétillante couleur caramel… »

« Kévin, il faut tout annuler. On a été envahi par des ours. »

« - Par quoi ? Mais… et le portail, il est là pour faire joli ? »

« On l’avait réglé large, pour que les gens puissent rentrer en groupe ce soir. Quelqu’un a traversé sans prévenir. Une fille, une Villaine je crois. Les ours devaient être après elle, et du coup ils sont rentrés aussi. En masse. »

« - Une Villaine, hein ? Là ça commence à bien faire. Les Villains, Hésac le sorcier, tout ça, on va peut-être penser à régler le contentieux une fois pour toutes. Bon et sinon, tu as besoin que je t’envoie nos brigades d’élites et les dragons ? »

« Non, non, ça va, le pire est passé. On m’a ressuscité, là on est en train de nettoyer. Mais il faut tout annuler, la fête, le maire. Tout est en miettes ici. Les ours ont mangé tout ce qu’ils ont pu, et ils sont repartis en emportant le reste. Je les vois là, dehors, ils jouent dans la neige.»


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Re: Biographie RPiste

Messagepar zcyn » Ven 25 Oct 2013 12:25

Zcyn XLI

Bis repetita



Hésac le sorcier, chef de guilde des Villains, s’était enfermé avec ses trois conseillers dans une petite salle de Palmir II, leur donjon. Enfin, le leur, plus forcément pour très longtemps. Penchés sur une carte ils examinaient pour la énième fois la configuration des portails. A intervalles réguliers ils scrutaient l’horizon par une petite fenêtre, dans la direction d’où viendrait la guilde attaquante.
Les avis étaient partagés. Moonkir le belluaire était soucieux du sort des familiers, et penchait pour une reddition. SirWatson le gladiateur, féru de duels, aurait voulu livrer bataille, mais craignait que l’écrasante défaite qui s’annonçait pour la guilde marque davantage les esprits que ses exploits escomptés. DarkMatter le magicien n’avait pas d’avis. Il s’adressa à son chef.

« Il est encore temps de renvoyer les gens chez eux. Tu es sûr de vouloir combattre ? »

« - Palmir, je m’en fiche » répliqua Hésac, « c’est rendre les armes face aux Roxxors qui m’est insupportable. Qu’est-ce qui leur prend de nous attaquer à nouveau ? Qu’est-ce qu’on leur a fait ? Maintenant s’ils veulent se battre, dragons blancs ou pas moi je peux en prendre trois à la fois! »

« Et moi, au moins un. » continua SiWatson.

« Et Moonkir et moi un aussi, en s’y mettant à deux. » conclut DarkMatter. « Mais cela en fait encore une bonne quarantaine, et nous, en face, on n’est même pas complets. Je suis sûr qu’il y en a encore qui sont perdus dans les couloirs. »

« - SirWatson, retourne envoyer un message » ordonna Hésac. Haussant les épaules, le gladiateur sortit.

« Avis aux Villains. Pour le siège, c’est portail 24. A partir de l’entrée, grosso modo tout droit puis à gauche vers le portail 13. Le couloir qui monte, attention à Titanos, prenez à droite puis zig-zaguez jusqu’au portail 7, ensuite… oh et puis zut, débrouillez-vous ! »


La patience n’était pas la vertu première du bouillonnant SirWatson. Irrité, il revint vers la petite pièce. Cette guilde de médiocres, infichus de trouver leur chemin dans leur propre donjon, qui allaient détaler la peur au ventre dès qu’ils apercevraient l’ennemi, et à peine assez nombreux pour fournir quatre brigades, sur les six requises, cette guilde donc, comment son immense potentiel pourrait-il s’y dévoiler ? Sa renommée, atteindre celle d’un Hector ? Ou plus modestement, d’un Kazanov ? Le gladiateur claqua la porte derrière lui.

« Tant qu’à faire, on a qu’à leur renvoyer Zcyn ! »

SirWatson n’aimait pas trop Zcyn. Tellement différente de lui. Nullissime en duel, préférant les grands espaces aux donjons, les combats en solo aux tactiques de groupe. Et ces familiers de miséreuse, cet équipement de pauvresse ! A part ses épées bien sûr. Et là aussi, quel scandale, cinq-cents millions de roupies que la guilde lui avait donnés ! Comme ça, pouf, tiens, cinq-cents millions. Il aurait pu en faire des choses, lui, avec cinq-cents millions ! La médiocrité de la guilde, c’est des gens comme Zcyn qui en étaient la cause. Et pourtant, cette aura de mystère qui enveloppait l'assassine, ces histoires qu’on colportait à son propos. Le Bûcher, Oscar, la Côte de cristal. Alors que lui, Sirwatson, lui, malgré tous ses mérites, ne voyait rien d’épique venir, aucune rumeur ne le disait à l’aube d’un destin légendaire.

Hésac reprit la suggestion au vol.

« - Bah, ça ne mange pas de pain. Moonkir et DarkMatter, allez la trouver, elle est avec nos troupes au portail 24, et envoyez-là à la rencontre de l’avant-garde des Roxxors. »

Quelques instants plus tard, l’assassine se retrouva au dehors, flanquée de RossPess, son cracken. Elle connaissait mal les abords de Palmir II, et même de Palmir I en fait. A chaque fois elle avait suivi quelqu’un, ou utilisé la téléportation. Elle traversa une zone de remparts en ruines, ne vit personne, puis s’engagea sur un pont naturel de pierre, fort étroit, qui surplombait un précipice. Depuis l’étroite fenêtre du donjon, on suivait ses mouvements avec attention.

« Qu’est-ce qu’elle fabrique ? » lança SirWatson, « elle est allée beaucoup trop loin. Les Roxxors vont débarquer ailleurs, presque à l’entrée.»

« - Attends » enchaîna DarkMatter, « on dirait qu’il y a quelqu’un d’autre avec elle. Mais je ne distingue pas bien. »

En effet, un paladin se trouvait là. Ne prêtant aucune attention à l’assassine, il s’approchait des anges avec précaution jusqu’à ce qu’ils attaquent. Une fois les créatures ailées abattues, le paladin s’immobilisait, mains sur les tempes, manifestement en contact avec sa guilde.

« Quarante pieds. C’est cinq de plus que ceux de la Forêt obscure. Tu avais raison Seita, ils détectent de plus loin, la luminosité joue. Voilà un point établi. La connaissance, c’est la puissance.»

Zcyn s’approcha.

« Pardon, êtes-vous l’éclaireur des RoxxorsDuPoney ? »

« - Ni l’un ni l’autre » répliqua le paladin surpris. « Je suis Fragil, chef associé des Paragon Nightmare, la guilde de l’efficience. »

« Zut » dit Zcyn, « où sont-ils donc ? Si je ne les arrête pas, ils vont nous prendre le donjon.»

« - Tu veux les… arrêter ? « ne put s’empêcher de répondre Fragil, stupéfait. « Nous, on n’a pas tenu très longtemps. Même si, en terme d’efficience, il y aurait certes beaucoup à dire sur la façon dont les Roxxors mènent leurs sièges. »

« Mais moi, je suis de la race des héros. La dernière fois, leur éclaireur a décampé sans demander son reste. »

Depuis la salle de télépathie des Paragon, Seita le druide perçut des bribes de la conversation.

« Fragil, qu’est-ce qui se passe ? »


« - Juste une assassine mythomane qui prétend arrêter l’armée des Roxxors à elle toute seule » expliqua à voix basse le paladin, dont le sourire s’élargissait.

« Quelle guilde ? Je consulte les archives. Petites chroniques des sièges, batailles et escarmouches, on a la collection complète en édition reliée. »


« - Les Villains. Mais attends, ne perds pas ton temps, déjà son équipement c’est du Troisième-quatrième rang à peine enchanté. Sauf ses épées, Beowulfs vingtième degré. »

« Confirmé. Les Roxxors n’ont pas donné l’assaut, les Chroniques ne donnent pas les détails. Son équipement, il est peut-être au contraire très étudié et efficient. Les assassins, on n’en pas chez les Paragon, on a négligé cette classe, c’est un manque dans notre connaissance de la science militaire. Elle a un familier ? »


« - Seita, enfin, c’est une pauvre fille qui a récupéré des épées à gauche ou à droite, et qui se raconte des histoires. Son familier ? Tu vas rire, c’est un Cracken mutant ! »

Mais Seita le druide n’avait pas du tout envie de rire.

« Ne la laisse pas filer. Cracken, assassin, il y a quelque-chose d’énorme là-dessous, j’en ai l’intuition. Ces rumeurs insistantes, l’éthéré concentré, ça ne peut pas être un hasard. Fais-là parler. »


« - Trop tard, elle est repartie vers son donjon, sa guilde l’a rappelée. »

« Il faut la voir en situation. Je contacte les Villains. »


C’était une des nouveautés permises par les relais télépathiques longue portée récemment installés de par le monde. Il était devenu possible d’échanger d’une guilde à l’autre. C’était toutefois réservé aux chefs, et il fallait passer par le central du Conseil des guildes.

A Palmir II, Hésac et ses trois conseillers se préparaient à rejoindre leurs troupes, pour une bataille dont l’issue funeste ne faisait pas le moindre doute. SirWatson était le plus virulent.

« Hé oui, vous vous attendiez à quoi, en envoyant Zcyn ? On a bien gambergé pour pas grand-chose, maintenant ça va être simple : ils nous cherchent, ils nous trouvent, ils nous crament. »

Soudain il vit Hésac s’immobiliser les mains sur les tempes. Seul le sorcier pouvait percevoir le message télépathique.

« Central pour Hésac. Paragon Nightmare sollicite mise en relation. Acceptez-vous ? »


« Accepté. Seita, Fragil, mes respects. Comment dire, on est un peu occupés, là. »

Le co-leader des Paragon n’avait lui non plus pas l’intention de perdre de temps en formules de politesse.

« Demande d’alliance temporaire. Libérez deux brigades. »


Hésac le sorcier se retourna vers ses conseillers.

« Ils nous surestiment, les Paragon, ils nous croient au complet. »

Puis il reprit la pose.

« On vous a fait de la place. On est au portail 24. »

Seita le Druide ne se donna pas la peine de répondre, son message suivant fut pour ses propres troupes.

« Paragon Nightmare. Formation 17D modifiée. Palmir II, 13 - 7 - 8 - 3 - 17 - 19 - 24 «


Au portail 24, lieu choisi par les Villains pour livrer bataille, l’attente commença. La nervosité allait croissant. De l’appréhension chez la plupart, mais aussi une certaine excitation chez d’autres. SirWatson notamment était intenable. La perspective d’un renfort -et quel renfort- l’avait métamorphosé.

« Hésac, après la bataille tu me présenteras à Seita et Fragil ? Ce sont vraiment les meilleurs paladin et druide de notre époque ? Est-ce qu’on change notre dispositif ? On pourrait peut-être mettre les magiciens sur les côtés, et… »

Hésac laissa passer la salve de questions.

« - On n’avait préparé aucune stratégie, donc on ne change rien. La situation est juste passée de désespérée à très défavorable. Dans le meilleur des cas, on va prendre les Roxxors en sandwich mais même avec deux lignes de front, sur le papier ils restent supérieurs. Dans le pire des cas, les Paragon arriveront après qu’on ait été écrasés et se feront massacrer à leur tour. Mais je fais confiance à Fragil et Seita pour bien minuter leur affaire, ce sont des maîtres tacticiens. »

Le regard du chef des Villains s’attarda sur ses guerriers rassemblés. Jusqu’au dernier moment il avait hésité. La plupart n’étaient pas au niveau. Mais on n’était plus aux temps de l’Alliance, on ne pouvait plus faire la fine bouche, il avait fallu rameuter tout le monde. Certains trompaient l’attente en affûtant leurs armes, d’autres parlaient à leur familier. A l’arrière, un groupe de jeunes apprentis, fraîchement émoulus de l’Ile du même nom, là où les monstres n’étaient pas vraiment méchants, là où les combats étaient toujours gagnés. Ils souriaient. Ils étaient confiants. La gorge du sorcier se serra.

Le brouhaha des Villains s’atténua soudain. Les troupes avaient perçu un grondement diffus en provenance du lobby, et cherchaient à mieux entendre s’il s’agissait bien de ce que beaucoup craignaient : Dans le hall du donjon, Kévin « KO » Oussetonne, chef des RoxxorsDuPoney, venu en personne diriger la manœuvre, faisait rugir à l’unisson ses cinquante dragons.

Bientôt il n’y eut plus le moindre doute. Les Roxxors progressaient inexorablement dans le dédale des couloirs. Malheur au Villain égaré qui errait encore, n’ayant pu trouver son chemin !

« Hésac ! Tu sens l’odeur de la chair rôtie de tes soldats ? De la graisse rôtie devrais-je dire, même les pourceaux à la broche ne dégagent pas autant de suif. Où te caches-tu, Hésac ? »

Une Zcyn fort irritée sortit des rangs.

« - C’est vous les pourceaux, infâmes Roxx… »

Hésac ne la laissa pas continuer. S’ils étaient localisés trop tôt, ils seraient vaincus avant que les Paragon aient le temps d’intervenir. Se servant du manche nacré de son bâton, il assomma l’assassine d’un coup précis à la nuque.

« Désolé Zcyn, pas le choix. »

Une sentinelle accourut en provenance du portail 17. L’ennemi était en vue. Les choses s’accéléraient. Un ultime message de Seita le druide parvint à son homologue des Villains.

« Ils sont sur vous dans onze secondes. On les a en point de mire. »


Un bref instant, le sorcier chercha quelles pouvaient bien être les motivations des Paragon. Ils avaient déjà combattu les Roxxors, ils n’apprendraient rien de plus de ce côté-là. Le voir combattre, lui ? Sa réputation de duelliste était bien connue, ses techniques éprouvées, mêmes si toujours aussi efficaces.

Mais il n’était plus temps de s’interroger. La température venait de monter d’une dizaine de degrés. L’un après l’autre, sans hâte, les dragons blancs des RoxxorsDuPoney s’alignaient en une parfaite concave. Certains Villains avaient espéré que l’ennemi se contenterait de forcer le passage en les bousculant un peu puis qu’ils fonceraient vers la Pierre. Il était clair maintenant que Kévin Oussetonne était venu les hacher menu, les anéantir, les rayer de la carte.

Face à ce déploiement de puissance, chacun réagissait à sa façon. Hésac le sorcier essayait de se faire oublier et restait à l’affût d’une cible potentielle. Les Villains de rang moyen se faisaient des politesses pour passer à l’attaque. Après toi, je t’en prie. Non non, je n’en ferai rien. Vas-y passe devant, je te couvre.
Les apprentis piaffaient d’impatience. Ils se regardèrent, hochèrent la tête et chargèrent droit devant eux, armes au clair, accompagnés de leurs volatiles et de leurs tortues. « Les imbéciles !» soupira Hésac. Les dragons blancs les virent venir, et d’un air gourmand prirent une profonde inspiration.

Fragil le paladin, à la tête de sa brigade de bellus cac sur licornes noires, s’était rapproché petit à petit, dans le dos des Roxxors. La charge des apprentis lui fournit l’occasion qu’il attendait.

« Allez ! »

Seita le druide, à la tête de sa brigade de bellus magos sur licornes blanches, abaissa la main qu’il tenait levée depuis quelques secondes. C’était le signal pour lancer les débuffs. Il réalisa que du fait de la présence de trois guildes sur le champ de bataille, on n’était pas tout à fait dans le cadre de la formation 17D modifiée, et se résolut à donner quelques instructions.

« Attendez que la moitié des dragons blancs se soient retournés vers nous avant de balancer vos soins. »

L’espace d’un instant il y eut comme un grain de sable dans la belle mécanique des RoxxorsDuPoney. Les lourds reptiles cracheurs de feu commencèrent à maneuvrer. Kévin Oussetonne trépignait de colère et hurlait des ordres. Les licornes noires tenaient le choc. Elles n’avaient pas peur des dragons, le feu était aussi leur élément. Les licornes blanches étaient entrées en action. Les Paragons faisaient des miracles. Ils savaient cependant que dès que l’ennemi se serait replacé, en une trentaine de secondes les licornes noires et leurs maîtres seraient à bout de forces, et les licornes blanches seraient à court de magie. Mais peu leur importait.

« Tu la vois ? » demanda Seita.
« - Non, rien » répondit Fragil le paladin, « elle doit être sous Cape ».

Hésac pour sa part avait lui aussi une idée très précise en tête. A aucun moment il n’avait perdu de vue le chef des Roxxors. C’était maintenant ou jamais. D’un bond, il fut sur lui. Tétanisé sous l’effet du piège électrique, Kévin Oussetonne articula péniblement quelques mots.

« Hésac…déloyal… »

« - Tout ce que tu veux, Kévin. Déloyal, tricheur, deux guildes contre une. Je te laisse réécrire la bataille à ta guise dans les Petites chroniques des sièges, batailles et escarmouches, et en échange tu fiches le camp tout de suite. Ou alors… »

Hésac intensifia encore le champ électrique. Oussetonne chercha des yeux les soldats d’élite de sa garde personnelle, mais ils avaient été neutralisés à distance par les sorts précis de Seita le druide.

« D’accord…. Arrête….ce truc. »

Hésac relâcha l’étreinte. Le Roxxor reprit son souffle puis donna l’ordre de la retraite.

« On dégage, tout le monde dehors ! Et je ne veux pas entendre un mot, un ricanement, un sourire, rien ! »

Seita et Fragil s’approchèrent. Les conseillers d’Hésac, DarkMatter, Moonkir et Sirwatson en firent de même. Ce dernier tendit la main vers les deux leaders des Paragon Nightmare.

« Enchanté de vous rencontrer. Je suis SirWatson le gladiateur, aide de camp, capitaine de guerre. Vous m’avez certainement vu à l'oeuvre, j’ai tenu tête à un belluaire et… »

Seita et Fragil ne remarquèrent même pas la main tendue, et s’adressèrent à Hésac.

« - Nous voulions voir votre assassine. »

« Hélas » expliqua le sorcier, « elle est tombée au combat, victime d’un coup en traître, par derrière.»

« - Nous sommes indignés ! Ces Roxxors ne reculent décidément devant aucune bassesse. Vous lui donnerez ceci. Bon, nous n’avons plus rien à faire ici. Alliance temporaire dissoute. »

Les Villains se retrouvèrent seuls. Commença le manège habituel de fin de siège. Balayer, réparer, soigner, ranimer. Zcyn reprit conscience, Hésac, DarkMatter et Moonkir se tenaient près d’elle.

« On a gagné. Largement grâce aux Paragon Nightmare. Tiens, ils ont laissé ça pour toi, leur paladin avait remarqué que tu n’en avais pas. Ramasser son butin soi-même, pas très efficient. »


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Re: Biographie RPiste

Messagepar Bigdard » Dim 27 Oct 2013 02:27

C'est toujours un vrai plaisir de te lire :smile:
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Re: [RP] Zcyn

Messagepar zcyn » Jeu 28 Nov 2013 19:12

Zcyn XLII

La trahison de SirWatson.


Le hall de Palmir II bruissait de conversations animées, se rapportant presque toutes au siège où, une fois de plus, la guilde la plus puissante et la plus crainte avait été repoussée. Cela faisait une semaine déjà, mais les Villains ne tarissaient pas d’anecdotes. Le lacet défait sur lequel on avait marché, tombant à terre et évitant par là-même une boule de feu. La flèche qui, manquant sa cible et se fichant au mur, avait descellé une grosse pierre dont la chute avait estourbi un Roxxor.

Le sorcier chef de guilde s’avança vers le centre de la salle, suivi de ses conseillers Moonkir – qui portait un coffret - et Darkmatter – qui transportait un gros sac.

« Villains ! Cette magnifique victoire que nous célébrons aujourd’hui n’aurait jamais été possible sans la vaillance, l’ingéniosité, le courage, le dévouement de…

Nos jeunes apprentis ! »

Applaudissements. Acclamations. Hourras.

« Venez à moi, jeunes apprentis. »

L’un après l’autre, ils s’approchèrent de Hésac, qui leur donna l’accolade et leur remit l’attestation de passage de Troisième rang. Moonkir y ajouta un million de roupies, et DarkMatter une arme éthérée Fourberie, enchantée au Sixième degré et adaptée à leur classe respective. Les jeunes apprentis remercièrent poliment pour l’attestation et les roupies, mais ouvrirent de grands yeux devant ces armes qui brillaient de mille feux. Hésac les vit s’élancer tous ensemble vers le portail de sortie.

« Houlà ! Darkmatter, va dehors avec eux, ça serait bête qu’ils se fassent massacrer par les anges ou les élites. »

Le sorcier n’avait pas envie de devoir les ranimer encore une fois. Ils avaient tous péri grillés après avoir chargé les Roxxors. Un seul dragon avait suffi. Après le siège, il avait fallu coordonner la manoeuvre pour les ranimer tous à la fois. Hésac ne voulait pas que l’un revienne à la vie au milieu des corps calcinés de ses camarades. Ensuite il avait fallu répondre à leurs questions.
Pourquoi j’ai mal à la tête ? Pourquoi je ne me souviens de rien ? Combien de dragons ai-je tués ?
On était resté évasif. Le mal de tête, c’est l’effet du soufre, l’haleine des cracheurs de feu. La perte de mémoire aussi. Combien de tués, on n’avait pas trop eu le temps de compter, les Roxxors avaient fui comme des lâches. Mais beaucoup, sûrement. Beaucoup.

Près du buffet, les cousines Tashia et MissPiggy parlaient chiffons. Zcyn se joignit à elles.

« Les filles ! Vous ne trouvez pas bizarre que SirWatson ne soit pas là ? Il est capitaine de guerre après tout, on a gagné un siège, il devrait être là. »

Elles n’eurent pas le temps d’épiloguer. Hésac leur faisait signe.

« Tashia, tu peux aller chercher les jeunes apprentis ? Il faut qu’ils signent le registre pour leur attestation. »

Tashia sortit. Le sorcier entraîna MissPiggy et Zcyn un peu à l’écart.

« Je voulais juste l’éloigner. J’ai besoin de vous deux. SirWatson a laissé une lettre. En résumé, on n’était plus assez bien pour lui. Il a quitté la Guilde. Il ne dit pas où il va, mais certains indices donnent à penser qu’il s’agit des RoxxorsDuPoney. Par exemple, je sais qu’il cherchait à acquérir un Dragon blanc. »

« - Les Roxxors ? « s’indigna Zcyn. « Mais c’est l’ennemi ! »

Hésac sourit.

« Dans un monde sans clercs ni parchemins de résurrection, oui, nous serions ennemis. Ici, il ne peut s’agir que d’une rivalité exacerbée. Qu’un réel danger se présente, que le Sorcière revienne, et Kévin Oussetonne combattra à mes côtés.

Enfin, je suppose. »

« - Pourquoi vous n’envoyez pas DarkMatter et Moonkir ? » s’enquit MissPiggy.

« Hors de question » répondit le chef de Guilde. « La porte est ouverte pour qu’il revienne, mais je ne veux pas laisser penser que nous sommes perdus sans lui. Ni moi, ni mes conseillers ne le supplierons. C’est vous qui jouerez les émissaires. MissPiggy, toi et SirWatson étiez assez proches à une certaine époque. Et toi Zcyn, tu connais bien l’Ile perdue, là où les Roxxors ont leur donjon. A vous de jouer. »

L’élémentaliste et l’assassine se retrouvèrent au dehors, échangèrent des saluts amicaux avec les jeunes apprentis qui rentraient, et prirent le chemin du portail vers l’Ile. MissPiggy invoqua son Dragon blanc.

« Fafnir, tu restes au-dessus de nous, trois-cents pieds environ. »

Puis elle se tourna vers Zcyn.

« Tu n’as pas ton familier ? »

« - Mon Cracken ne supporte pas la neige et la glace, mon loup risque de redevenir sauvage. Et ma panthère, je préfère éviter, ça a failli mal se passer la dernière fois. »

MissPiggy prit mentalement note. Il faudrait essayer de faire quelque-chose. Peut-être un genre de concours truqué, que Zcyn gagnerait comme par hasard. On ne pouvait pas la laisser comme ça, à faire honte à sa guilde avec des familiers de mendiante. C’était une Villaine, quand même.

"J’ai peut-être une idée" se dit l’élémentaliste. « Oui, ça irait bien avec son armure bleue. »

Une rafale de vent glacé la sortit de ses réflexions.

« Zcyn, par où on commence ? L’Antre, ce serait le plus logique. »

« - Je ne me vois pas entrer là » argumenta l’assassine « et leur dire Salut les Roxxors, comment ça va depuis le siège que vous avez perdu, on vient vous reprendre un gladiateur qui voulait rejoindre votre Guilde, vous ne voudriez pas nous conduire jusqu’à lui ? »
« On ira à l’Antre en dernier » continua-t-elle, bien consciente aussi que depuis l’incident des Ours elle n’était pas la bienvenue dans le donjon de Kévin Oussetonne.

« La question demeure » insista MissPiggy « Par où on commence ? Je veux bien que notre SirWatson soit quelque-part à passer des épreuves d’admission, ou simplement parce-qu’il ne veut pas se montrer sur le Continent après sa trahison, mais bon, ça a l’air plutôt vaste, cette île. »

« - Commençons par le plus facile » proposa Zcyn « à savoir le chemin qui mène vers le boss Wampika, au Nord-ouest. Les créatures ne sont pas trop dangereuses. Si on ne trouve aucun indice, on essaiera la zone des chats sorciers mardukans, puis celle des tyrans de la mort. Mais j’espère ne pas en arriver là. »

Scrutant le paysage, examinant les traces de pas dans la neige, faisant halte aux feux de camps pour se réchauffer, interrogeant les aventuriers rencontrés pour savoir s’ils n’avaient pas croisé un gladiateur, appelant à l’unisson – autant que les monstres le permettaient – le nom de SirWatson, les deux Villaines traversèrent la zone des loups, celle des nananis, pour arriver finalement là où dominaient les piranhas volants.

« Toujours rien. Je persiste à penser qu’on aurait dû essayer l’Antre » maugréa MissPiggy. « Ah ! Fafnir fait signe qu’il a vu quelqu’un. »

Le dragon blanc décrivit quelques cercles au-dessus de sa maîtresse puis vola en ligne droite jusqu’à se trouver à l’aplomb de l’homme qu’il avait repéré.

« - Sans doute le pêcheur Keshikon » répondit Zcyn en courant vers le point indiqué par le familier. « Allons-y, il est là à longueur de journée. Ce qui se passe par ici, il le voit forcément. »

Le pêcheur Keshikon était plutôt du genre taciturne. Il avait choisi ce coin parce-qu’il y avait du poisson bien sûr, mais aussi à cause du peu de passage. Faire la conversation, ce n’était pas sa tasse de thé. Qu’on le laisse pêcher en paix, c’est tout ce qu’il demandait. Ce fut pourtant très volontiers, et presque avec soulagement, qu’il répondit aux deux jeunes filles, une fois qu’il eut compris l’objet de leurs questions.

« Il est à vous, Alors prenez-le et ramenez-le. Vous le trouverez après la pointe, suivez la rive. Deux jours qu’il est là, prostré. Sauf que régulièrement, il pique une crise, il hurle, il insulte le monde entier. Pas bon pour le poisson, tout ça. »

En effet les Villaines n’eurent à marcher que quelques minutes pour apercevoir, à travers les brumes du rivage, SirWatson assis sur un rocher, immobile face à la mer. Il n’avait aucun attribut de guilde. Ni blason, ni écusson, ni armoiries.

« Allez SirWatson, c’est fini ce caprice, on rentre. » lança Zcyn.

« - tu t’y prends mal » l’interrompit MissPiggy, « Dans son état il ne t’entend même pas. Laisse-moi faire. »

L’élémentaliste s’approcha du gladiateur et sans le regarder ni lui adresser la parole s’assit sur le même rocher, et resta là à fixer la mer. Elle laissa s’écouler ainsi quelques minutes, puis ramassa une poignée de petits cailloux et en lança un droit devant elle, créant des ondulations concentriques. Quand les dernières rides s’estompèrent, elle lança un autre caillou. Et ainsi de suite jusqu’à tant que, faute de caillou pour en troubler la surface, l’eau redevint parfaitement lisse.

« SirWatson » demanda-t-elle alors en se tournant vers le gladiateur, « qu’est-ce qui ne va pas ? »

« - J’ai tout gâché » répondit-il abruptement, « J’ai tout fichu par terre. »

MissPiggy fit signe à Zcyn de s’approcher, afin qu’elle aussi puisse entendre la confession.

« Ils ont une petite arène privée » continua SirWatson. « Comme chacun sait, la condition d’admission chez eux c’est d’avoir un dragon blanc. Je leur ai expliqué que j’étais en train d’en acheter un, que j’avais presque la somme. Mais pour eux, presque c’est comme rien, alors ils m’ont amené à leur arène privée, pour que j’y affronte en duel leurs meilleurs guerriers. »

« - Tiens, ils n’utilisent plus leur Sorcière mécanique de l’Autel des Morts pour ce genre d’épreuve ? » s’étonna MissPiggy.

« Ils en ont parlé, mais dès qu’ils ont su que j’étais un Villain ils ont changé d’avis, je me demande pourquoi. »

Zcyn se détourna. Elle avait sa petite idée sur la question mais elle la garda pour elle. SirWatson poursuivit.

« Cela se présentait plutôt bien pour moi. J’avais gagné deux duels, le troisième commençait, mon adversaire faisait des moulinets avec son épée. Soudain j’ai senti une présence dans mon dos. J’ai pensé à un coup en traître, à du deux contre un, et par réflexe mon bras gauche, celui qui tient le bouclier, a décrit un large arc de cercle pour venir frapper derrière moi, à l’aveuglette. Il y a eu un cri, je me suis retourné : un petit gros était assis par terre à se frotter le nez. Il a dit ‘Fet imbéfile m’a gaffé le nez ! Fichez-le moi dehors, dépéfez-vous, bande de grétins.’ Les gardes n’ont pas compris tout de suite, le petit gros a répété, et là ils m’ont tous empoigné et jeté dehors. »

« - Par la Déesse ! » s’exclama MissPiggy « c’était Kévin Oussetonne, leur chef ! »

« J’ai tout gâché, j’ai tout fichu par terre » répéta SirWatson. « Un avenir glorieux s’ouvrait devant moi, le meilleur gladiateur dans la meilleure guilde, et en une seconde j’ai tout perdu. Qui va vouloir de moi maintenant ? Que vais-je devenir ? »

« - Capitaine de guerre chez les Villains, ça vous irait ? » proposa Zcyn.

« Comme avant ? » demanda le gladiateur, surpris par cette mansuétude inattendue.

« - Comme avant » confirma MissPiggy. « Ah ça, il faudra sans doute repartir au bas de l’échelle. Et pour sûr, certains Villains seront contre. Il faudra trouver un moyen de les faire taire, de convaincre tout le monde qu’au fond de vous-même, malgré les apparences, vous n’avez jamais cessé d’être un Villain. »

« - Il y a un boss de champ pas loin » intervint Zcyn, « tu penses la même chose que moi ? »

« - Bonne idée » répondit MissPiggy. « Attends, laisse-moi m’échauffer la voix. Ciel ! Au secours ! Ciel ! Ciel ! Ciel ! C’est bon, tu peux aller chercher le boss. »

« - Sauf que, ce n’est pas si simple » objecta l’assassine. « Sans témoin, ça ne sert à rien. Quelqu’un qui aille raconter ça partout, sur les marchés, dans les auberges, les tavernes. Partout. »

« - Bon sang, tu as raison Zcyn. Et ce n’est pas le pêcheur Keshikon qui fera l’affaire, il retourne en ville au mieux tous les six mois, pour acheter des hameçons. »

« - J’ai peut-être une idée » reprit l’assassine. « Mais ça va coûter bonbon. Tu es prête à acheter de la camelote à un prix prohibitif ? »

L’élémentaliste la rassura. « Si tu sors, prends tes lingots d’or. C’est un peu la devise de ma famille. »

Zcyn gravit une petite colline et, tournée vers le continent, s’écria

« FoolFellow ! FoolFellow ! FoolFellow ! »

Elle attendit. Attendit encore. Puis redescendit la colline, un peu piteuse.

« Non, désolée. Je ne sais pas comment j’ai pu penser que ça pourrait marcher. »

Mais une voix essoufflée se fit entendre. Au bout du chemin apparut la silhouette d’un belluaire. Il avait l’air d’avoir beaucoup couru.

« Fool… pfff pfff FoolFellow, pour vous… pfff pour vous servir ! »

Zcyn fit les présentations.

« MissPiggy, je te présente FoolFellow, belluaire de son état, colporteur, marchand, faisant commerce de tout ce qui touche aux familiers.
FoolFellow, je vous présente MissPiggy, de la famille des MoneyPenny, un nom qui vous dit sûrement quelque-chose. Voilà, mon amie a envie d’une coloration rose pâle. »

« - Quoi ? » s’étrangla FoolFellow « Vous me faites traverser la moitié du pays, vous m’amenez au fin fond d’une contrée sauvage, parce-que mademoiselle veut se teindre les cheveux ? »

« - Une coloration… pour moi et mon dragon » précisa MissPiggy.

« - Pour votre dragon ? Mais mes enfants vous avez fort bien fait. Une coloration pour un dragon, ce n’est pas une mince affaire mes enfants, mais pour moi rien de plus simple, rien de plus simple mes enfants, ne suis-je pas FoolFellow ? Pour vous servir ! Déjà il faudra beaucoup de flacons de teinture rose, oui mes enfants vraiment beaucoup. Mais il faudra du lak aussi pour faire tenir tout ça, hé oui mes enfants sans lak les teintures ça ne tient pas. Quelle chance mes enfants, quelle chance vous avez, je fais une promotion sur les teintures, vingt achetées les dix suivantes sont à moitié prix. Et la coloration pour Mademoiselle, allez je vous l’offre, FoolFellow est désintéressé, FoolFellow est généreux. Quatre-cent millions. »

Zcyn manqua s’étouffer en entendant la somme réclamée mais MissPiggy commença à aligner les lingots comme s’il s’était agi de piécettes, et fit atterrir son familier. FoolFellow s’en approcha, sortit teinture et lak de sa besace et commença à s’affairer.

« J’y vais » chuchota l’assassine aux deux autres Villains, « Tenez-vous prêts. »

Zcyn s’éloigna vers la zone du rivage où le Wampika patrouillait, et ne tarda pas à revenir à toutes jambes, poursuivie par le boss de champ.

« Cet horrible monstre va me dévorer ! Preux guerrier , volez à mon secours ! »

MissPiggy se joignit aux cris d’épouvante.

« - Ciel ! Ciel ! Ciel ! Gentil gladiateur je vous en conjure, sauvez-nous céans de ce péril fort menaçant ! »

SirWatson inspira profondément avant de déclamer sa tirade.
« - Apprends ici, féroce Wampika, que jamais gladiateur ne te laissera faire de mal à de frêles Villaines. Meurs en cet instant, Wampika ! »

Le combat en lui-même fut bref. Les deux Villaines, comme frappées d’un sort de pétrification, s’étaient laissées tomber au sol non loin de FoolFellow, afin qu’il voie bien le gladiateur s’interposer.

« SirWatson, sans votre courage ce méchant Wampika n’aurait fait qu’une bouchée de nous autres. Vous avez vu FoolFellow, comment cet héroîque gladiateur, au péril de sa vie a terrassé ce Wampika affamé à la merci duquel nous nous trouvions, faibles et fragiles jouvencelles que nous sommes. »

« - Sachez mes enfants » répondit FoolFellow, les mains couvertes de la poisseuse teinture rose qu’il appliquait sur les écailles du dragon blanc, « sachez que je me tenais prêt à intervenir. FoolFellow est brave, FoolFellow est courageux, FoolFellow n’abandonne pas un clien… euh, une demoiselle en danger. J’avais les mains prises, j’ai été devancé par ce preux chevalier. »

« - Gladiateur, FoolFellow » rectifia Zcyn. « Le gladiateur SirWatson. SirWatson, vous êtes bien gladiateur, n’est-ce pas SirWatson? »

« - Puisque tout est bien qui finit bien » conclut FoolFellow, « et que j’en ai terminé avec la coloration du dragon, que sa maîtresse veuille bien, mes enfants, s’approcher et daigner me laisser lui appliquer le dernier flacon. Vos amies seront admiratives, vos rivales seront jalouses, FoolFellow vous le garantit. FoolFellow, satisfait ou rembour… euh, FoolFellow, toujours satisfait ! »


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Re: [RP] Zcyn

Messagepar zcyn » Jeu 23 Jan 2014 19:50

Zcyn XLIII

Donne lui tout de même à boire



C’était le soir. Le bol de soupe posé depuis un certain temps déjà devant Zcyn menaçait de refroidir.

«- Trop fade ? » s’enquit Fargdun.

« Non, non » répondit l’assassine confuse. « En fait, je repensais à notre chef de guilde, Hésac. Comment il avait facilement pardonné sa trahison à SirWatson après qu’il ait quitté les Villains. Comment il était sûr que Kévin Oussetonne, qui pourtant avait mené deux sièges contre nous, combattrait à ses côtés en cas de péril imminent. Je respecte notre chef mais je ne le comprends pas. Alliés, ennemis, cela ne signifie donc rien pour lui ? »

« - Si fait » répliqua Fargdun. « Mais ce qui nous différencie par exemple des fourmis, dont toute la vie est écrite à l’avance, éclore, construire, batailler contre les autres fourmilières , mourir, c’est que nous ne sommes pas autant conditionnés, que nous prenons nos propres décisions. Que nous nous indignons devant l’injustice, même commise par quelqu’un de notre camp. Que nous portons secours à une créature dans la détresse, même d’une autre ville, même d’une autre espèce. »

« Tu recueillerais une pauvre petite wyvern de la Forêt obscure dont les parents ont été tués par des bûcherons ? » railla Zcyn.

« - Oh, j’ai déjà bien du souci avec une autre créature que j’ai recueillie dans la Forêt obscure, et qui a du mal à finir son bol de soupe. Mange donc, et écoute ma petite histoire. »

Fargdun s’assit et resta un moment silencieuse, rassemblant ses souvenirs.

« - C’était le soir aussi. Mais la journée n’avait pas été paisible comme celle-ci. Bien au contraire. Une terrible bataille avait eu lieu non loin d’ici. »

« Les troupes de la Sorcière ? » l’interrompit la jeune fille.

« - C’était encore avant. La Sorcière n’a pas créé son armée à partir de rien, elle s’est appuyée sur des conflits qui existaient déjà. Et ce jour-là, Horizon avait décidé d’attaquer Katan. Pour sûr, ils n’allaient pas s’en prendre à Laksy ! Ils sont tranquilles, dans leurs nuages. Les Gaians avaient bien préparé leur coup. Une première attaque était survenue par Siraq, mais ce n’était qu’une diversion. Le gros de leurs troupes était massé au Portail oublié. Ils faillirent bien nous submerger. Ils eurent autant de pertes que nous, mais finalement c’est eux qui battirent en retraite. A croire que nous sommes plus portés à verser le sang, fût-ce le nôtre. Certains racontent que les squelettes de Katan Est sont les Asurans tombés au champ de bataille, qui se sont réveillés d’entre les morts et veulent encore se battre.

Par cette fenêtre qui donne sur la route, nous vîmes passer le gros notre armée qui se regroupait à Katan, Puis un cortège de blessés, qui avançaient plus lentement. Puis la nuit commença à tomber.

Soudain la porte s’ouvrit en grand. Un immense guerrier se tenait dans l’embrasure.

Sa tête touchait le chambranle, ses larges épaules faisaient passer notre porte pour celle d’une maison de poupées. D’une main il serrait une large hallebarde, l’arme favorite des Gaians. De l’autre main il se tenait le front. Ses cheveux étaient souillés de sang.

J’étais trop saisie pour avoir peur. Et puis, il ne bougeait pas, comme encastré dans la porte, maintenu debout par son armure, appuyé sur sa hallebarde comme sur une béquille.

« De... de l’aide. Je… n’y vois plus. »

Mon père eut un sursaut en entendant cette vois profonde mais affaiblie. Il envoya ma mère chercher de la paille puis me demande de remplir la carafe.

« - Mais c’est un ennemi ! » rétorquai-je. Je ne savais pas encore lire mais reconnaître les blasons, ça oui.

« Donne-lui tout de même à boire » dit mon père.

Il prit par le bras le géant, qui s’écroula sur le lit de paille improvisé. Ma mère s’approcha. Elle connaissait, comme moi bien plus tard, les racines et les plantes qui guérissent, mais sans rien dire elle se tourna vers mon père et hocha la tête négativement. Outre la plaie au front, deux flèches étaient profondément fichées dans l’armure, que nous eûmes toutes les peines du monde à desserrer pour qu’il puisse respirer. Et pour répondre à la question que tu allais poser, Zcyn : oui, les potions rouges existaient déjà mais en très petites quantités. Ce n’est que plus tard, avec la guerre contre la Sorcière, qu’on apprit à les fabriquer en masse et à des prix modiques.

Ma mère s’affaira à confectionner cataplasmes, compresses et décoctions. A défaut de soigner, cela atténuerait au moins la douleur. Le guerrier hurla quand elle défit la dernière plaque métallique. Mon père m’attira à lui pour que je ne voie pas les plaies béantes.

« Tu vois, Fargdun » m’expliqua mon père à voix basse « Cet homme a fait du mieux qu’il a pu dans la voie qu’il a choisie, s’est procuré les meilleures armes qu’il pouvait, s’est entraîné sans relâche. Qu’importe le camp d’où il vient ! »

Je revins auprès du guerrier. Le sang ne coulait plus, de larges bandages recouvraient les plaies. Il respirait plus calmement. L’effet sédatif de la décoction. La fièvre et l’infection faisaient leur chemin cependant. La sueur perlait sur la peau. Le visage – tant de sang perdu – était devenu plus pâle, presque grisâtre. On aurait pu le prendre pour un Asuran.

Nous restâmes ainsi à son chevet. Ma mère s’approcha pour changer un pansement. Je voulus l’aider et pris la main inerte du géant. Mais, tout en ouvrant grand les yeux, qui restèrent à fixer le plafond, il referma les doigts.

« Petite Lina… le vent fait onduler tes cheveux comme il fait se courber les blés dans les champs. Vois-tu ces enfants qui font la ronde au bord de la mare, Lina, cours danser avec eux, prends bien garde à ne pas glisser… »

Désorientée, je me retournai vers ma mère.

« Il croit que tu es sa fille. C’est la fièvre, il délire. Tu peux retirer ta main si tu as peur. »

« - Je ne veux pas retirer ma main ! »

Je suppose que j’ai fini par m’endormir, puisque je me suis réveillée en sursaut dans l’obscurité de ma chambre. Ta chambre aujourd’hui, Zcyn. Je me suis précipitée en bas. Il n’y avait plus rien. Le sol était encore humide d’avoir été fraîchement lavé.

« - Où est le guerrier ? » m’écriai-je

« Mais voyons Fargdun, il est… » commença mon père avant que ma mère ne l’interrompe.

« Il est parti, Fargdun. »

« - Parti ? Sans me dire au revoir ? » J’éclatai en sanglots.

« Il n’a pas eu le temps, Fargdun » continua ma mère. « Un long chemin l’attendait. C’est très occupé, un guerrier, tu sais. »

« - Il est parti à la boutique d’armes ? »

« Oui Fargdun, une boutique très loin d’ici, tenue par un très vieux marchand, et où l’on trouve des armes merveilleuses. »

Mes parents me ramenèrent dans ma chambre et mon père me raconta l’histoire du marchand qui vit dans les nuages, pendant que ma mère me caressait le front.

« Dans les nuages ? C’est un marchand de Laksy, alors ! » intervint Zcyn.

« - Toujours à tout ramener au côté pragmatique, hein Zcyn ? Je suis un peu déçue. Quoiqu’il en soit, ce n’est pas une histoire inventée. Avant de… partir, le géant a tenu à nous laisser quelque-chose. Son collier à lak. L’armoire du milieu, au fond du tiroir, si ça t’intéresse.

Intriguée, l’assassine explora de la main ce tiroir qui ne s’ouvrait pas entièrement et contenait essentiellement de petits objets à usage ménager.

Bobine de fil… rond de serviette… Aïe ! Maudite pelote d’épingles! Collier à lak, enfin.

La jeune fille dévissa le réceptacle métallique. Il ne contenait qu’une pierre de bas niveau. Déchargée, qui plus est. La lanière de cuir n’avait rien de remarquable non plus. Un peu racornie par le temps. D’un geste vif et délicat, l’assassine rejeta ses cheveux sur le côté et enleva son propre collier pour le comparer.

« Et alors ? Il est comme mon collier. Comme tous les colliers, en fait. Pourquoi l’avoir gardé tout ce temps ? Cela vaut à peine quelques roupies. »

Fargdun soupira.

« - Parce-que la valeur d’un objet ne se réduit pas à ce qu’il coûte. Parce-que ce collier est un cadeau d’un guerrier Gaian à une famille Asurane, au soir d’une bataille perdue contre ces mêmes Asurans. Le dernier cadeau qu’il a fait, en échange de la dernière marque d’estime qui lui a été témoignée. »

L’esprit de l’assassine vagabondait. Hésac, le chef de sa guilde. Kévin Oussetonne, le chef des RoxxorsDuPoney. SirWatson le traître pardonné. MissPiggy et tout son argent. Oscar mort dans la gloire et le dénuement. Le collier à lak.

« Je peux l’avoir ? »

« - Tu vois, tu commences à comprendre » sourit Fargdun.

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Re: [RP] Zcyn

Messagepar zcyn » Ven 14 Fév 2014 19:28

Zcyn XLIV

And the winner is…



Dans les tréfonds de l’Antre, le maître de forge des RoxxorsDuPoney pouvait enfin contempler son oeuvre. Il y avait passé la nuit, assisté de ses deux valets, l’un actionnant en continu l’immense soufflet, l’autre alimentant sans répit la fournaise, vidant sac de charbon après sac de charbon. Cet alliage métallique d’or et d’argent était fort capricieux, trois moules d’argile avaient cédé sous le choc de température quand on y avait versé le vermeil liquide, mais le quatrième et dernier avait tenu. Une bonne idée d’un valet, qui bravant la nuit, le froid, et les ours avait ramené du dehors un plein seau de glace et de neige. Le métal en fusion s’était solidifié presque immédiatement.

Pas le temps de se congratuler cependant. Un commis venait d' annoncer que Kévin Oussetonne, le maître des lieux, avait quitté la salle du Trône et était en train de descendre. Vite vite, le forgeron lissa sa sculpture d’un coup de chiffon en peau de dragonnet. Puis à trois et s’aidant de cordes et de poulies, ils hissèrent le bloc de métal sur une lourde table de bois et le recouvrirent d’un drap. Il était temps. Précédé de deux gardes du corps, le chef de guilde des RoxxorsDuPoney venait de faire son entrée.

« Chef ! Vous nous faîtes l’honneur de… »


« Fa va, fa va. Tu as bien fuivi mes inftrugfions ? »


C’était un projet que Kévin « KO » Oussetonne caressait depuis bien longtemps. Plus personne ne contestait la suprématie de sa guilde. Les plus puissants, les plus riches, les plus avancés, c’étaient eux. Les armes les plus performantes, les sorts les plus élaborés, c’est eux qui en disposaient. Pour autant, être craint et respecté ne suffisait plus à satisfaire l’ambition du chef de guilde. Il voulait aussi être reconnu en tant que généreux bienfaiteur, et protecteur de jeunes talents. Il voulait que la populace chante ses louanges, applaudisse en le voyant passer.

Quelques semaines auparavant, il avait donc convoqué son maître de forge pour lui donner ses ordres. Quelque-chose de beau, qui brille comme Raa-Aurumis. Quelque-chose de cher, qui porte témoignage de l’incommensurable richesse des Roxxors. Quelque-chose que les plus valeureux se battent pour avoir. Quelque-chose qui fasse le lien avec les grandes figures des temps anciens.

« Pour le matériau on a choisi le vermeil, alliage d’or et d’argent, ça brille beaucoup et ça ne se ternit pas. » commença le forgeron « Pour le thème, on a pensé à Hector bien sûr mais il a disparu à un âge avancé, perclus de rhumatismes. Difficile d’en faire une effigie valorisante. La Sorcière évidemment est morte plus jeune, mais avec la sculpture au métal fondu on est forcé de faire dans l’épuré, on n’aurait pas reconnu, c’est difficile de rendre des détails tels que les ongles crochus ou le chapeau pointu »

« Turlututu ! » cria un des deux valets de forge avant de filer se cacher sous la table.

Le maître de forge ne chercha même pas à réprimander son jeune apprenti. Déjà, ils étaient trop vifs et rapides pour lui. Surtout, jusqu’à présent ils s’étaient tenus correctement et avaient bien suivi sa consigne : ne pas fixer Kévin, ne pas rire quand il parlait avec ce défaut d’élocution qui ne voulait pas passer.

« Bon allez, ne joue pas aux devinettes, enlève le drap. » ordonna le chef de guilde.

Avec un rien de solennité, le forgeron s’exécuta.

« Chef, vous avez devant vous quatre-cent livres de vermeil. De quoi acheter deux donjons ! »

Kévin considéra la statue quelques instants. Grandeur nature, brillant de mille feux. On voyait tout de suite que ça coûtait très, très cher. Alors bien sûr, lui aurait fait certaines choses différemment. Par exemple il aurait ajouté une armure. Mais qui sait, se dit-il en esquissant un sourire, peut-être que sculpté ainsi torse nu il donnerait davantage aux représentantes de la gent féminine l’envie de remporter le trophée.

« Pas mal » reconnut-il. « Et vous l’avez appelé gomment ? »

« Le trophée RoxxorsDuPoney de la vaillance, du courage et de la compétence, tels que dictés par l’exemple et la mémoire d’Oscar le Paladin. » répondit le maître de forge. C’est un peu long, mais c’est fait exprès. Les gens vont trouver un nom plus court à ce trophée, et ainsi se l’approprier davantage.

« Fi vous le dites. » lâcha Kévin Oussetonne, dubitatif. « Et pour le lauréat ? »

« On va de taverne en taverne depuis deux semaines » répondit un apprenti.

« Pour la bonne cause, évidemment. » se hâta d’ajouter le forgeron. « On évoque à demi-mot la valeur inestimable du trophée, on lance des rumeurs, on laisse à penser que le gagnant sera anooncé incessamment sous peu. Je vous garantis que les gens ne parlent que de ça. Leur impatience fait plaisir à voir, ils veulent tous… »

« Il ne faudrait pas non plus gue fa nous ruine » l’interrompit le chef des Roxxors. « Notre richeffe est immenfe mais pas illimitée, et… »

« Oh mais le vrai trophée restera ici, dans la salle d’honneur. » le rassura le forgeron, « Le gagnant recevra une réduction au dixième. Pour sûr, même en modèle réduit, ça se négociera un bon paquet.
Donc comme je vous le disais, on a laissé fuiter des noms. On s’est raccroché à une histoire que FoolFellow raconte partout, vous savez, le marchand. Un fieffé arnaqueur, si vous voulez mon avis. Bref. C’est un cas d’école, un lauréat parfait, indiscutable. Un gladiateur qui a secouru deux jeunes filles attaquées par un boss de champ. Pas loin d’ici, en plus. «

« Un gladiateur ? ». Oussetonne fronça un sourcil.

« Parton, ou Dalton, c’est quoi son nom déjà ? » s’interrogea le maître de forge. « Attendez, je l’ai écrit quelque-part… SirWatson ! Voilà le nom. Notre lauréat pour la première édition du trophée, c’est SirWatson le gladiateur. »

Le visage de Kévin Oussetonne pâlit d’un coup. Puis tout aussi vite passa à l’écarlate tandis qu’il poussait un cri de rage et levait les bras au ciel. Il s’empara d’un marteau et voulut se précipiter sur le trophée, mais le forgeron s’interposa.

« Tenez, chef ! » lança un garde du corps en posant au sol une petite tasse de porcelaine blanche.

Le marteau s’abattit aussitôt dessus et la fracassa.

« Une autre ! » ordonna le chef de guilde, toujours fort en colère.

Le second garde du corps sortit à son tour promptement de sa besace deux tasses de porcelaine, qu’il posa au sol et qui connurent le même sort funeste.

Réfugiés sous la table, les deux apprentis admiraient le savoir-faire des gardes du corps. Il connaissaient bien leur maître. Quelques tasses plus tard, Oussetonne laissa son marteau. Il était loin d’être calmé, cependant.

« Pourquoi n’ai-je autour de moi gue des abrutis ? Toute la populafion du monde, c’est guand même guelgue-fose, et vous avez pris préfisément felui qui m’a gaffé le nez avec fon bouclier ? Felui à cause de gui je parle gomme fa ? Vous avez facrément intérêt à me fanger fa, ou bien je vous jette en pâture aux ferbères du donjon ! »

« C’est que… » objecta timidement un apprenti « on a laissé fuiter les noms. C’est forcément un des trois, et vu comment ça s’est passé, si on ne met pas le glad, ça n’a aucun sens. »

Le chef de guilde fit approcher ses gardes du corps, puis pointa le doigt vers le jeune garçon, toujours abrité sous la table.

« C’est bon, c’est bon » intervint le forgeron, « on va changer l’histoire, on fait comme vous voulez, ça va aller, on va mettre un autre lauréat. »

Kévin Oussetonne tourna les talons et quitta l’atelier en claquant la porte. Les deux apprentis attendirent que le bruit des pas s’estompe puis sortirent de dessous leur table. Le forgeron se grattait la tête. Comment tourner la chose ?



« Pour avoir reculé avec une lenteur héroïque face à un Wampika, l’attirant ainsi habilement vers l’embuscade ;
pour avoir fait rempart de son corps, nonobstant la faible défense intrinsèque de sa propre classe. en se laissant tomber par-dessus son amie élémentaliste
Zcyn se voit décerner
le trophée RoxxorsDuPoney de la vaillance, du courage et de la compétence, tels que dictés par l’exemple et la mémoire d’Oscar le Paladin. »



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Re: [RP] Zcyn

Messagepar zcyn » Ven 14 Mar 2014 17:55

Zcyn XLV

Complots



La journée s’achevait. Flanqué de deux aides de camp, Kévin Oussetonne attendait, en ce point appelé “Entrée Ouest” du désert de Cériu. Enfin, le soleil commença à se coucher. C’était l’heure convenue. Le chef de Guilde donna instruction à ses gardes de rester sur place et de ne laisser passer personne. Puis il s’engagea dans l’étroit défilé qui menait vers le Nord-Ouest de Katan.

Parvenu à mi-chemin, il s’arrêta et attendit encore.

Simultanément, à l’autre entrée du défilé, un autre personnage, venu par les sentiers escarpés des ruines de Siraq, laissait lui aussi ses consignes à ses serviteurs. Il s’agissait de l’élémentaliste Karcinaum, l’intendant et numéro deux du Conseil des Guildes, l’instance suprême dont tous reconnaissaient la prééminence et l’autorité.

« J’y vais. Vous, vous ne bougez pas de là. Vous abattez tout ce qui se présente, homme, monstre, insecte, tout. »

Il invoqua son dragon. »Anthrax, tu restes au sol, avec eux. »

Puis il se mit en marche. Il ne tarda pas à repérer la silhouette massive du Roxxor. Plissant les yeux, il attendit cependant que ses yeux soient assez habitués à l’obscurité du défilé pour pouvoir distinguer le visage de Kévin. On n’était jamais assez prudent.

« Kévin ! Personne ne t’a suivi ? »
« - Aucun foufi, Karfinaum, j’ai fait bien attenfion, comme tu me l’as demandé. »

L’élémentaliste fronça les sourcils.

« Et d’une, Oussetonne, tu ne me tutoies pas. A pouvoir me tutoyer, il n’y a que le Premier conseiller Buvenir, et Fargd… euh, il n’y a que le premier Conseiller. Et de deux, je n’ai pas de temps à perdre à déchiffrer ton charabia. Bois cette potion. »

La fiole qu’il tendit était comme un mélange de potion rouge et potion jaune, avec des strates horizontales qui ne se mélangeaient pas. Le Roxxor la but d’un trait.

« - C’est assez acide comme goût… Hé, mais ça marche, votre remède ! Ma prononciation est parfaite ! »

« Potion universelle. Mais l’effet est temporaire. Bon, faisons le point. L’éthéré s’est avéré, comme prévu, excellent pour les affaires. Il y a eu des réticences au début, mais maintenant tout le monde l’a adopté, tout le monde en veut, tout le monde se refait un équipement complet, voire deux. Et surtout, tout le monde croit que c’est le soi-disant « institut de recherches magiques et techniques » de ta Guilde qui a fait cette découverte.

« - On a quand même fait la mise au point » objecta Oussetonne, « c’était sacrément instable au début, ça cassait tout le temps »

« Tu me fatigues, Oussetonne. Ton institut c’est une façade, une coquille creuse. C’est moi qui tire les ficelles. Chaque avancée dans les voies de la magie ou de la technique, c’est moi qui te l’ai donnée. Notamment, pour l’éthéré, à partir du Grimoire Noir retrouvé dans les cendres du repaire de la Sorcière. Et dont tu as trouvé le moyen de te faire dérober une page, Oussetonne ! On ne peut donc rien te confier ? »

« - C’est que… » hoqueta le chef de Guilde, « J‘ai été trahi. Je pensais que Crime-Sud… »

« Crime-Sud ! Parlons-en » s’emporta l’Intendant. « Mes bénéfices ont fondu comme neige à cause de lui. Tous mes petits pourcentages sur toutes les ventes et les mises aux enchères…pfuit, plus rien ! Mur d’acier, Intuition, Foi, tout ce bel équipement reste dans les boutiques à prendre la poussière ! Les gens ne jurent plus que par la Concentration, dont Crime-Sud a laissé gratuitement la recette à tous les fabricants d’armes. Et les familiers ! Mes marchands ne vendent plus aucun Tyran. Du Cracken, voilà ce qu’ils veulent tous. Et ça, tout le monde en a chez lui, ça fait des années que les gens empilent les cartes dans leurs caves sans savoir quoi en faire. Zéro bénéfice pour moi. Zéro !»

Le chef de Guilde confirma l’étendue des dégâts.
« C’est vrai, j’ai moins de candidats dans ma Guilde. Pire, certains de mes mages veulent tout laisser tomber et commencer une carrière d’assassin. Encore navré pour la page volée…»

L’intendant sortit de la poche intérieure de sa tunique un rouleau de parchemin noirci, qu’il exhiba devant le nez de son interlocuteur.

« La voilà, cette page ! Je l’ai récupérée, évidemment. J’ai des hommes de main partout, tu entends, partout ! »

« - Le voleur volé. Je ne peux qu’applaudir. Mais Crime-Sud, pourquoi alors ne pas l’avoir aussi… »

« Pour en faire un martyr ? Je pensais que tu connaissais mieux mes méthodes. On va l’avoir à petit feu, le faire retomber dans l’oubli. Il essaiera de s’agiter un peu, quelques soubresauts comme un poisson hors de l’eau, puis il se retirera du circuit sans que ça émeuve personne. Le quart d’heure de gloire des assassins, c’est terminé.
Déjà, les Crackens. C’était le plus facile, ils viennent tous du Lac d’Arrogance. J’y ai vidé en venant une petite fiole de ma composition, une algue microscopique qui va se multiplier. Oh, ça ne va pas tuer les crackens, juste réduire leur pouvoir vampirique. Pas le supprimer, ça attirerait l’attention, il y aurait une enquête. Juste le réduire. Ensuite les dagues et les épées. Les fabricants n’ont rien à me refuser. Un peu plus de plomb dans la poignée, un peu moins d’acier dans la lame. Juste un peu. Mais au final, des armes plus lourdes à manier et qui font moins de dommages. Qui ira se plaindre ? Cela ne concerne que les assassins. »

« C’est machiavélique. Discret, imparable. » commenta le chef des RoxxorsDuPoney.

« C’est comme ça que j’ai eu Oscar. A l’usure. Il avait tout pour succéder un jour à Buvenir comme Premier conseiller du Conseil des guildes. L’expérience, la droiture d’esprit, le courage. Blah ! Moi ça me dégoûte, mais ça plaît à beaucoup, va savoir pourquoi. J’y ai mis le temps. Susciter des jalousies, des rivalités, des schismes dans sa guilde. Créer la suspicion à son sujet auprès de la noblesse. Laisser entendre que sa popularité constituerait une menace pour leur pouvoir. Petit à petit il a vu les invitations aux grandes réceptions se raréfier, les portes se fermer, les amis se détourner, les conversations s’arrêter à son approche. Le coup de grâce a été de le réduire à accepter ce travail humiliant de tueur de sorcière mécanique. Affronter une marionnette, sous le regard condescendant des fils de famille assis en rond autour de l’Autel des morts. Pour lui, quelle déchéance, et pour moi, quelle délectation ! »

«- Alors c’est ainsi que ça s’est passé. Pas étonnant qu’il ait sombré dans l’alcool » commenta Kévin Oussetonne. « Et moi qui ai créé un trophée à son effigie, ça ne te, je veux dire ça ne vous dérange pas, Intendant ? »

« Au contraire, voyons » le rassura Karcinaum. « Partout où je vais, je dis haut et fort que je l’ai bien connu, que c’était mon ami. Très bien, cette idée de trophée, très bien. Ta renommée, ta popularité, c’est important. Autant je reste dans l’ombre, autant tu dois être dans la lumière. Au fait, tu as bien pensé à faire ré-écrire ton siège perdu ? »

Le chef des Roxxors l’ayant rassuré sur ce point, l’Intendant du Conseil se mit à exposer ses projets.

« Il faut leur donner du grain à moudre, qu’ils aient autre chose à penser que le sort des Assassins. La Sorcière avait décidément des idées à foison ! Sais-tu qu’elle voulait mettre à contribution les Boss de donjon ? »

« - Comment cela ? » interrogea Kévin Oussetonne qui trouvait l’idée dangereuse.

« Comme pour les armes qu’on abandonne aux monstres de donjon, qu’il améliorent pour leur propre usage, et que nous leur reprenons ensuite. Mais avec des Boss, et avec des cartes de compétence. »

« - Des cartes… de Boss ? »

« Mais oui ! Tu imagines tout le commerce que ça va générer ? J’en salive déjà. »

Le Roxxor n’était pas convaincu.
«- Je ne sais pas… Nous chez nous et les Boss chez eux, ça me paraissait bien. »

« De toute façon c’est je décide, tu exécutes. » trancha Karcinaum. « Et d’ailleurs, à propos d’exécuter… »

Il se retourna vers son dragon, resté au loin avec les serviteurs.

« Anthrax ! Fais ton office. »

L’énorme bête cracha le feu, ne laissant que deux tas de cendre, puis li rejoignit son maître.


Kévin Oussetonne ouvrit de grands yeux.
« - Karcinaum ! Votre dragon blanc, il est… noir ? »

« Le grimoire de la Sorcière, Kévin. Je garde toujours un chapitre d’avance… » Sur ces mots, l’intendant disparut dans l’obscurité.

Le Roxxor rejoignit l’Entrée Ouest, où l’attendaient ses gardes du corps.

« - Les gars, parfois vous vous dites que je suis dur avec le petit personnel, mais vous savez, finalement je ne suis pas un si mauvais maître. Après tout, vous êtes encore vivants, vous. »

« Chef… chef, mais… » balbutia l’un des soldats.

« - Quoi, tu veux que je change d’avis ? »

« Chef, mais vous parlez normalement. On vous comprend maintenant. »

« - Oui, c’est grâce à Karcinaum, mais c’est temporaire, il m’a fait boire une pofion très effigafe. Ah vut, f’est déjà revenu gomme avant. »



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Re: [RP] Zcyn

Messagepar zcyn » Jeu 3 Avr 2014 11:49

Zcyn XLVI

Zcynmania



Fait rarissime, il faisait presque beau à Katan en cet après-midi. Fargdun en avait profité pour se lancer dans un grand nettoyage de son modeste intérieur. Derrière la cabane, une corde avait été tendue, du linge y séchait. Zcyn avait passé la matinée à aller puiser des seaux d’eau dans le lac Messi. A présent elle jouait au-dehors avec Luerphédon, essayant d’apprendre des tours à sa panthère.

« Donne la patte ! L’autre, maintenant. Fais la belle ! Comme ça, regarde ».

Et l’assassine prenait la pose, bien droite, genoux fléchis, coudes repliés, mains en avant avec la paume vers le bas. La panthère la considérait avec, pour autant qu’un animal puisse être expressif, une sorte d’effarement amusé.

Malgré la légère brise, rien n’était encore sec. C’est que Fargdun ne faisait pas les choses à moitié, quand elle nettoyait! Tout y était passé, la vaisselle, le plancher, les carreaux, les tissus.

« Ne reste pas dans mes pattes » lança la vieille femme, « tu vas tout me salir. N’as-tu donc pas quelque-chose à faire, en ville, ou dans ta guilde ? »

« La loterie ! » se souvint brusquement l’assassine. « Je file. »

Au second donjon de Palmir, les Villains se pressaient. Moonkir le belluaire avait installé une sorte d’estrade. A sa droite, sur une petite table, un papier plié en quatre. Derrière lui, flottant dans les airs, nimbé d’une aura bleue, un imposant familier.

« On y va, mesdames et messieurs, on y va ! Tentez votre chance, devinez le numéro et gagnez le djinn ! Tout le monde peut gagner, on y va, mesdames et messieurs, on y va ! »

Les gens défilaient un à un devant Moonkir. C’étaient pour beaucoup des jeunes apprentis. Oh, les chances de gagner n’étaient pas grandes, mais dans la vie de dangers et d’aventures qui, espéraient-ils, s’ouvrait devant eux, un familier d’une telle puissance constituerait un atout considérable.

« On y va, on y va ! Dites un nombre entre un et mille, rôdeur ! »

« - Euh, trois-cents vingt-sept ? »

« Et non, rôdeur, et non ! Ce n’est pas trois-cents vingt-sept que j’ai écrit sur mon papier. Au suivant, on y va on y va, dites un nombre, jeune vagabond. Pardon, je veux dire jeune mercenaire… »

Ceux qui avaient échoué se regroupaient près de l’entrée, discutaient entre eux, se faisaient expliquer le donjon par les Villains plus aguerris. Ils voulaient voir qui gagnerait. Quant à la file de ceux qui n’étaient pas encore passés, elle s’allongeait.

« On y va, on y va ! Dites un nombre entre un et mille ! »

Personne ne trouvait. Dans une petite pièce attenante, dissimulée derrière une tenture, MissPiggy l’élémentaliste s’inquiétait pourtant.

« Mais pourquoi n’arrive-t-elle pas ? Et si quelqu’un venait à trouver le nombre ? Zcyn continuerait à faire honte à la Guilde, à se promener avec des familiers d’indigente. Saperlipopette, je ne peux quand-même pas envoyer mes domestiques la chercher… »

Suite à un soudain mouvement de foule, le défilé s’interrompit, les gens se massant au milieu du hall. Une nouvelle se propageait.

« - Celle qui a gagné l’Oscar vient de se mettre en route pour venir ici ! »

D’un seul coup c’était comme si la loterie n’intéressait plus personne. Derrière sa tenture, MissPiggy poussa un soupir de soulagement. Moonkir sur son estrade, en revanche, en fut fort étonné. Même l’impavide djinn sembla surpris.

« Et alors, mesdames et messieurs, on y va, on y va ! Par ici, mesdames et messieurs. Dites un nombre entre un et mille ! «

Mais dans la foule on ne parlait plus que de Zcyn, chacun renchérissant sur les autres, rapportant des conversations de taverne, d’improbables rumeurs, et tâchant de les rendre encore plus impressionnantes.

« Chaque matin, elle parcourt l’Ile perdue et elle tue tous les Boss. »
« Les ours blancs géants lui obéissent au doigt et à l’œil. Elle a un lien mystérieux avec les animaux.»
« Elle a fait mieux que tous les candidats au Cinquième rang depuis que l’examen existe. »
« Les bardes n’ont pas assez de mots pour chanter sa beauté »
« Oscar lui avait demandé sa main, elle a haussé les épaules, de dépit il a sombré dans l’alcool. »
« Pour finir il s’est jeté dans la gueule du Boss du Nid de dragons »
« Et dans son testament il a demandé que Zcyn reçoive une sculpture à son image »
« Oui, pour qu’elle garde éternellement un souvenir de lui. »

Moonkir le belluaire s’était assis, partagé entre incompréhension et irritation.

« Et quoi encore, elle marche sur l’eau ? Elle guérit la lèpre et les écrouelles ? Enfin quoi, c’est une fille normale. Qui a gagné un Oscar. Mais normale. Quelconque, même. »

Le téléporteur de l’entrée scintilla un instant. L’assassine apparut, suivie par Luerphédon.

La foule s’ouvrit en deux, dégageant un couloir vers l’estrade où attendait Moonkir.

« Les RoxxorsDuPoney ont essayé de nous soudoyer pour qu’elle ne participe plus aux sièges. »
« Oui, je l’ai entendu parler d’une somme de sept milliards de roupies. »
« Heureusement, elle n’a pas amené son Craken. Il est presque aussi grand qu’Amarylis »
« Regarde ses épées, elle est la seule au monde à en avoir des comme ça. »
« Son armure par contre, c’est bizarre, j’ai la même. »
« Elle veut laisser une chance aux monstres, sinon elle s’ennuierait. Pareil en duel, elle n’en fait jamais, trop forte pour ça. »
« On dit qu’un jour Hésac le sorcier, notre chef de Guilde, a réussi à la battre. Mais en l’attaquant en traître, par derrière, et avant que le début du combat ne soit déclaré «
« Alors ça ne compte pas ! Regardez, elle est arrivée à l’estrade. J’espère qu’elle va gagner le Djinn. »

Moonkir savait que ce moment serait pénible. Mais il avait accepté de se prêter à cette mascarade, il fallait aller jusqu’au bout.

« On y va, on y va ! Dis un nombre entre dix-huit et dix-neuf, Zcyn »

« - Euh, dix-huit ? »

« Deuxième chance, allez on y va on y va, Zcyn, entre dix-huit et dix-neuf…. »

« - Hé bien, dix-neuf alors. »

« Mesdames et messieurs, « déclara Moonkir le belluaire en dépliant le papier et en exhibant le nombre dix-neuf qui y était écrit, « la loterie est terminée, nous avons un gagnant, une gagnante devrais-je dire. Zcyn, fais bon usage de ce familier. Tiens, voilà aussi la carte d’invocation, comme tu vois on a fait un joli pliage pour qu’elle ait la forme d’une lampe à huile. Ah, le Djinn s’appelle L33t. »

«- Et ça se prononce comment ? » demanda l’assassine.

La foule applaudit, les rires fusèrent.

« Ha ha, très drôle, c’est la blague de l’année. »
« Une telle célébrité, c’est incroyable comme elle est restée simple et accessible. »
« On sent quand même tout de suite qu’elle n’est pas faite de la même étoffe que nous. »
« La race des héros. Tu as vu comme elle a deviné le nombre secret en juste deux tentatives ?»

La foule suivit Zcyn et son Djinn jusqu’au téléporteur du donjon. Moonkir quant à lui rejoignit discrètement MissPiggy, l’anonyme et généreuse donatrice. Il était encore surpris de la tournure inattendue qu’avaient prise les événements.

« Je m’attendais à ce que ça devienne houleux, que ça hurle au scandale. Surtout que certains avaient proposé dix-neuf. » confia le belluaire.

« - Pour apaiser la foule, vous auriez pu faire gagner le deuxième prix que j’avais amené. » répliqua MissPiggy.

« Ah ça non » trancha le belluaire, le deuxième prix je le garde pour ma peine.

Tous deux se tournèrent vers le mur ooposé. Un petit génie mystique les regardait.

« Comment vais-je t’appeler ? » se demanda Moonkir.

« Pot-de-vin ? » suggéra MissPiggy en pouffant.



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Re: [RP] Zcyn

Messagepar Sairen » Sam 12 Avr 2014 17:50

La "masse" de cette guilde est quand même sacrément étrange ... Quant au hauts gradés, je commenterais pas.

Encore un bon chapitre, continue comme ça :)
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Re: [RP] Zcyn

Messagepar zcyn » Mar 3 Juin 2014 12:23

Zcyn XLVII

Sous notre nez.




« « L33t, tu en as oublié un, là derrière le gros cristal. Ah et puis une sirène aussi, de l’autre côté de la plage, dans les vagues. »

Le familier bleu obéit docilement et, flottant dans les airs, alla provoquer le golem puis la créature marine. Entouré maintenant d’un groupe d’une dizaine de monstres de la Côte de cristal, il entreprit de les abattre. Le processus était inexorable, mais assez long. Sa maîtresse ne regardait même pas. Au fil des semaines, son enthousiasme pour son nouveau familier s’était émoussé. Elle l’avait trouvé extraordinaire, puis correct, puis ennuyeux. Etouffant un baillement, elle s’assit sur un rocher, tournée vers la mer à écouter le ressac.

Le Djinn était simplement trop puissant pour la partie Ouest de cette région. Mais trop faible pour la partie Sud, là où patrouillaient Eimus et Tafari, modèle géant. Au total, rester dans ces montagnes ne présentait plus d’intérêt.
Marduka, donc. El Kassia, peut-être. Perspective ô combien peu engageante. Mais une étape obligée afin d’être au bout du compte assez entraînée pour pouvoir un jour arpenter l’Ile perdue, par exemple, d’un pas assuré, en fière représentante de Katan, et non pas en proie potentielle courant pour sa vie, poursuivie par des ours.

Comme souvent, c’est un message télépathique en provenance de sa Guilde qui la ramena à la réalité.

« Avis à Zcyn. Instruction de rejoindre Palmir derechef. Je répète… »


Arrivée au donjon, elle y trouva Hésac le chef de Guilde entouré de ses conseillers SirWatson le gladiateur et DarkMatter l’élémentaliste, ainsi que d’autres personnes qui n’étaient pas de la Guilde. Tous se levèrent. Le sorcier fit les présentations.

« Zcyn, voici PepsiDreamer des SertLeThé et ancien chef de notre alliance, avec Kazanov dont tu te souviens peut-être. »

« Et comment. J’étais morte, tuée par un ange. A Marduka, justement » se remémora l’assassine.

« - Je te présente aussi Seita et Fragil, de la guilde Paragon Nightmare ». Fragil le paladin reconnut Zcyn et tendit la main avec un sourire joyeux, tandis que Seita le druide restait en retrait, plissant les yeux. Enfin, pour la première fois, il était en présence de cette assassine, absurdement légendaire, et dont l’équipement demeurait une énigme. Beowulfs vingtième degré, passe encore. Mais le reste, l’armure notamment… Habit de pureté ? Cela n’avait pas de sens, il n’existait à sa connaissance aucune situation de combat où cette armure soit efficiente.

« - Et pour finir, Albarran et Stayman, des CoeurDePique, qui faisaient également partie de l’Alliance »

« Cela fait un peu reconstitution de ligue dissoute » intervint ledit Albarran. « Vas-tu enfin nous dire, Hesac, pourquoi tu nous as fait venir, en armes qui plus est ? Je suis venu avec mes carreaux… d’arbalète»

« Et moi avec ma lance » ajouta Stayman, « ou bien devrais-je dire ma pique. »

Tout le monde se rassit. Kazanov et Fragil firent une place à Zcyn.

« - Je vous ai fait venir » poursuivit le chef des Villains, « car je vous connais tous et j’ai confiance en vos aptitudes au combat. Mais commençons par le début. Hier matin le Templier Oyu prenait l’air à l’extérieur de Quartier général des Templiers, surveillant sa petite nièce qui jouait à la marelle sur les dalles. Il semble que la fillette ait sans le savoir, de par ses sautillements, déclenché l’ouverture d’un portail. Oyu s’est approché. Et sans plus réfléchir il a traversé. Stupeur ! Des moines allant et venant, vêtus de bleu ou de rouge, fort affairés. Des plate-formes flottant dans l’air. Des rayonnages remplis de livres. Deux moines accoururent, griffonnérent un bout de papier, lui firent signe de déguerpir au plus vite. »

Le récit d’Hesac ne recueillit que scepticisme.

« Des moines, ben voyons. Des fanatiques aussi, peut-être ? »
« Un lieu clandestin dévolu à la magie, là, sous notre nez ? Et personne n’aurait rien remarqué ?»
« Il a rêvé, Oyu. Le soleil lui a tapé sur la tête. »

Hésac reprit le cours de son exposé.

« - J’étais comme vous. Mais j’ai vu le papier en question, Buvenir me l’a montré. Oui messieurs, Buvenir soi-même, le Premier conseiller. De mémoire, ça disait :

Etranger, repars prévenir le monde ! Ici, ils sont devenus fous !
Au départ nous étions une académie de recherches théoriques sur les dimensions et les voyages dimensionnels. La clandestinité n’était que pour la discrétion et la tranquillité. Mais voilà qu’ils se sont mis en tête de faire revenir la Sorcière ! Laksy, Horizon, Katan, vous êtes en danger !


Oyu a prévenu les autorités. Le Conseil des guildes, les vieilles barbes comme on les appelle, s’est réuni en toute hâte. Buvenir était partisan de tout brûler, Bougon aussi. Mais c’est juste deux membres sur onze, ils ont été mis en minorité par Karcinaum, l’Intendant du Conseil, qui a fait valoir qu’on ne pouvait ainsi détruire un lieu qui contenait peut-être des connaissances essentielles, et que si Sorcière il y avait, mieux valait garder tout ça sous contrôle plutôt qu’elle aille réapparaître ailleurs. »

« Karcinaum pense que ça va être bon pour son petit commerce, c’est évident. » lança PepsiDreamer. « Nouvelles connaissances, nouvelles armes, nouveaux sorts, nouveaux bénéfices pour lui. Je le vois d’ici, avec ses phrases insinuantes. Bougon, ton neveu ne voulait pas ouvrir une échoppe à Rondo ? Qu’il passe me voir pour la patente, je lui trouverai un bon emplacement. Après, pour les moines rouges et bleus, tu votes comme tu veux, hein.»

« - Je vois que nous sommes d’accord sur le personnage » reprit Hesac. « Quoiqu’il en soit, c’est à nous que revient d’intervenir sur place, mandatés par le Conseil des guildes pour affirmer sa haute main sur toutes choses et valoir son bon droit. Un groupe restreint, presque comme un simple groupe de donjon, et non une armée. Que ces moines sentent bien que nous ne les craignons absolument pas, pas plus que nous ne craignons Grisis ou le Siffleur bleu. Karcinaum voulait envoyer les RoxxorsDuPoney, mais Buvenir s’y est opposé et, au moins sur ce point, a été suivi par le Conseil. »

Le sorcier se tourna vers ses aides de camp.

« DarkMatter, en tant que fin connaisseur des arcanes de la magie tu vas nous accompagner. On emmène Zcyn avec nous, évidemment. SirWatson tu restes ici, je ne veux pas que notre groupe soit trop nombreux. Et puis sait-on jamais, si tout ça se termine très mal, c’est toi qui reprendras la Guilde. »

Cet apparté n’échappa point aux chefs des autres guildes, qui échangèrent des regards entendus. La fierté, l’estime de soi de SirWatson étaient bien connues.
Vexé au plus haut point, ce dernier se leva brusquement et ouvrit la bouche pour s’indigner. Quoi ? Zcyn en était « évidemment », et pas lui ? Mais il se rappela que dans sa position, somme toute, de traître fraîchement ré-intégré, il ne pouvait se permettre un esclandre. D’un air morne, il se rassit.

« Hesac » intervint Albarran des CoeurDePique, « ne te prive pas de cet atout qu’est SirWatson. Mon cœur n’est plus aussi vaillant qu’autrefois, les guérisseurs sont formels. Je dois faire l’impasse sur les batailles, me tenir à carreau désormais. Mon aide de camp Stayman ira avec vous, c’est un as. »

Le chef des Villains s’inclina vers son homologue des CoeursDePique

« - Qu’il en soit fait ainsi, Albarran. »

Tous prirent le portail de sortie du donjon, fermant brièvement les yeux le temps de la téléportation. Et là, au dehors…

Une apparition de la Déesse elle-même, nimbée de son aura céleste et venant bénir leur expédition, n’aurait pas fait plus d’effet.
Assis sur une pierre, seul, sans serviteurs ni escorte, Buvenir les attendait. Personne dans le groupe ne s’attendait à ce que le plus haut dignitaire qui soit, le Premier conseiller de l’instance suprême, et de surcroît fort âgé, veuille les accompagner. Il avait rasé sa longue barbe blanche, son visage émacié exprimait inquiétude et résolution à la fois. Sa toge, symbole de son autorité, cachait en partie son armure de mailles. Ce n’était pas une armure d’apparat, étincelante et multicolore, de celles qu’on arbore dans les réceptions officielles. Terne, grise, sans apprêt. Une armure de combat, ancienne mais fonctionnelle, qui ne fit entendre aucun grincement ni cliquetis quand le vétéran de la guerre contre la Sorcière se leva. Il était clair que même une fois nommé à la tête du Conseil des guildes, il avait continué à prendre soin de son équipement. Pressentait-il qu’un jour il se retrouverait en face de sa vieille ennemie ? C’est en soldat qu’il se joignait au groupe, pas en dignitaire.

Face à lui, immobiles, rendus muets par la stupeur autant que par les règles protocolaires, les Villains, Paragon Nightmare, SertLeThé et CoeurDePique attendaient que Buvenir s’exprime.

De ses yeux clairs il dévisagea l'un après l'autre les chefs de guilde, comme pour vérifier si chacun était à la mesure de la tâche à accomplir. Il sembla satisfait, même si certains le virent très brièvement froncer le sourcil en voyant Zcyn.

« Allons-y » dit-il simplement.

Puis, s’adressant discrètement à Hesac

« La petite demoiselle vient aussi? »

« Chez les moines ? » répondit le Villain en riant, « Oh non, elle restera dehors. On a juste besoin d’elle pour jouer à la marelle et déclencher le portail ! »




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Re: [RP] Zcyn

Messagepar Bigdard » Mar 3 Juin 2014 16:14

Si tu savais depuis combiend e temps j'attendais la suite!

Je vais me faire un café et j'entame la lecture :)
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