[RP] Zcyn

Histoires et aventures role-play (Rappelz, Allods, Aion ou autre jeu)

Re: [RP] Zcyn

Messagepar zcyn » Mar 10 Juin 2014 10:21

Zcyn XLVIII

Wanted



On lui avait beaucoup vanté la beauté des Cascades de Marduka, et Zcyn n’était, à la vérité, pas déçue. Le site était grandiose, les chutes grondaient, l’eau tourbillonnait en remous furieux, créant dans la rivière des vagues irrégulières qui, jusqu’à l’estuaire final, allaient s’atténuant.

Sans être luxuriante, la végétation tranchait avec les misérables cactus rabougris et touffes d’herbes desséchées que l’assassine avait vus, épars, au long des chemins désertiques qui l’avaient menée de la Forêt obscure jusqu’au Wadi. La prochaine fois, elle prendrait le téléporteur de la Ville en ruine, tant pis pour la dépense ! Même à dos d’ornitho ce trajet était un calvaire. Le soleil dont aucun nuage ne vous protégeait, l’air sec, le sol rocailleux. L’impression d’avoir avalé des tonnes de sable.

L’assassine prit soudain conscience que quelque-chose clochait. Aucun monstre dans la Cascade. Elle en voyait bien alentour au loin sur les rives, des Entes, des piranhas volants. Mais rien dans l’eau. Les hasards du repop, d’ici dix minutes ils seront revenus, se dit-elle en haussant les épaules. Ce simple geste vit voleter le mélange de poussière et de sable fin qui s’étaient déposés sur son équipement.

« Tu sais quoi, Luerphédon ? » demanda-t-elle à sa panthère « on va profiter d’avoir la Cascade pour nous toutes seules. Et puis je ne t’ai encore jamais vue nager, ça va être amusant ! »

Bon, il fallait enlever tout ce qui pouvait craindre l’eau. Le collier à lak, les bottes de chasse, la ceinture. Défaire un peu l’armure aussi.

Luerphédon huma l’air un instant comme si elle avait reniflé une présence suspecte, mais finit par rejoindre sa maîtresse dans l’eau.

Plus haut, tapi dans le sable des dunes qui surplombaient El Kassia, Fragil le Paladin s’aplatit encore davantage sur le sol, et sans bruit commença à ramper, progressant peu à peu vers la Cascade. Plus près… Encore un peu plus près…

Il perçut soudain un bruit sur sa droite. Trop ténu pour un monstre, trop net pour que ce soit juste le vent dans le sable. Il tourna la tête pendant que sa main trouvait le pommeau de son épée, puis s’écria, surpris :

« Kazanov l’assassin, de la guilde des SertLeThé ? Que fais-tu donc ici ? »

Egalement tapi en surplomb, Kazanov avait effectué un mouvement rampant similaire de quelques mètres vers l’avant, et les hasards de la configuration des dunes de sable faisaient que les deux hommes, jusqu’alors cachés l’un à l’autre, pouvaient maintenant se voir.

« - Ce que je fais ici ? Je pourrais te poser la même question, Fragil le Paladin des Paragon Nightmare ! »

Fragil ouvrit la bouche mais la réponse ne vint pas tout de suite.

« J’observe… la rotondité des grains de sable. C’est un facteur décisif pour la vitesse des montures. Sable rond, enfoncement important des sabots, vitesse moindre. La connaissance, c’est l’efficience, tel est le motto de ma guilde. Mais pour ta part, je doute que l’étude approfondie du sol sablonneux soit la raison de ta présence ici. Alors, Kazanov ? »

L’assassin avait eu le temps de préparer sa réponse.

« - Mais voyons, je suis en embuscade. Je guette Amarylis. Je prépare une monographie sur l’art de soloter les boss de champs, et là j’en suis à Amarylis. Sinon, Fragil, maintenant que tu as bien mesuré les grains de sable de la Cascade, ne devrais-tu pas faire les mêmes mesures dans les autres coins de Marduka, loin d’ici, l’entrée Nord par exemple, ou bien le Poste de garde ?»

« Telle était exactement mon intention. Et pour ta gouverne, tu peux attendre Amarylis longtemps, elle ne passe jamais par ici, elle suit le cours du Wadi. Je te suggère l’estuaire, c’est l’endroit parfait pour une embuscade. Par contre c’est complètement à l’opposé d’ici. »

Sans plus échanger un mot, le SertLeThé et le Paragon Nightmare se levèrent et prirent l’un le chemin du delta du Wadi, l’autre celui du Poste de garde, chacun se retournant de temps en temps pour vérifier que l’autre ne rebroussait pas chemin.


A des lieues des chutes d’eau de Marduka, une autre personne était en train de porter à Zcyn un intérêt tout aussi grand, quoique d’une nature assez différente. Dans son salon de travail, situé dans les étages supérieurs de l’Antre, Kévin « KO » Oussetonne chef des RoxxorsDuPoney, considérait une gravure posée sur sa table. Une fille à la peau mate et presque bleutée, toute jeune bien que ses cheveux soient déjà blancs. Une assassine peut-être. Ha, les assassins ! N’existaient-ils donc que pour lui pourrir l’existence ? Crime-Sud qui lui avait dérobé un document unique et précieux. Cela n’arriverait plus, Oussetonne avait depuis fait mettre en place des patrouilles spéciales autour de ses quartiers privés. Des Archers accompagnés de Nagas. De sa fenêtre il les voyait arpenter le chemin de ronde.

Longtemps il avait cherché ce qui, depuis quelque temps, clochait. Des petits riens, mais déplaisants. Comme un caillou dans la chaussure, comme un moustique qui vous empêche de vous endormir, comme la première huître d’une douzaine, qu’on recrache car elle a un goût suspect. Bien sûr, votre valet vous déchausse et enlève le gravier, votre garde du corps pourchasse et écrase le moustique, votre cuisinier vous apporte une autre douzaine d’huîtres d’une irréprochable fraîcheur. Mais le mal est fait, votre promenade, votre nuit, votre repas ont été indûment perturbés.

Lui, Kévin Oussetonne, chef des Roxxors, n’avait pas à tolérer ce genre de choses. Le regard rivé sur le panorama hivernal que lui offrait L’Ile perdue, il pensait aux étapes suivantes de sa montée en puissance, une fois ce petit souci déblayé. Maire de Rondo, régent de Laksy. Ou même successeur de Buvenir.

On frappait à la porte. D’une voix agacée il fit entrer le petit groupe qu’il avait convoqué.

« Meffieurs, j’ai fait réaliser fette gravure d’après les fignalements et informafions gue vous m’avez fait gonnaître, fuite aux divers gontretemps et mésaventures furvenues depuis guelques faisons. Préposés du Fite du bûcher et de l’Autel de l’efprit des morts, est-fe la perfonne gui f’est présentée à vous, après guoi il nous a fallu des mois pour tout reconftruire ? Maître d’hôtel, est-fe la perfonne gui a attiré une bande d’ourf polaires géants dans notre falle des fêtes de l’Antre, nous obligeant à tout reporter d’un mois, alors gue nous avions envoyé des gartons d’invitation à toute l’ariftocrafie de Rondo ? Maître efpion, est-fe la perfonne dont tu as entendu les Paragon Nightmare f’entretenir, jufte avant gu’ils ne prêtent main forte aux Villains alors gue nous attaquions Palmir? »

Tous examinèrent le portrait, et répondirent par l’affirmative.

Kévin Oussetonne manda alors ses capitaines.

« Je ne fais pas qui est cette perfonne, fon nom m’est inconnu. Mais vous allez la retrouver. Vous allez lui faire manger des huîtres pas fraîches et la faire piquer par des mouftigues jusqu’à ce gu’elle périffe d’intoxicafion et de bouffiffure, l’enterrer dans la vase du Marais des noyés. La déterrer, la re-tuer. La pendre. La dégouper en morfeaux très petits gue vous allez plafer dans plein de petites boîtes. Gue vous ferez brûler. Et vous disperferez les fendres aux guatre goins du pays. Et puis vous prendrez des râteaux et vous ratifferez et vous ferez un grand tas et vous mettrez tout dans des paniers en osier et vous louerez une garavane d'ornithos jusgu’au Nid de dragons et vous ferez tout piétiner par les dragons et vous viendrez avec des graines de plantes empoisonnées et vous les fèmerez et tous les ans vous reviendrez arroser avec de l’eau groupie et… »

Il dut s’arrêter, il avait prononcé tout ça de plus en plus vite et sans reprendre son souffle. Il avait encore d’autres instructions inventives, mais il jugea que ses capitaines avaient bien compris l’idée générale.

Passant dans le couloir adjacent, le maître de forge de la Guilde, qui revenait de la salle des trophées où, aidé de ses valets, il avait disposé diverses statues et sculptures, entendit les éclats de voix, vit du monde et décida d’entrer. La gravure était toujours sur la table. Artisan lui-même, il apprécia la qualité du travail du collègue graveur. Taille-douce, estampe idéalement proportionnée. Soudain il reconnut de qui il s’agissait.

« Chef, chef ! Cette fille… »

« Guoi, guoi, fette fille » hurla le chef de Guilde, « la gause de toutes mes gontrariétés, même mon défaut de prononfiafion je fuis fûr gue f’est fa faute. Guoi, encore ? »

« Chef, vous lui avez fait avoir l’Oscar. »

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Re: [RP] Zcyn

Messagepar zcyn » Mer 11 Juin 2014 14:06

Zcyn XLIX

Contre-ordre



Le silence était revenu dans le salon de travail de Kévin Oussetonne. Tout le monde était reparti. Les préposés vers leur site, le maître forgeron vers sa forge, les capitaines s’étaient mis en chasse. Il aimait regarder, du haut de sa fenêtre, les troupes d’élite de sa Guilde s’élancer ainsi au dehors. Assiéger un donjon, faire un raid ou, comme ici, traquer quelqu’un. Sur le chemin de ronde en revanche, aucun archer ne patrouillait plus. L’heure de la relève, sans doute.

Le chef des Roxxors referma la fenêtre et revint vers le centre de la pièce. Il se pencha une nouvelle fois vers le portrait, que nul n’avait pensé à emporter. Les traits étaient réguliers, pas désagréables à regarder, mais très communs, voire d’une certaine banalité si l’on exceptait la blancheur de la chevelure. Bah, pourquoi s’en soucier, d’ici quelques heures, quelques jours au plus, tout serait réglé.

Il se redressa d’un coup, très brusquement. Contraint et forcé. Sur son cou, le tranchant d’une première dague prête à l’égorger, et dans son dos la pointe d’une deuxième dague menaçant de lui prélever un rein ou deux.

« Il m’a fait le menton un peu fort, ton graveur, je trouve... »

C’était une voix jeune, féminine. En d’autres circonstances il aurait pu la trouver plaisante à entendre. Mais Kévin Oussetonne ne pouvait faire le moindre mouvement. Même respirer était difficile. D’une voix à peine audible, il lâcha

« - Gui… es-tu ? Gomment… es-tu rentrée ifi ? »

« Qui je suis, cela paraît évident. Comment suis-je rentrée, tu veux parler de tes archers ? La mauvaise nouvelle, c’est qu’ils étaient vraiment très médiocres, j’espère que tu ne les avais pas payés trop cher. La bonne nouvelle, c’est que maintenant tu vas pouvoir en recruter de meilleurs. Ah, deuxième bonne nouvelle : tes cerbères du donjon ont assez à manger pour deux semaines. A condition qu’ils aiment le carpaccio d’archer. Oui, ces dagues font des tranches très fines, tu fais bien de ne pas bouger.

Oussetonne, sais-tu, je suis vraiment très peinée par ces méchants ordres que tu viens de donner. Je suis sûre que tu ne le pensais pas vraiment, que tes capitaines ont mal interprété, tout ça, tout ça. Je te laisse carte blanche pour les détails, mais on est d’accord sur le fond, n’est-ce pas Oussetonne ? »

« - J’annule… oui… malentendu… »

« Ravie que nous ayons eu cette petite discussion. Bon, ce n’est pas que je m’ennuie, mais j’ai tant de choses à faire, tu sais ce que sais. Et par mesure de précaution, tu comprendras que suis obligée de… Rien de personnel, hein… Alors, quelque-chose de bien lourd, tiens, ce bouclier, c’est parfait. »

« - Non…Pas engore le bouglier… Pourguoi… »

Le chef des Roxxors ne put en dire davantage. Assommé d’un large coup au visage, il sombra dans l’inconscience. Ses rêves ne furent pas agréables. Le réveil, à peine moins. La douleur était toujours bien présente. Fébrilement il appela ses domestiques, qui accoururent prestement.

« Rappelez les capitaines ! Faites revenir les troupes ! On annule tout, on annule tout vous entendez bien, le premier qui touche à cette fille, je le casse en deux de mes propres mains. »

« Maître » hasarda un domestique « c’est formidable ! »

« - Tu trouves, pauvre crétin ? » aboya Kévin Oussetonne.

« Maître, je veux dire, votre petit souci d’élocution a enfin disparu, c’est formidable. »

« - Tiens, c’est vrai » admit-il en se tâtant le nez, « tout est bien aligné, elle m’a redressé les cloisons nasales avec son coup de bouclier. »




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Re: [RP] Zcyn

Messagepar zcyn » Ven 25 Juil 2014 16:18

Zcyn L

Sa dernière part d’humanité


De la fenêtre de sa tourelle, Karcinaum l’Intendant du Conseil des guildes considérait, intrigué, le jardin intérieur en contrebas. Dans un coin ombragé, une rose noire de Katan semblait avoir éclos. Comment était-elle arrivée ici, à Rondo ? Le vieil homme descendit le long escalier en colimaçon. Non seulement il était le seul à y avoir accès, mais sa tourelle était le seul édifice d’où l’on pouvait l’observer. Des murs aveugles, démesurément hauts comme on les aimait à Rondo, entouraient les autres côtés. Karcinaum y faisait parfois prendre l’air à Anthrax, son dragon éthéré, le seul du genre pour l’instant. Il s’approcha du coin d’ombre. C’était bien une rose noire. Il avança une main mais se ravisa. La cueillir, c’était la tuer.

Les roses noires de Katan étaient garnies de bien plus d’épines que n’importe quelle variété, leur réputation cependant venait de leur rareté et de leur incomparable parfum. Elles poussaient solitaires et non en massif comme les autres roses, en cueillir en bouquet requérait une longue patience.

L’intendant s’agenouilla, se pencha vers la fleur, ferma les yeux. Les effluves capiteuses envahirent ses narines. Il se détourna, pris d’un vertige où le parfum se mêlait aux souvenirs.

Combien de temps cela faisait-il ? Combien d’années s’étaient écoulées ?

Ce jeune homme qu’il était alors. Exubérant, enjoué. Athlétique, élancé, cavalier émérite, mage prometteur. Issu d’une famille riche et influente. Toujours entouré d’amis, de serviteurs. Populaire dans toutes les tavernes, y laissant de considérables pourboires et l’écho de ses éclats de rire. Amateur de riches étoffes brodées d’or, de mets rares, de vins raffinés, d’armures étincelantes, chevauchant sans fin dans Rondo pour faire admirer ses montures.

Et puis ce jour où tout avait basculé. Cette fille que tous convoitaient. Cette petite fleuriste de Katan à l’éclatante beauté et qui n’avait pas la langue dans sa poche, au point que beaucoup suggéraient qu’elle aurait plutôt dû devenir poissonnière. Une silhouette jugée fort avenante, des oeillades ravageuses qui avaient provoqué nombre de duels, un sourire à usages multiples, une propension à éconduire vertement ses prétendants qui était devenue proverbiale. Karcinaum ne pouvait laisser passer une telle occasion de briller devant ses amis.

« La semaine prochaine jour pour jour, devant son échoppe ! Venez tous et regardez comment on s’y prend. Car c’est une fille, et telle la pie voleuse elle aime tout ce qui brille ! Ha ha quelle rime de choix, est-ce le printemps qui me rend poète ? Garçon remettez-nous ça, la tournée est pour moi. »

De retour dans son manoir des quartiers résidentiels de Rondo, avec vue sur la petite fontaine, il avait donné instruction à ses valets d’aller soudoyer les collègues fleuristes de la jeune fille, ses connaissances, son voisinage, afin de recueillir toutes informations utiles. Rêvait-elle d’une certaine robe ? D’un familier ? Que prenait-elle au petit déjeuner, quel était son livre de chevet, combien de temps passait-elle à se coiffer ? A quelles heures était-elle seule dans son échoppe ?

Quelques jours passèrent, les valets revinrent bredouilles. « Monsieur, elles ont pris notre argent, oh pour ça elles n’ont pas fait de manières, mais quand on est revenus les voir elles ont prétendu n’avoir rien découvert. On est dans le noir. C’est louche ça Monsieur, c’est louche, sans vous commander ce serait peut-être mieux de laisser tomber.»

Karcinaum ne s’en était pas alarmé. « Billevesées ! On va faire dans le classique, étaler sa richesse. On est dans le noir, dites-vous ? Hé bien restons-y. Commandez ce qu’il y a de plus cher : des roses noires. Douze douzaines ! »

Il aurait été mieux avisé d’écouter ses domestiques. Non seulement les collègues fleuristes n’avaient dévoilé aucun des secrets intimes de la jeune fille, mais elles étaient venues en groupe la voir pour tout lui raconter. Elle était entrée en une telle fureur que toutes étaient parties en courant, se bouchant les oreilles avec les mains pour ne pas entendre le flot d’injures, de cris et de malédictions.

Au jour dit, les amis de Karcinaum commencèrent à se masser devant la petite boutique de fleurs. S’y mêlèrent des badauds du coin, que l’inhabituelle présence de la jeunesse bourgeoise de Rondo étonnait. Enfin le jeune mage arriva, monté sur un lydian cendré, précédé d’un écuyer porteur de l’étendard aux armoiries de la famille, et suivi de valets aux bras chargés de fleurs. Il souleva son chapeau de mage pour saluer ses amis, tout en faisant se cabrer sa monture, puis pour répondre aux acclamations des badauds tira de sa bourse des roupies par poignées entières, qu’il jeta en l’air tout autour de lui.

Sautant souplement de son lydian, il se fit remettre le plus gros bouquet. Ses domestiques se placèrent derrière lui avec le reste des fleurs. L’écuyer emboucha sa trompette et joua le thème musical qui annonçait que le mage allait parler.

« Belle Fargdun ! Quitte un instant ta modeste boutique et viens à mes côtés admirer des fleurs de bien plus haut rang que celles que tu vends. Tu n’aurais jamais imaginé pouvoir un jour t’en offrir une seule, en voici douze douzaines, et elles sont toutes pour toi, belle Fargdun, car il me plaît aujourd’hui, à moi Karcinaum, de te les offrir. »

La petite marchande apparut. Son regard était sombre comme un ciel d’hiver. Les poings serrés, elle marcha droit sur le mage, lui arracha des mains le bouquet de roses et s’en servit pour le gifler.

« Karcinaum ! Tu te rends compte de ce que tu as fait ? »

Et derechef elle tourna les talons, le plantant là.

Pendant de longues minutes il resta sur place, comme statufié. Puis les pupilles des yeux retrouvèrent une certaine mobilité. Puis les mains, qui se portèrent vers ses joues balafrées par les épines. Tout était silencieux. Il se retourna, il n’y avait plus ni badauds ni amis. L’écuyer regardait droit devant lui, en position réglementaire d’attente. Les domestiques, tête basse, ne bougeaient pas davantage. le sol était jonché de pétales noirs que le vent glacé de Katan faisait tourbillonner tels des nuages de tempête.

Les semaines suivantes il s’était terré dans sa luxueuse chambre, ne recevant personne à l’exception du valet qui lui portait ses repas. Un jour les domestiques avaient vu affluer toutes sortes d’artisans, des ferronniers, des menuisiers, des maçons. Ils s’en étaient réjouis, imaginant que leur maître reprenait du poil de la bête. En réalité Karcinaum se faisait aménager, sous terre, une autre chambre, où il serait encore plus retiré, défendu par toutes sortes de herses, de loquets, de cadenas. Ne se satisfaisant plus de ses valets pour lui apporter les nouvelles du monde extérieur, il avait aussi commencé à recruter des espions.

Au fil des années il était devenu de plus en plus reclus, et de plus en plus puissant. La trahison était son levier le plus efficace. Le secret était de ne pas s'embarrasser de scrupules. Associés d’affaires, généraux d’armées, corporations, guildes, il les avait tous trahis. Des batailles avaient été perdues contre les armées de la Sorcière, l’ennemi ayant été informé du plan d’attaque. Des donjons, tels celui de l’entrée Nord de Ceriu, étaient tombés en ruines avant même d’avoir été terminés. Des familles entières étaient mortes de maladie en essayant de coloniser la zone marécageuse au Sud-Ouest du Lac de la blessure d’arrogance, que Karcinaum avait promis de faire assécher et de rendre salubre.

Le couronnement de son parcours, jusqu’ici, était sa nomination au poste d’Intendant, et donc numéro deux, du Conseil des guildes. Buvenir était le numéro un ? Grand bien lui fasse ! Karcinaum lui laissait cet honneur bien volontiers. Il le laissait paraître en public, s’exposer, voire jouer au valeureux petit soldat au donjon Espoir, récemment découvert. Mais au final, pour qui était le profit ? Qui avait fait créer un ensemble armure-gants-bottes « Porte-espoir » qui lui rapporterait des millions de roupies ? Lui, Karcinaum, personne d'autre que lui. Lui qu’on soupçonnait toujours mais qu’on ne voyait jamais. Et si malgré toutes les précautions prises, il y avait des témoins, alors on envoyait un assassin. Puis un deuxième assassin pour tuer le premier. Mais c’était rare, même les victimes préféraient se taire. Quel chemin parcouru ! Si peu pouvaient prétendre ne pas le craindre, et si peu l’avaient vu en personne.

« Presque un dieu », se dit-il avec un sourire mauvais.

Avant de regagner sa tourelle du Conseil des guildes, Karcinaum considéra une dernière fois le jardin intérieur. Son visage prit une expression plus recueillie. De la main il lissa sa longue barbe blanche. Ne jamais chercher à tirer profit du commerce des fleurs, ne jamais chercher à connaître quoi que ce soit concernant Fargdun. Les deux promesses qu’il avait toujours tenues, qu’il tiendrait toujours. Les deux promesses qui le persuadaient que son âme n’était pas que noirceur et vilénie.

« Ma dernière part d’humanité »


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Re: [RP] Zcyn

Messagepar zcyn » Mer 20 Aoû 2014 17:13

Zcyn LI

Résolu



Hésac, chef de guilde des Villains, vit un asura passer le portail du donjon, et le reconnut aussitôt.

« Kazanov, mon ami ! Qu’est-ce qui t’amène, tu ne viens pas soloter Takin, quand même ? »

« - Je m’en vais » répondit le jeune homme, « je passais dire au-revoir. La vie citadine ne me vaut rien, tout est trop banal, anodin, mesquin parfois.
Je quitte tout, je vends tout. Je ferai un don pour la reconstruction du sanctuaire des anciennes ruines, à l’ouest de Laksy. Et puis je partirai pour l’Ile perdue. Je suis résolu. Je dormirai dans les camps de chasseurs, j’aiderai les aventuriers dans leurs quêtes. Sans jamais demander une roupie ! J’affronterai les boss de champ.
Les RoxxorsDuPoney ont hélas déjà abattu celui dont Oscar le paladin avait pressenti l’existence. Mais les créatures du Nid vont lui choisir un successeur. Le faire croître, saison après saison, en taille et en force jusqu’à ce qu’il devienne à son tour le lézard ailé le plus puissant de l’Ile, le plus puissant du monde ! Et ce jour-là, je l’affronterai. »

Hésac ne savait trop quoi répondre. D'un côté, il comprenait fort bien les motivations de l'aide de camp des SertLeThé. Lui aussi, il caressait souvent ce rêve de tout laisser tomber et de repartir à l’aventure, arpentant les montagnes et les gouffres. Mais d'un autre côté, Kazanov poussait l’idée trop loin, il courait à une fin certaine. Peut-être était-ce ce qu’il cherchait. L’exemple de son père ? D’Oscar ? Alors quoi, lui dire qu’il était déjà renommé et respecté ? Que sa monographie sur le solotage des boss de Marduka faisait autorité ?

« Belle armure » finit par lâcher le sorcier. « Haubert du dragon blanc ? »

« - Cadeau du Conseil des guildes » répondit l’assassin, « je pense qu’ils culpabilisaient encore à mon sujet. C’est arrivé ce matin, c’est ça qui m’a décidé. Je me suis dit, tiens c’est un signe, ton destin t’appelle.
Ce n’est pas en restant à Horizon ou Laksy que je vais écrire ma légende. C’est un mode de vie qui incline trop à la facilité, au confort. Sans parler des faiblesses humaines inhérentes aux jeunes gens de mon âge. Mais je ne veux pas t’infliger plus longtemps mes péroraisons sur l’exigence morale. Es-tu partant pour un duel ? »

S’il y avait quelque-chose pour quoi le sorcier était toujours partant, c’était bien les duels.

« Volontiers. Je n’ai plus en tête le détail de nos précédentes rencontres. Il me semble que nous sommes plus ou moins à égalité. Laisse-moi passer un message télépathique, ça peut intéresser du monde. »


« Avis aux Villains. Rejoignez l’arène de Katan pour assister à une série de duels entre moi-même et Kazanov, l’assassin des SertLeThé. Je répète…»


Une heure plus tard, les deux amis échangeaient fraternellement potions rouges et parchemins.

« Treize défaites et une seule victoire. C’est embarrassant. » commenta l’asuran. « D’autant que toi, tu n’es pas au Septième rang. »

Hésac chercha à le réconforter.

« Je n’en suis plus très loin. Quant à toi, tu n’es pas habitué à ta nouvelle armure, tu dois encore apprendre à en tirer le meilleur parti. Et puis il n’y a pas que toi, les assassins traversent une mauvaise passe. Regarde Crime-Sud, c’était la gloire de sa classe. Et maintenant il n’est plus rien, il veut se reconvertir, il a commencé à prendre des cours de magie.
Je suis déçu moi aussi, mais pour une autre raison. Personne n’est venu regarder. C'est triste à dire, mais les Villains ne sont pas férus de duels, c’est quelque-chose que j’ai raté avec ma guilde. »

Un bruit de pas se fit entendre cependant. Une panthère, un ornitho. Zcyn en descendit.

« Je suis allée à la mauvaise arène. Je ne sais pas pourquoi, j’avais compris Rondo. C’est commencé ? »

Le chef des Villains expliqua ce qu’il en était.

« - F…féli… félicitations p… pour le Cinquième rang ! » bégaya Kazanov. On pouvait voir aussi que son visage s’était empourpré. Zcyn était perplexe. Cela faisait belle lurette qu’elle l’avait eu, son Cinquième rang. Et pourquoi bégayait-il comme ça ? Hésac, lui, avait sa petite idée. Avec un sourire entendu, il donna une grande bourrade dans le dos du SertLeThé.

« Alors c’est ça, ta faiblesse humaine inhérente aux jeunes gens de ton âge ! »


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Re: [RP] Zcyn

Messagepar zcyn » Jeu 21 Aoû 2014 18:01

Zcyn LII

Paragon


Seita le druide retenait son souffle. Un éternuement, un geste trop brusque, un courant d’air, et le délicat mécanisme qu’il s’efforçait d’assembler s’effondrerait comme un château de cartes. Deux heures qu’il était dessus ! Allez, le dernier tenon, la dernière mortaise. Un léger « click ». Voilà, tout était en place. Ne restait plus qu’à verser du lak dans le creuset au bas de l’appareil. Puis mettre le tout sous une cloche à fromage, pour protéger le fragile prototype.

Sans nul doute, le montage aurait été bien plus facile s’il avait fabriqué toutes les pièces à l’ échelle deux, voire trois. Mais cela aurait nécessité deux fois plus de nacre, de vermeil, de bois de cèdre, de cire, de lak. Et dans ce cas, quid de l’efficience ? L’efficience, ce principe fondateur qui guidait les Paragon Nightmare au quotidien et leur dictait leurs choix. Tout mettre en œuvre pour être en mesure de faire le plus possible avec le moins possible.

Ah, ce jour funeste où ils avaient envoyé presque deux brigades affronter le Boss du Nid, pour ne découvrir qu’une fois sur place que les Roxxors étaient passés avant eux ? Détestable souvenir. Presque dix guildies qui avaient gâché, perdu, gaspillé plus d’une heure pour rien dans une inutile expédition vers l’Antre. Une inefficience crasse. Hé bien, cela n’arriverait plus ! Fragil le paladin, son homologue, co-fondateur des Paragon, serait fier. D’ailleurs, il entendait son pas qui se rapprochait, il allait pouvoir lui expliquer.

Le paladin ouvrit la porte de l’atelier. Pendant une seconde on put percevoir le souffle rauque d’Abhuva qui, en contrebas, non loin de l’atelier, se postait à l’affût, guettant d’éventuels aventuriers qui s’engageraient dans le couloir d’entrée.

« Regarde, Fragil, j’ai appelé ça mon magicomètre » commença le druide fièrement.. « Cela mesure et enregistre les variations dans le champ magique qui entoure le monde. Ce champ est globalement stable, puisque l’énergie magique dépensée par les mages dans un combat est restituée quand le monstre meurt. Et la variation temporaire est infime lors d’un combat normal. Donc justement, une variation importante et brusque caractérise la disparition d’un très gros monstre. Ou, en théorie, le lancement d’un sort très puissant. Si un groupe vainc Abhuva, ou si Abhuva réapparait des limbes, mon appareil nous le dira, sans que nous ayons besoin d’aller voir sur place. Bon c’est un mauvais exemple puisque Abhuva est juste à côté. Mais tu vois l’idée. Quel gain en efficience !
Alors, je t’explique le fonctionnement : à la base, un creuset en cristal qui contient du lak. Ce demi-cylindre de vermeil ici, capte les variations de champ magique. Les vibrations du cylindre sont amplifiées par le lak et transmises à un stylet de nacre reposant sur une demi-coque en bois de cèdre qui baigne lui aussi dans le lak. Je me suis amusé, pardonne-moi cette fantaisie, à donner à ce stylet la forme du petit personnage des armoiries de la guilde, un combattant sans armure car il n’en a pas besoin, il détient l’efficience. Ledit stylet inscrit les variations de champ sur un rouleau dont la surface externe est enduite de cire. Je changerai ce rouleau chaque semaine et conserverai les anciens rouleaux au frais, à la cave, pour nos archives. Et une fois par mois, je vidange le lak au moyen de ce petit robinet.
Voilà, c’est un peu technique mais… »

Seita le Druide s’interrompit, surpris de l’absence de commentaires de son homologue. Le paladin s’était posté à la fenêtre. Immobile, il regardait au dehors, en direction de la lointaine Marduka. Il finit par murmurer, comme pour lui-même :

« Les sables de Marduka… La cascade… El Kassia, depuis les fenêtres on voit la cascade… et si on assiégeait El Kassia… »

« - Fragil ! » s’irrita Seita le druide. « C’est Lune Aride notre donjon, c’est là qu’on détecte les talents prometteurs. Qu’est-ce que tu veux qu’on aille faire à El Kassia ? Et sinon, est-ce-que tu as seulement écouté un mot de mes explications ? »

« Euh, bien sûr. Ton truc, là, ton pifomètre ».

« - Magicomètre, Fragil. Magicomètre ! »


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Re: [RP] Zcyn

Messagepar Sairen » Lun 1 Sep 2014 00:19

"Pifomètre"

C'est méchant ça, très méchant

Continue comme ça :bravo:
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Re: [RP] Zcyn

Messagepar zcyn » Ven 19 Sep 2014 17:15

Zcyn LIII

Télépathie



Les étages supérieurs de l’Antre, là où Kévin Oussetonne, avait ses quartiers privés, bruissaient d’activité. Des tailleurs de pierre, des architectes, venaient à tout instant le solliciter, et le chef de guilde acquiesçait, rectifiait, choisissait. Les domestiques et valets, eux, voyaient leur service perturbé par tous ces travaux, et auraient souhaité qu’ils prissent fin au plus vite.

« Maître » hasarda avec précaution le laquais en chef, « Ces aménagements sont-ils vraiment indispensables ? Les barreaux d’acier trempé que vous faites sceller sur toutes les fenêtres de votre chambre, ça va vous gâcher cette vue magnifique que vous aviez sur l’Ile perdue. Et ces doubles herses tous les dix mètres le long du chemin de ronde, nous on va mettre un temps pas possible à arriver des cuisines vous porter vos repas, vous allez manger tiède. »

Oussetonne l’envoya paître. Mais déjà un autre valet s’approchait. « Maître, maître… »

« - Ne me laissera-t-on pas enfin tranquille ? Hors de ma vue, valetaille, ou sinon je demande aux artilleurs de vous utiliser comme projectiles pour tester les nouvelles catapultes qu’on a mises en haut des tours. Vous verrez comme on y arrive vite, aux cuisines. »

« Maître » insista le valet, « C’est un message télépathique émanant du Conseil des guildes. L’intendant Karcinaum demande à entrer en contact. »

Derechef, le Roxxor laissa tout tomber. On ne faisait pas attendre l’Intendant du Conseil.

« - Dégagez-moi le chemin, bande d’empotés. Et levez-moi ces fichues herses ! »

Trottinant aussi vite que le permettait sa corpulence affirmée, il rejoignit la salle des transmissions télépathiques et ceignit le casque de vermeil. La voix sarcastique du redouté Karcinaum retentit presque aussitôt.

« Oussetonne ? On a un problème ? »

« - Non, j’ai un peu couru pour venir, c’est tout. Je reprends mon souffle. »

« Je vois. Heureusement que tu as ton Septième rang depuis longtemps. Qui sait comment tu t’en tirerais si tu avais à le passer. C’est de cela que je voulais t’entretenir. L’épreuve du Sixième rang approche. Dans quelques lunes, tous les candidats seront convoqués. C’est Bougon qui fait passer l’examen, mais je suis son supérieur, je peux prendre sa place si nécessaire. Alors ? Est-ce qu’il y en a dans ta Guilde qui sont un peu justes, qui auraient besoin d’un coup de pouce ? Tes Roxxors, c’est mon bras armé. Le pouvoir de l’influence et de la manipulation, quoi qu’on en dise, ça a ses limites. J’ai besoin d’une vraie force militaire à mes ordres. Et pour bien me servir il faut qu’ils soient de haut niveau. Des noms ? »

Le chef des Roxxors passa mentalement ses effectifs en revue. Pour autant qu’il puisse en juger, ses candidats au Sixième rang avaient toutes les capacités requises.

« - Merci de votre offre, mais ça devrait aller. Mes gars c’est des bourrins, c’est pas des théoriciens nébuleux en quête de je ne sais quelle efficience, c’est pas des danseurs de menuet qui s’en vont en gilet de dentelle picoter les boss de donjon à la fourchette. Chez nous, c’est des grands, des gros, des costauds. Des qui tapent d’abord, et qui tapent très fort. Et leurs familiers, c’est du lourd aussi. Sans me vanter, vous avez intérêt à avoir un sacré paquet de monstres en réserve, parce-que mes petits gars vont vous les hacher menu. Bref, aucun nom à vous suggérer, vraiment.
Euh, quoique… »

La voix de Kévin Oussetonne, jusqu’ici triomphale, avait subitement baissé de plusieurs tons, se muant presque en un chuchotement. Surpris, son interlocuteur attendit la suite.

« - Quoique… Si d’aventure une candidate se présentait… une assassine en fait… comment dire, si elle échouait… parce-que vous savez on a notre Sorcière mécanique de l’Autel de l’esprit des morts, après les gens font la relation entre passage de rang et RoxxorsDuPoney, et du coup parfois ils croient que pour les rangs supérieurs c’est nous aussi… et donc elle pourrait m’en vouloir, je veux dire en vouloir aux Roxxors… alors ce serait plus simple pour tout le monde si elle réussissait… c’est-à-dire, si elle se présente… il faut considérer… »

Karcinaum n’en revenait pas. A quoi rimait ce charabia ?

« Oussetonne ! Donne-moi juste le nom de ta guildie. »

« - Pardonnez-moi, Intendant. Zcyn, c’est… c’est le nom. Elle s’appelle Zcyn. Elle n’est pas… en fait… ce n’est pas une Roxxor, elle est chez les Villains. Mais euh… je suis destiné… vous l’avez dit vous-même souvent… à devenir bien davantage qu’un chef de guilde. Seigneur de Laksy peut-être… un jour… avec votre appui bien sûr…. je ferai comme il vous plaira… et voilà… je veux voir plus large que ma guilde… déjà un peu pour commencer… car vous l’avez dit vous aussi, pour mon avenir…. »

Karcinaum n’en supporta pas davantage. Irrité par les propos confus dans lesquels le chef de guilde s’embarquait à nouveau, il mit fin à l’échange télépathique, se débarrassa du casque vermeil et se rejeta en arrière. La nuque posée sur le dossier de l’épaisse chaise en bois, il resta un moment à considérer pensivement le plafond.

« Oussetonne, capable de voir plus loin que sa guilde ? Qui se met à vouloir rendre service ? Foutaises ! Et puis, sa voix suait la peur. Mais peur de quoi, de qui ? Sa guilde est à cent coudées au-dessus de n’importe quelle autre, en termes de puissance. Ses capitaines sont des brutes épaisses taillées dans la masse, il a raison sur ce point. A la fois capables d’assommer un bœuf d’un coup de poing et trop stupides pour que leur vienne l’idée de devenir chef de guilde à sa place. Il ne devrait avoir peur de rien. De rien ! Enfin, de moi bien sûr, mais c’est tout. »

Karcinaum claqua des doigts. Le domestique en charge du central de télépathie du Conseil des guildes s’approcha à pas feutrés et s’inclina.

« Monsieur l’Intendant, en avez-vous terminé, puis-je ranger le matériel ? »

« Non. Passe-moi la guilde des Villains ».

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Dernière édition par zcyn le Mer 1 Oct 2014 14:49, édité 1 fois.
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Re: [RP] Zcyn

Messagepar zcyn » Mer 1 Oct 2014 10:18

Zcyn LIV

Session particulière




Zcyn escorta les deux dresseurs à partir de la sortie de Katan Est. Frais émoulus de l’Ile des Apprentis, ils étaient complètement désorientés et perdus dans cette nouvelle région qu’ils découvraient. Froide, sombre, et où, pour des néophytes, tout se ressemblait.

« Voilà, c’est entre ici et le prochain carrefour que vous pourrez trouver, le long de la partie gauche du sentier, les Squelettes Lugubres que vous avez à tuer pour votre quête. Ne les confondez pas avec les Squelettes Décharnés ou les Squelettes Vagabonds, qui ressemblent beaucoup mais sont plutôt sur la partie droite. Les Squelettes Putrides quant à eux ont la tête un peu plus allongée, et les Squelettes Cadavériques des tibias plus courts, vous ne pouvez pas vous tromper. Prenez garde aussi aux Squelettes Elites, ils sont trop coriaces pour vous. Allez, bonne chance !»

L’assassine reprit le chemin de la cabane de Fargdun, à peine distante de quelques pas. Et perçut soudain le grésillement familier, annonciateur d’un message télépathique de guilde.

« Avis à Zcyn. Instruction de crrrrrrrouittttchzzzzz Palmir ggggggrrrrohhhh session krrr krrr krrr krrr.
Je répdddduuuuut… »


« Qu’est-ce qu’on capte mal par ici !» lança Zcyn dès qu’elle ouvrit la porte de la petite maison en bois.

« - C’est vrai » confirma Fargdun penchée sur sa marmite. « Le Conseil des Guildes a fait installer des relais télépathiques partout dans le monde, même dans des coins perdus où personne ne va jamais, et nous à Katan Est, rien. »

« Ils n’ont pas trouvé de point en hauteur, peut-être. » suggéra l’assassine.

« - Pas de point en hauteur ? » s’énerva la vieille femme. « La colonne des élites, c’est pas assez haut pour eux ? Et qu’ils n’aillent pas me dire qu’ils ont peur des monstres, même moi avec mon panier à provisions je les tiens en respect, les élites ! »

« Pas grave » conclut Zcyn « Ces messages c’est un peu toujours la même histoire, les Villains qui me demandent de venir. Dès que j’ai fini mon assiette, je me mets en route. »

Le repas s’acheva dans le silence, sans bavardage supplémentaire. Soupe au pain noir et à la farine, évidemment cela n’incitait pas à des commentaires bruyants et enthousiastes.

Sur place à Palmir, DarkMatter l’élémentaliste, officier de Guilde en charge des relations diplomatiques ainsi, en théorie, que de la bonne tenue des archives, éclaira la lanterne de la jeune fille.

« Vois-tu, Zcyn, il s’agit d’une session particulière en vue de ton Sixième rang. C’est une prérogative de n’importe quel des onze barbes blanches du Conseil des Guildes. S’ils jugent qu’un aventurier a des mérites particuliers, ils ont le droit d’organiser un passage de Rang rien que pour lui. Cela permet aux uns et aux autres de mieux se connaître. Pour nous autres, de voir un peu ces vieux sages qui nous gouvernent. Pour eux, qui à leur âge ne sortent plus guère des murs de Rondo, c’est l’occasion de reprendre contact avec le monde. C’est comme ça que Buvenir, le Premier conseiller, a repéré Hesac, notre chef. Il avait été le meilleur de tous les apprentis, il avait gagné la double étoile, Buvenir l’a donc invité à l’une de ces séances. Là c’est Karcinaum que j’ai eu. Il ne m’a pas dit pourquoi tu as été choisie, mais c’est son problème.
Vas-y, en tout cas, n’hésite pas. Ces sessions particulières, d’une part c’est un honneur, et puis la plupart du temps il n’y a pas vraiment d’examen, ils discutent le coup autour d’un lait caillé et puis ils te donnent le Rang. Dès que tu te sens prête, préviens-moi, je les contacte.»

L’assassine n’était pas plus surprise que ça. Etre de la race des héros c’est aussi cela, se disait-elle Je dois apprendre à accepter ce fardeau, admettre que je ne ferai pas les choses comme les gens du commun. Le Sixième rang sans examen, l’Oscar, c’était ma destinée. C’était écrit.

« Prévenez-les, DarkMatter » répondit-elle en haussant les épaules, « Je suis prête.»


Au Conseil des Guildes, les préparatifs suivaient également leurs cours. L’intendant Karcinaum avait mis au courant son collègue Bougon, en charge des passages de Rang. Restait une formalité cependant. Oh, presque un détail, mais Karcinaum ne voulait rien laisser au hasard. Il dirigea ses pas vers la salle du Central de télépathie. Qui sait si le domestique affecté à cette salle n’avait pas perçu des bribes de conversation avec Kévin Oussetonne, le chef de la guilde des Roxxors ? Et s’il allait interpréter, recouper, chercher à comprendre ? Et s’il allait s’épancher dans les tavernes, répandre des rumeurs d’arrangements, de connivences, de complicités ?

« Toi, là, suis-moi ! »

L’Intendant et le domestique parcoururent nombre de corridors, descendirent nombre d’escaliers avant d’arriver finalement dans le jardin attenant à la tourelle de fonction de Karcinaum.

« Mets-toi dans le coin. Non, pas celui où il y a la rose noire. Le coin opposé »

Puis l’Intendant invoqua son dragon.

« Anthrax, fais ton office. »

Karcinaum laissa quelques minutes passer pour que les cendres refroidissent un peu, en ramassa une partie et, traversant le jardin, les disposa autour de la rose noire. Ces domestiques avaient leur utilité, après tout.



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Re: [RP] Zcyn

Messagepar Bigdard » Mar 7 Oct 2014 18:48

Hello,

Je voulais te dire merci, c'est toujours 5 min de plaisir de lire tes RP :smile:
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Re: [RP] Zcyn

Messagepar zcyn » Ven 24 Oct 2014 17:46

Zcyn LV

Une session… particulière


Pour la troisième fois, Zcyn se retrouva face à un mur et dut rebrousser chemin. Des escaliers purement décoratifs, des portes scellées, des fenêtres en trompe-l’œil. Des statues, des vasques, des encorbellements. C’était joli, le quartier administratif de Rondo, un ravissement pour l’œil, une merveille d’architecture. Mais pas moyen d’y trouver son chemin.
Elle avisa un jardinier.

« - Pardon mon brave, comment on rentre là-dedans ? »

« Ah » répondit l’homme en reposant sa faux, « tu viens pour la place de souillon. Fais le tour par la droite, t’arriveras aux écuries, les palefreniers te donneront ton balai. »

« - Mais non, pas l’entrée de service » expliqua l’assassine en montrant sa convocation. « Regardez, c’est écrit. Conseil des guildes, petit salon. C’est ça que je cherche. »

« Faites excuse ma bonne dame. C’est que les domestiques par ici, ça recrute ça recrute, ça n’arrête pas. A se demander ce qu’ils en font. Et puis je pouvais pas deviner aussi, le petit salon c’est les gens de la haute, les beaux messieurs et les belles dames, et vous, vous avez plutôt l’allure d’une souill… euh enfin, c’est juste histoire de dire, hein. Pas d’offense. C’est par là, derrière vous. Pouvez pas vous tromper, c’est tracé sur le sol pour ainsi dire, vous suivez les dalles en marbre rose. »

Quelques minutes plus tard, Zcyn se trouvait confortablement assise sur une banquette de bois poli, garnie de coussins en velours. Dans les angles du petit salon, des guéridons supportant divers bibelots en porcelaine. Aux murs, des épées entrecroisées, des boucliers, des gravures, un immense portrait de Buvenir en pied. Des blasons de guildes. L’assassine chercha en vain celui des Villains. Devant elle, une longue table basse, garnie d’un service en étain. Trois tasses vides, une louche et une jatte contenant un liquide crémeux et blanchâtre.
De l’autre côté de la table, sur des sièges dont Zcyn ne manqua pas de remarquer qu’ils étaient légèrement surélevés par rapport à sa propre banquette, deux officiels du Conseil des guildes. Elle reconnut l’austère Bougon, qui lui avait fait passer son Cinquième rang. Le Conseiller quant à lui conservait un visage sévère, impossible de savoir s’il l’avait remise. Soudain il se leva et s’empara de la louche d’étain.

« Un lait caillé ? » lança-t-il en tendant à la jeune fille la tasse qu’il venait de remplir.

« Voyez-vous » poursuivit-il d’un air affable, « comme vous l’ont peut-être expliqué vos chefs de guilde, à la différence d’une session officielle il ne s’agira pas aujourd’hui de passer au crible vos capacités, d’essayer de vous prendre en défaut. Au contraire. Vous pouvez d’ores et déjà considérer ce Sixième rang comme pratiquement acquis… »

D’un geste de la main, Karcinaum interrompit Bougon. Ce dernier inclina la tête vers l’Intendant du conseil, son supérieur, puis reprit son discours.

« Bien entendu, nous allons quand même vous faire combattre un peu, discuter tactique, armement et monstres. Quand nous faisons venir un candidat que nous jugeons émérite, nous ne nous privons pas du plaisir de le voir à l’œuvre, en situation. Pas juste pour le regarder boire du lait caillé. »

Zcyn acquiesça intérieurement. Le lait caillé, elle n’avait essayé jusque-là, elle venait d’en boire une gorgée, et vraiment elle n’aimait pas. Amer, tiédasse, gluant. Sa panthère Luerphédon au contraire semblait fort intéressée et l’assassine avait toutes les peines du monde à la faire tenir tranquille.

« - Je suis à votre disposition, Conseiller Bougon. » répondit l’assassine poliment. « C’est un plaisir aussi pour moi. Je reconnais ce portrait, c’est Buvenir, il est venu avec nous au donjon Porte-Espoir. Sinon, le vieux monsieur à côté de vous, c’est l’assistant ? Ils étaient plus jeunes, les deux de la dernière fois. »

Le visage de Bougon prit instantanément l’expression de sévérité que Zcyn lui connaissait. Que tous ceux qui avaient passé un examen lui connaissaient, en fait.

« Assassine de Cinquième rang ! Maître Karcinaum ici présent n’est certes pas un assistant, c’est un membre de plein droit du Conseil des guildes, et pas n’importe lequel puisqu’il s’agit de notre Intendant. En charge du commerce, de l’artisanat, des transports, des opérations militaires, des relations avec les guildes, des lois, et j’en passe. Ses responsabilités sont immenses ! »

Dans le huis-clos du Conseil des guildes, Bougon et Karcinaum avaient souvent des points de vue opposés, l’un se voulant le héraut de l’équité et de l’intérêt général, l’autre prêt à tous les accommodements du moment que cela n’allait pas à l’encontre de son intérêt particulier. D’un accord tacite, ils s’évitaient autant que possible, et il était rarissime que l’Intendant, comme aujourd’hui, s’invite à un passage de Rang, que Bougon considérait comme son pré carré. Mais naturellement face à Zcyn, personne extérieure au Conseil, rien de leurs divergences ne devait transparaître.

L’Intendant pour sa part n’avait encore pas prononcé un mot. Ramassé sur son siège, ouvrant un œil de temps à autre, il semblait sommeiller. En fait il examinait la candidate, son apparence, son timbre de voix. Et il était perplexe. Un habit de pureté qui ne protégeait guère plus qu’une robe de chambre. Un familier à peine plus redoutable qu’un jouet en peluche. Des épées qui n’étaient même pas éthérées. Et c’était pour voir ça qu’il était en train de perdre son après-midi ? C’était ça qui terrorisait son associé des mauvais coups, Kévin Oussetonne le Roxxor ? Incompréhensible. Poursuivant l’examen, son regard monta un peu plus haut.

Sa main agrippa le bras de son collègue.

« Bougon ! Son collier à lak, regarde ! La façon dont la lanière est nouée… »

« Bon sang, comment ai-je pu ne pas le remarquer ? » réagit Bougon fébrilement. « Jeune fille, votre collier est fort ancien, n’est-ce-pas ? Nous feriez-vous la grâce de nous permettre d’y jeter un œil ? Le nœud double et inversé nous fait penser que… »

Zcyn n’y vit pas d’inconvénient et tendit l’objet. D’une main avide, Karcinaum s’en empara et extirpa la pierre afin de pouvoir examiner l’intérieur du réceptacle.

« Coule le sang…. Regarde Bougon, c’est gravé en tout petit sur le pourtour intérieur. Coule le sang, roulent les têtes. C’est ça, c’en est un, il n’y a pas de doute.»

Combien est-ce qu’un collectionneur m’en donnerait, se demandait l’Intendant. Bougon pour sa part examinait la lanière. Sa stupéfaction était visible, et les explications qu’il donna à la Villaine furent un peu décousues.

« Coule le sang, roulent les têtes. On pensait qu’il n’en restait plus. Très peu ont été gravés, une vingtaine à peine. Pour les meilleurs mages et guerriers d’Horizon. Par l’artisan de pierre d'âme Genouron, le grand-père de Genaron. Il était sacrément réputé, vous savez !
J’étais un gamin, à l’époque. Horizon a perdu. Tout le métal des armements a été fondu. Dans la fournaise de lave au centre de Katan. La bataille du Portail oublié. Le Musée de Rondo a des gravures saisissantes sur cette bataille, allez les voir.
On dit que les vaincus étaient encore dans les armures, et qu’on en a plongé dans la lave qui n’étaient pas tout-à-fait morts. C’est sûrement très exagé…. »

Karcinaum le coupa.

« Assassine, sachez que mes marchands… je veux dire, on trouve chez les marchands de colliers de Rondo des modèles en jade ou en nacre qui contiennent beaucoup plus de lak, je pourrais vous faire avoir une belle réduction si… »

Zcyn haussa les épaules.

« - L’échanger ? Pourquoi donc, gardez-le, je vous le donne. Je reprendrai celui que j’avais avant, pour moi c’est pareil. »

Les deux Conseillers la regardaient fixement bouche bée, attendant la suite. Quelle inconsciente, se disait l’un, elle ne se rend pas compte, et je ne peux rien faire pour l’aider. Quel profit je vais faire, se disait l’autre, ça va se compter en lingots. Cette pauvre fille est bête comme une oie.

Bizarrement, ils avaient un peu l’expression de Luerphédon quand elle voyait qu’on allait lui lancer un morceau de poulet.

« - Oui, je vous le donne. Il a l’air d’être important pour vous, de représenter beaucoup, et c’est ça qui fait la valeur d’un objet, ça ne se compte pas en roupies. Bon, là je ne trouve pas bien les mots, ça sonnait mieux quand c’est Fargdun qui m’expliquait… »

Karcinaum resta sonné en entendant prononcer le nom de l’ancienne marchande de fleurs qui, d’une gifle, avait jadis changé le cours de sa vie. Bougon quant à lui se sentit délivré d’un poids.

« Vous voulez dire, jeune fille, que vous faites don de ce collier en tant que vestige historique, et à la condition qu’il ne fasse l’objet d’aucune transaction marchande. Nous le confierons donc au musée de Rondo. et nous saluons votre âme généreuse.»

Zcyn acquiesça.

« Karcinaum » continua Bougon « cette Villaine de Cinquième rang a bataillé à Porte-Espoir aux côtés de Buvenir, et maintenant elle nous apporte cette pièce magnifique qui va intéresser tous les érudits de Rondo et au-delà. Je suis d’avis de lui décerner son Sixième rang sur le champ, en êtes-vous d’accord ? »

Ledit Karcinaum fit un geste qui signifiait à la fois qu’il n’était pas d’accord du tout, et qu’il avait besoin d’un peu de temps pour reprendre ses esprits.
Cette assassine commençait à lui taper sur les nerfs. Elle osait se présenter devant eux, deux des plus hauts dignitaires du Conseil, en armure de fantaisie, avec un familier de pacotille tout juste bon à garder une cour de ferme. Elle lui faisait miroiter un bénéfice considérable, perspective qui s’évanouissait aussitôt. Et voilà qu’elle était amie avec Fargdun, que si ça se trouve elle vivait chez elle, qu’on ne pourrait donc pas l’espionner.
Alors non, décidément non, pas question de la laisser partir sans la voir au combat. C’était même précisément pour ça qu’il avait fait organiser cette session particulière. Elle devait bien avoir quelque-chose, pour que chez les Roxxors on la craigne autant. Une virtuosité dans le maniement des lames peut-être, ou une capacité à rester sous Cape très longtemps.

« Assassine » enchaîna Bougon, « notre Intendant désire vous voir combattre, et ma foi j’en serai ravi également. Suivez-nous, nous avons un portail privé, nous allons à l’Ile des Apprentis. »

« Nous commençons ici » expliqua le Conseiller » puis nous irons dans des zones plus difficiles et nous invoquerons davantage de créatures. Le but est de remporter un maximum de combats. Il y en a cent de préparés, et en général les gens perdent entre le vingtième et le trentième. Pour que ça aille plus vite, les règles sont un peu spéciales : au premier monstre tué le combat est considéré comme gagné. Inversement, à la moindre blessure vous avez perdu. Compris ? Allons-y »

Zcyn avait à peine entendu. L’ile des apprentis ! Le petit bois parsemé de fleurs. Des novices qui couraient dans tous les sens pour les cueillir. Le ciel bleu, lumineux. La température agréable. La plage qu’on ne voyait pas mais qu’on devinait au loin sur la gauche. Le clapotis des vaguelettes.

Bougon invoqua un louveteau et une panthère.

Comme ils étaient petits et mignons ! La truffe rose, la démarche hésitante, le pelage doux et soyeux, du duvet sur les oreilles. Ah, si Luerphédon et Sabaka, ses propres familiers, avaient pu rester aussi adorables. C’étaient des adultes maintenant, pensa-t-elle avec un soupir, des bêtes au cuir épais et rugueux. Zcyn se remémora, attendrie, sa joie quand l’incantation d’apprivoisement avait enfin réussi et que sa panthère avait accouru vers elle. Son premier familier. C’était dans le même petit bois, là, près de cet arbre qu’elle apercevait, avec sa branche basse et ses frondai…

Aie !

Le louveteau n’avait pas tous ces états d’âme, il faisait ses débuts de monstre. De son adorable petite démarche il s’était approché, et de ses adorables petites quenottes pointues il avait mordu. Là où il pouvait, au niveau de la cheville. Une goutte de sang perla. Les deux Conseillers se tournèrent l’un vers l’autre, sidérés.

« Mademoiselle… » finit par annoncer Bougon « comment dire… le combat est perdu »

« Et la session est terminée. » enchaîna Karcinaum. « La comédie a assez duré, on rentre. Enfin, a-t-on jamais vu ça, perdre le premier combat ! C’est se moquer du monde ! Adieu, assassine de Cinquième rang.»


Zcyn était confuse. Elle ouvrit la bouche pour s’excuser, mais les Conseillers ne la regardaient pas, ils discutaient entre eux à voix basse. Puis Bougon la fixa posément.

« Villaine, il vous reste une chance, infime, de vous rattraper sur la partie théorique. La procédure nous oblige à vous la proposer. Mais il y a cent questions, et vous devrez donner cent bonnes réponses. Souhaitez-vous renoncer ? L’Intendant Karcinaum a un emploi du temps chargé. »

« - Oui, enfin non » répondit instantanément l’assassine « je veux passer l’épreuve des questions. J’étais distraite. L’émotion de revenir dans ce lieu. Cela faisait longtemps et… »

« Dans ce cas » l’interrompit Bougon, « suivez-nous jusqu’au portail du village, nous retournons à
Rondo. »

Tous trois se retrouvèrent dans les locaux du Conseil à Rondo. Pas le salon du lait caillé, mais une petite bibliothèque attenante. Karcinaum prit sur une étagère un gros livre dont la couverture de cuir vert portait comme seul titre un gros point d’interrogation. Bougon tendit le bras vers l’ouvrage voisin, identique mais dont la couverture s’ornait d’un point d’exclamation. Puis il fit signe à Zcyn de se placer à quelques mètres de distance.

« Vous pouvez vous asseoir si vous le désirez. L’Intendant va énoncer la première question, et je vérifierai votre réponse sur mon livre à la page correspondante. »

Karcinaum ouvrit son volume, maugréa in petto que les questions étaient bien trop faciles.

« Les apprentis aventuriers font leur apprentissage sur une île qui s’appelle l’île des… »

« - Apprentis ! » répondit la candidate.

C’était tout simple pensa-t-elle. Pourquoi ces deux-là faisaient-ils tant d’histoires, ça allait juste être un peu long.

Les questions cependant suivaient une progression, à l’instar des combats. Elles ne tardèrent pas à devenir plus ardues.

« Un yéti adulte de l’entrée des montagnes de cristal a une taille moyenne de… »

Zcyn voyait très bien à quoi ressemblait un yéti adulte, elle en avait côtoyé assez, du temps où les Villains possédaient un donjon dans les montagnes. Mais de là à évaluer précisément leur taille…

(( Sept pieds. Six pieds à l’encolure ))


Encore cette voix dans ma tête se dit la jeune fille. Ses sentiments étaient partagés. Elle était ennuyée que cela se produise à nouveau. Le phénomène, envahissant et déplaisant, ne s’était plus manifesté depuis longtemps, elle s’en était crue débarrassée. D’un autre côté, la réponse semblait coller. Elle décida de la répéter textuellement.

« Correct ! » confirma Bougon. Karcinaum fit une grimace et tourna la page, passant à la question suivante.

« Le héros Hector, guerrier légendaire admiré de tous, était affligé d’un léger handicap physique. Il… »

« - Il bégayait ! »

« Réponse correcte, bravo » confirma Bougon avec un hochement de tête admiratif. Peu de gens connaissaient ce détail, que la plupart des archives officielles cachaient pudiquement.

Les questions continuèrent à se succéder. Les deux Conseillers n’en revenaient pas. Une telle érudition était chose rare chez une candidate. Karcinaum, de plus en plus irrité de voir la session s’éterniser, tapotait nerveusement de ses doigts la reliure de son livre. A l’inverse, Bougon se réjouissait intérieurement, pas mécontent de voir son collègue et supérieur perdre ainsi patience.

« Combien d’années vivent les kobolds des marais au Nord-Ouest de Katan ? »

(( Treize ))


« - Treize » répéta la jeune fille docilement.

« Quarante-trois mille » rectifia Bougon.

Karcinaum eut un sourire mauvais. Il leva les yeux de son livre.

« Elle s’est trompée ! Elle s’est trompée ! La réponse est erronée, assassine. Un kobold des marais, ça vit quarante-trois mille ans, assassine. »
Il trépignait. On l’aurait cru prêt à se rouler par terre.
« Quarante-trois mille ans, vous entendez ? Retournez chez les Villains, nous allons immédiatement les informer par voie télépathique de votre échec. Puis nous allons confirmer par courrier officiel porté par messager. Vous pourrez vous inscrire à la session collective, dans quelques semaines, dans la masse des candidats. »

« Un instant » intervint Bougon. « J’avais tourné deux pages à la fois. La bonne réponse est bien treize. »

« - C’est vrai que quarante-trois mille ans ça faisait beaucoup, quand on y pense, surtout pour un kobold des marais. « ajouta Zcyn d’un air candide.

Karcinaum lança un regard furieux à son collègue, qu’il soupçonnait d’avoir fait exprès de se tromper de page. Cela se règlerait en privé, hors la vue de cette horripilante, exaspérante Villaine qui vous tapait sur les nerfs.
Voilà, ça devait être ça, se dit-il en repensant à Kévin Oussetonne, le chef de la guilde des RoxxorsDuPoney, dont la voix s’était mise à trembler quand il avait parlé de Zcyn. Sa maîtresse probablement, qu’il avait répudiée après qu’elle lui ait tapé une fois de trop sur ses nerfs à lui, et dont il craignait maintenant les révélations d’ordre intime. L’Intendant se satisfit de cette hypothèse. Pas la peine donc que cette séance ridicule se prolonge davantage.

« Bougon ! On passe directement à la centième question ! Je prends ça sur moi.»

Le ton était péremptoire, et ledit Bougon n’avait pas envie de pousser à bout son supérieur en évoquant de quelconques points de règlement. Il s’inclina, et ouvrit son livre à la dernière page, cependant que Karcinaum lisait à voix haute.

« Qu’est-ce qui est plus beau que le visage de la Déesse, plus fourbe que la langue torve d’un démon, mangé par les morts, et tue les… »

« - Rien ! » lança Zcyn à l’instinct, sans attendre la fin de l’énoncé.

(( Euh… rien, en effet. ))



Karcinaum fronça les sourcils.

« La réponse est bonne, je suppose ? »

Bougon ne put contenir un large sourire

« Oui ! C’est cela, c’est exactement cela. La page est blanche. Regardez, Intendant : blanche ! »

« C’est bon, je vois, je vois. » grommela Karcinaum « J’ai à faire, je retourne dans ma tour. Tu t’occupes des paperasses, c’est tes attributions. »

La porte de la bibliothèque se referma avec un claquement sec, Bougon et Zcyn restèrent seuls.

« L’attestation sera portée par messager à votre guilde. Félicitations, assassine de Sixième rang ! Et maintenant, n’en prenez pas offense, je vais me permettre quelque-chose qui est tout-à- fait hors protocole… »

Le vieux Conseiller s’approcha, saisit la Villaine par les épaules et lui claqua la bise sur les deux joues. Quelle session ça avait été ! Les occasions de s’amuser autant n’étaient pas si fréquentes au Conseil des guildes, et encore moins aux dépens du redouté Intendant Karcinaum.

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Re: [RP] Zcyn

Messagepar Sairen » Ven 7 Nov 2014 15:43

Très drôle cet examen :_3:

Continue comme ça, c'est toujours un plaisir de te lire
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Re: [RP] Zcyn

Messagepar zcyn » Mar 25 Nov 2014 19:12

Zcyn LVI

Gear



« - Et une voix dans ma tête me soufflait les bonnes réponses… »

Revenue à Palmir, le donjon de Guilde, Zcyn relatait par le menu l’examen de Sixième rang, dont le déroulement avait pris un tour chaotique mais dont elle pouvait considérer, après tout, s’être bien tirée. L’assassine pensait faire juste un passage rapide pour signer le registre. Mais voilà, DarkMatter l’élémentaliste, Conseiller de Guilde chargé des relations diplomatiques et des archives, ne le retrouvait plus, ce fichu registre. Classement, rangement, ordre et méthode, ce n’était pas son fort. Dans la bibliothèque de guilde, les livres, parchemins, grimoires et papiers divers s’amoncelaient en tas épars et poussiéreux, souvent à même le sol, plus rarement sur des étagères. Et pendant que DarkMatter cherchait, cherchait, et cherchait encore, Zcyn, par politesse et pour ne pas donner l’impression de s’impatienter, racontait, racontait, et racontait encore.

« - Alors oui, j’ai perdu le premier combat. Mais quelle idée aussi d’invoquer des petits animaux tout mignons ? Je n’ai plus l’habitude moi, c’est comme me faire combattre un lapin à butin, ou une petite souris… »

De sa main, DarkMatter se frappa le front. La petite souris ! Il s’éloigna vers une armoire branlante et en revint bientôt, porteur du fameux Registre.

« Tu signes là ! » indiqua-t-il à l’assassine tout en lui tendant une plume d’oie et un encrier.

Le Conseiller de guilde avait retrouvé bonhomie et sérénité. C’est maintenant Zcyn qui se retrouvait fort affairée à essayer de se dépatouiller. Encrier, plume, ce n’était pas ce qu’elle manipulait le mieux. Elle parvint à tracer quelques lettres. Avec un peu d’indulgence on pouvait reconnaître son nom.

« C’est parfait, Zcyn, merci. ». Darkmatter appliqua un peu de sciure de bois sur la page pour absorber le surplus d’encre, puis souffla.

« Vois-tu », reprit l’élémentaliste, « cette voix que tu dis entendre est certainement liée à ces quinze ou vingt années dont tu n’as aucun souvenir conscient. Soit à ta vie d’avant, soit au traumatisme qui t’a rendue amnésique. Peut-être ta mémoire enfouie qui cherche à se manifester.»

Pas le moindre souvenir, même pas des rêves. D’ailleurs je dors à peine se disait l’assassine soudain pensive et triste. Puis elle s’écria, mécontente :

« - Comment ça vingt ans ? Mais enfin DarkMatter ça n’a pas de sens, quel âge me ferait ? Je ne peux pas être si… Quinze ans, oui d’accord. Je vais demander à MissPiggy, elle se rend mieux compte de ce genre de… Allez DarkMatter, je file.»

Mais le Responsable des Archives la retint.

« Zcyn un instant. Le Sixième rang, c’est là que ça devient sérieux. Tes combats quotidiens, ce sera la Cascade, la rivière, El Kassia. Des endroits où les monstres ne font pas de cadeau. Bien loin, effectivement, des animaux tout mignons de l’Ile des Apprentis. Aujourd’hui tu es nouvelle promue de Sixième rang, mais une fois un peu aguerrie tu vas être envoyée en patrouille au donjon Porte-Espoir.»

« - En patrouille ? » répéta la Villaine.

« Porte-Espoir » reprit DarkMatter, n’est pas un donjon comme les autres. C’est par là que la Sorcière cherche à reprendre pied dans notre monde. Souviens-toi que Buvenir était tellement préoccupé qu’il a voulu se rendre compte par lui-même. Tu le sais, tu faisais partie de l’expédition, même si tu es restée à l’extérieur»

« - J’ai juste eu le droit de jouer à la marelle »


« Tu n’étais que Cinquième rang. Même nous, on a eu du mal, et pourtant on était la fine fleur des trois races, ce qui se fait de mieux en matière de combattants. On est tombé sur des choses abominables, malsaines. La magie transdimensionnelle, quand ce n’est pas au point ça ramène n’importe quoi. Ils n’étaient plus très loin d’aboutir, il s’en fallait de quelque mois, de quelques semaines.
Bref on a tout nettoyé, on a détruit tout ce qui nous a attaqué. J’ai ramené et brûlé quantité de livres de magie, dont des copies partielles du Grimoire Noir, le cahier personnel de la Sorcière, disparu avec elle.
Maintenant il s’agit de vérifier très régulièrement que tout reste normal là-bas, avec des moines inoffensifs, de braves monstres débonnaires, et une Sorcière confinée dans son monde.
La Patrouille, c’est ça. On envoie les Sixième rang expérimentés se promener à Porte-Espoir, fureter partout, visiter toutes les salles, les coins, les recoins. Poser quelques questions, occire le cas échéant un moine ou deux.
Un jour, ce sera ton tour. Et sais-tu, le rang ne fait pas tout. L’équipement, ça se travaille aussi. »


Zcyn sortit de Palmir quelque-peu irritée. Qu’est-ce qu’ils avaient tous, à critiquer son équipement ? SirWatson, Buvenir, Karcinaum, et maintenant DarkMatter, pas un qui n’y était pas allé de sa petite remarque acerbe, de son petit sourire condescendant. Même les jardiniers s’y mettaient. Et alors quoi, ils s’imaginaient que tout était gratuit, qu’il suffisait de tuer un ping lumineux pour looter un ravissant ensemble Porte-Espoir ?

Chevauchant parmi les cerisiers en fleurs, l’assassine arriva à Rondo et entra dans la première boutique venue.

« Bonjour, chère mademoiselle. Vous cherchez un habit Démoniaque ? ou Infernal ? Je les fais venir directement du Village caché. Je crois que j’ai aussi quelque-part une Cotte de maille liée. »

Zcyn soupira. La liste des gens pénibles s’allongeait encore.

« - Mais non, pas du Troisième rang » répliqua-t-elle, « C’est du Sixième rang qu’il me faut, je vais bientôt à Porte-Espoir. »

« Habit d’Hélios, alors. Je vais vous en chercher un. Attention en l’enfilant, c’est quand même une tenue à quinze millions. »

Zcyn prit l’armure que le marchand lui tendait, et revint au bout de quelques instants.

« - Il manque le bas, non ? »

« Absolument pas » répliqua le boutiquier. « Les jambes sont volontairement laissées très libres, cela permet de courir plus vite. »

L’asurane sortit au dehors pour quelques pas dans les allées. Elle fit un peu la course avec sa panthère. Quinze millions à la limite ça pouvait aller, mais il ne lui resterait plus rien pour l’amélioration et l’enchantement.

« - Je vais réfléchir, je repasserai. »

« - Je m’y suis mal prise » réalisa Zcyn. « Il faut que je change tout, en fait, pas seulement l’armure. J’ai besoin de conseils. »

Un expert en équipement ? Elle savait exactement à qui s’adresser. Demi-tour. Cerisiers en fleurs. Palmir. Portail. Escalier. Couloir. Poignée de porte.

« - Bonjour, SirWatson ! Alors voilà…»

Zcyn avait le don d’agacer prodigieusement SirWatson le gladiateur. Même par sa seule présence. Même quand elle ne disait rien. Et là, elle parlait, elle parlait, elle ne s’arrêtait plus. Et tout était motif d’agacement. Sixième rang, maintenant ? Pareil que lui ? Incompréhensible, inconcevable. Elle voulait un équipement adapté pour El-Kassia et Porte-Espoir, mais léger à porter, facile à entretenir, et pas cher ? Contradictoire, absurde.

Cependant il était capitaine de guerre, bras droit du chef de Guilde, Adepte de duels, de sièges, de toutes sortes de combat. Expert reconnu en armement. En charge aussi d’aider les jeunes recrues.
Alors il prit sur lui. Il écouta. Il réfléchit.

« Bon déjà, panthère, loup, tu oublies. Tu as un Djinn, tu t’en sers. Deuxième point, tes emplacements de ceinture. Tu vas mettre quatre… »

« - Comment ça quatre ? » réagit l’assassine. « En ceinture, j’ai déjà un loup, je n’ai plus de place. »

SirWatson se prit la tête dans les mains.

« Ah oui, quand même. On part de très très bas là, hein. Matière éthérée, mélangeur d’âme, ça te parle ? Toi comprendre moi ? »

Zcyn resta silencieuse, mais sa moue dubitative était suffisamment éloquente.

« Ecoute, je vais te faire une liste. Tu cherches même pas à comprendre, tu la montres aux marchands et ils te donnent l’équipement et tu leur donnes des roupies. C’est assez simple pour ta petite tête? Alors, ceinture à quatre emplacements. Tu pourras toujours en rajouter plus tard. Quatre hommes-faucons, améliorés si possible. C’est une bonne base. Comme armure, Protecteur des glaces. C’est une armure à assembler soi-même. Pas chère du tout. Demande au marchand de l’assembler pour toi. En bijouterie, Essence de vie, je pense que ce ne sera pas du luxe. Tes épées, tu peux les garder encore un peu. Un jour Il faudra passer à l’éthéré, mais déjà il faudrait que tu saches ce que c’est, et je n’ai pas la semaine devant moi pour te faire comprendre. Tiens, voilà la liste. Tu as de quoi, question roupies ?»

Zcyn prit le papier que le gladiateur lui tendait.

« - Aucun problème SirWatson, depuis le temps que je parcours le monde, j'en ai amassé, des roupies. Presque seize millions. »

Un profond découragement s’abattit sur le gladiateur. Pourquoi s’était-il donné autant de mal? Rédiger cette belle liste d’équipement, pour une assassine de Sixième rang aussi pauvre qu’un apprenti débarquant à Horizon…

« Hors de ma vue ! » hurla-t-il « Fiche-moi le camp ! »


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Re: [RP] Zcyn

Messagepar Sairen » Sam 20 Déc 2014 04:10

Les choses sérieuses commencent, hâte de voir ce que cela donnera lorsqu'on arrivera à Porte-Espoir :_12:

C'est toujours un plaisir de te lire, vraiment, continue comme ça :_7:
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Re: [RP] Zcyn

Messagepar zcyn » Lun 22 Déc 2014 15:38

Zcyn LVII

Le nerf de la guerre



Retour du marché aux puces, Zcyn descendait lentement les escaliers monumentaux de Laksy. Comme souvent, la vue par-delà la ville volante n’offrait au regard qu’une épaisse couche de nuages, et un soleil étincelant. Ce n’était pas la contemplation du panorama qui absorbait la jeune fille, cependant. Elle repensait à sa discussion de la veille avec Fargdun. Autrefois marchande de fleurs, aujourd’hui retirée mais encore très au courant des prix, du commerce. Une vieille dame au mauvais caractère et au grand cœur, et chez qui Zcyn l’orpheline vivait. Cette discussion avait été fort animée, presque une dispute en fait.

« Ecoute Zcyn, ta liste d’équipement c’est bien joli, tes quinze millions de roupies c’est bien joli aussi, mais les deux ça ne va simplement pas ensemble ! Je ne peux rien pour toi. » avait assené Fargdun d’un ton péremptoire.

« - Mais c’est mon butin de plusieurs mois, et dans des zones difficiles » avait tenté d’objecter l’assassine « C’est quand-même une somme, fais un effort. En marchandant, en négociant, tu devrais bien réussir à… »

« Tu vois cette cabane ? Ce sol en terre battue ? Cette table boîteuse ? Tu as l’impression que c’est un palais ? Une maison cossue des quartiers huppés de Rondo ? Non ? Hé bien vois-tu, cette masure c’est tout ce que je peux habiter après toute une vie de travail, à ramasser des fleurs et des herbes et à les vendre dans ma petite boutique. Et toi c’est pareil. T’as pas assez, t’as pas assez. Je ne discute pas la liste que t’a faite ton capitaine de Guilde ou je ne sais qui, je veux bien croire qu’il a calculé au plus juste, mais il n’y a pas de négociation ou de marchandage qui tienne, on ne fait pas passer Takin par le chas d’une aiguille, même en mettant beaucoup d’huile. Va voir du côté de l’Hôtel des ventes ou au marché aux puces, si tu veux te rendre compte par toi-même ! »

L’assassine était allé voir. Et elle s’était rendu compte.

Cela en était déprimant. A quoi bon s’échiner à amasser cet inutile butin? On ne pouvait rien acheter avec.

« Je pourrais aussi bien rentrer dans la première taverne venue » se disait-elle, « et tout dépenser en tournées générales. » Mais Laksy n’était pas Horizon, il n’y avait pas de tavernes ici. Tout était blanc, tout était pur, tout était brillant. C’était irritant. C’était Déva. Elle avait envie de casser quelque-chose.

Fargdun avait bien suggéré une solution, mais cela posait un problème de conscience à Zcyn. L’Oscar, ce n’était pas rien. Il célébrait les mérites et la mémoire d’un guerrier fidèle sa vie durant à ses idéaux et à son serment, et disparu dans un combat épique. C’était une part de cette légende dont elle se retrouvait dépositaire à présent, de par cette statuette d’or et d’argent. Alors, s’en séparer? Renoncer à l’exigence d’exemplarité qui sied à une héroïne, renier en quelque-sorte Oscar le paladin, ne plus s’inscrire dans ses pas ? Tout ça pour de simples, de vulgaires roupies. En quantité considérable certes.

Ses pas l’avaient amenée à portée de vue du Portail. Elle entendit une voix familière.

« Kazanov ! » se réjouit-elle.
L’aide de camp de la guilde SertLeThé était la personne idéale pour l’aider à trancher. Avare en paroles, fidèle en amitié. Combattant fort acceptable, pas au niveau d’un Hésac ou d’un Fragil mais aussi bon qu’un SirWatson. Ayant accompagné Oscar à sa dernière bataille. Assassin de surcroît, ce qui ne gâtait rien.

Zcyn le voyait de dos, tout proche du portail. Il parlait mais ne bougeait pas.

« Fichu soleil » se dit-elle « je vois juste sa silhouette à contre-jour. Sa taille fine, ses épaules bien découpées mises en valeur par l’absence d’armure et de chemis…
Euh, comment ça, l’absence d’armure ? Et puis, qu’est-ce qu’il raconte ? On dirait qu’il récite une prière.»

Elle accourut, se planta devant Kazanov. Aucune réaction, les yeux de l’asuran ne cillèrent même pas. Et effectivement il ne portait ni armure ni vêtement de ville, juste un pantalon de paysan.

« Achetez des roupies. Les roupies les moins chères du marché. Rabais important à partir d’un million de roupies achetées. Achetez des roupies. Les roupies les moins chères du marché... »

Zcyn ne comprenait rien. Acheter de l’argent ? Mais c’était tout le contraire, c’est l’argent qui servait à acheter des choses.

« Qu’est-ce qui lui arrive ? » s’inquiéta Zcyn. « Il est tout bizarre. Je lui mets quelques baffes ? »

Elle héla une patrouille de gardes. Ils ne parurent pas surpris.

« Et allez, encore un ! » s’exclama le chef. « On s’en occupe. »
« C’est Kazanov » ajouta un des soldats « vraiment pas de chance que ça tombe sur lui ».
« Je trouve ça très bien, au contraire » rétorqua le troisième soldat. « Les Kazanovs, c’est une famillle maudite. Le fils paie pour les crimes du père, louée soit la Déesse. »

« - Qu’est-ce qu’il a? Qu’est-ce que vous allez lui faire? » demanda la Villaine.

« On peut pas faire grand-chose » répondit le chef. « Il est parasité. On l’emmène, on va le garder un peu en cellule, mais il finira par revenir ici. Ils reviennent tous, tant qu’ils peuvent marcher. Ce n’est plus votre problème, asurane. Ne troublez pas l’ordre public avec vos questions. Le portail est juste là, je suis sûr que vous avez des choses à faire à Katan. »

Zcyn traversa le portail, mais pas en direction de Katan. Elle s’en fut à Palmir, le donjon de Guilde. Courant à toutes jambes dans les salles et les couloirs, elle franchit en trombe la porte d’Hesac, le chef de Guilde. Avec force gestes, et tout en reprenant son souffle, elle raconta la scène.

« - Kazanov ! Les gardes l’ont emmené. M’a pas reconnue. Parasité, les gardes ont dit. Seulement un pantalon. A Laksy, il y a quelques minutes. Direct du portail. Et il ne bougeait pas. Tout bizarre. »

Abasourdi, le sorcier s’effondra sur un siège, la tête entre les mains.

« Parasité…. pourquoi, pourquoi lui ? Kazanov…
Va-t-en Zcyn, laisse-moi seul. »

Interloquée, l’assassine s’en alla trouver un autre hiérarque de la Guilde, DarkMatter l’élémentaliste et le trouva endormi, la tête sur un livre grand ouvert. La jeune fille se racla la gorge plusieurs fois, le plus bruyamment possible. Le Conseiller de Guilde finit par se réveiller.

« Tu as bien fait. Un rêve farfelu. Les Paragon Nightmare faisaient la fête parce-qu'ils avaient été les premiers à vaincre Mar'Gok, un boss de donjon. Et les RoxxorsDuPoney l'avaient vaincu aussi, mais seulement le lendemain, ce qui rendait leur chef furieux. On a pourtant agi avec beaucoup de méthode, répétait-il. C'est idiot les rêves, on n'a aucun boss qui s'appelle comme ça.
Kazanov, dis-tu. Vois-tu Zcyn, parasité, c’est juste un mot. Le phénomène lui-même, on le constate, on le décrit mais on ne sait pas l’expliquer ni s’en prémunir. Cela frappe au hasard. Et c’est irréversible, du moins on n’a jamais vu quiconque s’en remettre. Le brave garçon que nous avons connu n’est plus. Son âme a été, ma foi, que dire… parasitée. A Laksy tu n’as vu qu’une enveloppe charnelle, qui va errer dans les rues, et périr d’ici quelques jours, de faim, de soif et d’épuisement. »

« - Mais c’est horrible » s’épouvanta l’assassine « Et en utilisant un parchemin ? »

« A quoi bon, ça ranime mais ça ne guérit pas. Certaines familles, paraît-il, cachent au fond d’une cave un enfant, un cousin, un époux qu’ils ne se résolvent pas à laisser mourir. Lui faisant ingurgiter des potions. Le ressuscitant au fur et à mesure, de plus en plus souvent, toutes les semaines puis tous les jours. Le gardant enchaîné pour qu’il ne puisse pas sortir. Là oui, c’est horrible.
Plus personne n’y peut rien, il va falloir s’habituer à parler de Kazanov au passé. C’est un assassin de haut niveau que le monde perd avec lui. Non pas que les assassins soient d’une bien grande utilité, évidemment.
Je te laisse, Zcyn, je vais voir notre chef, peut-être veut-il organiser une sorte d’hommage.»


La Villaine sortit de Palmir. Sa décision était prise, elle demanderait à Fargdun de vendre le trophée de vermeil.

« Kazanov disparu pour ainsi dire, le monde manque d’assassins de haut niveau ? Hé bien, on va voir ce qu’on peut faire. Je ne suis pas de haut niveau mais je suis assassine, c’est un bon début.
Et puis je suis vivante, ça aide. »

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Re: [RP] Zcyn

Messagepar zcyn » Mar 6 Jan 2015 17:39

Zcyn LVIII

La légende inachevée




Le souper se terminait et Zcyn n’avait pas prononcé un mot.

« C’est l’absence des Rudolphs qui t’attriste ? » demanda Fargdun. » Ils font un peu ce qu’ils veulent, tu sais. Certaines années ils ont un tantinet de retard. Bien sûr s’ils ne venaient pas du tout, beaucoup y verraient un mauvais présage pour l’année à venir. »

La tradition voulait que les Rudolphs soient des messagers de la Déesse, et comme tels ils étaient considérés comme sacrés. Jamais personne n’aurait eu l’idée de s’en prendre à ces cervidés paisibles qui broutaient aux alentours des villes et, quand l’hiver leur rougissait le mufle, s’invitaient une fois l’an dans les rues.

« - Oui les Rudolphs bien sûr » répondit l’assassine « mais c’est surtout cette chose horrible qui arrive à… Je n’ose même plus aller à Laksy, j’ai toujours peur de tomber sur... »

« Sur Kazanov ? » suggéra Fargdun. « Alors va sans crainte. J’y étais ce matin. Pour ta liste d’équipement, et ton Oscar. Marché aux puces, Hôtel des ventes, j’ai fait mon petit tour. Je pense que ça se présente pas trop mal. Mais il faut laisser passer du temps, ne pas brusquer les choses. Sinon j’aurai de mauvais prix. Bref, j'étais là-bas à marcher dans l’allée où il y a les boutiques. Et trois hommes surgissent du Portail. Bougon, du Conseil des Guildes. Celui-là je l’ai facilement reconnu. Tu sais qu’il était pas mal, dans sa jeunesse ? Trop sérieux, peut-être.
Où en étais-je, oui alors le deuxième gars, beaucoup plus jeune, un Sorcier de ta Guilde des Villains. »

« - Hésac, notre chef » glissa Zcyn.

« C’est bien possible. Et le troisième, un Shaman, chef de guilde aussi à en juger par son pourpoint. »

« - PepsiDreamer, à tous les coups. Le chef des SertLeThé. » ajouta Zcyn comme pour elle-même.

« Si tu le dis » reprit la vieille Fargdun. « Kazanov était là près du portail, tout faible et amaigri, à psalmodier ces sornettes que débitent les parasités. Les deux jeunots se sont mis de chaque côté du pauvre gars. Ils se sont retournés vers Bougon, qui a acquiescé d’un signe de tête. Puis ils ont empoigné Kazanov pour l’entrainer vers le portail. Il y a eu le halo de la téléportation. Bougon s’est dirigé lentement vers le balcon, a posé les mains sur la balustrade et est resté ainsi à fixer l’horizon, en direction de l’arène. J’en ai fait autant. On était tous là au balcon à regarder, Bougon tout seul, et les curieux un peu plus loin, en groupe à scruter l’endroit où se trouve l’arène. On a vu le reflet d’un arc électrique. Puis une chute de rochers tombant des nuages. Bougon a levé la tête vers le ciel et a murmuré quelque-chose. »

« - Tu lis un peu sur les lèvres. Il a dit quoi ? » l’interrompit la Villaine.

« Est-ce que c’est tellement important ? » s’agaça Fargdun. « Il a dit : Déesse, accueille cet enfant. »

« - Déesse, accueille cet enfant » répéta Zcyn. « Cela n’a pas l’air de t’affecter.»

« J’en ai tant vu qui s’en allèrent. Et puis Kazanov, c’est le fils de son père. Le Fossoyeur du Village caché. » répliqua la vieille femme tout en crachant par terre, au grand dégoût de Zcyn.

Loin de l’humble demeure de bois et de chaume, un puissant personnage avait également ses pensées tournées vers l’assassin prématurément disparu. Dans sa tourelle de Rondo, le machiavélique Karcinaum, dont chacun soupçonnait qu’il usait de son poste d’Intendant du Conseil des guildes pour ourdir toutes sortes de machinations visant à accroître encore sa puissance et sa richesse, attendait le retour d’un de ses sbires, qu’il avait envoyé en mission secrète. En attendant, il parcourait comme en chaque fin d’année ses livres de comptes, faisant le bilan de ses affaires en cours.

Globalement, tout allait bien, sa fortune n’était pas menacée. Une rubrique pourtant affichait un déficit. Pour une fois, il avait été mal inspiré. Et pourtant, ça avait tout pour réussir, les acheteurs auraient dû se précipiter ! Un élevage de carbuncles. Qui ne voudrait d’un koala prêt à l’usage, déjà dressé ? Tellement plus simple que d’aller passer des mois pour en dénicher un dans la Caverne des ours ! Mais voilà, ces bêtes avaient un métabolisme lent, les saisons avaient passé, et entretemps l’attrait pour les carbuncles avait largement disparu. Du coup, Karcinaum se retrouvait avec tous ces koalas sur les bras, à ne savoir qu’ en faire. En désespoir de cause Il en avait confié une partie à la Ferme des créatures, pour en faire des bêtes de cirque. Leur apprendre à danser, à faire de la bicyclette, à jongler avec des valises.

Il termina ses additions, inscrivit le résultat au bas de la colonne de chiffres. Du tiroir de la table, il sortit un petit couteau à lame dépliable. Considérant sa plume d’oie, il la jugea émoussée, et d’un geste sec retailla la pointe d’icelle en un parfait biseau. Il replia la lame et remit le couteau dans son tiroir.

« Allez, sors de ta Cape ! »

< Poof >


Un assassin parut, l’air décontenancé.

« - Maître, comment avez-vous donc… j’étais parfaitement silencieux. »

« Regardez-les ! Ils se croient indétectables parce-qu’ils sont invisibles. Tu es passé trop près du chandelier de l’entrée, et trop vite. J’ai vu les flammes vaciller. J’espère que pour ta mission tu as fait montre de moins d’amateurisme. Il n’y aura pas de deuxième chance. Dès demain, le Conseil diligentera une mission d’enquête, officielle celle-là, chez Kazanov. Comme à chaque fois que quelqu’un disparait sans laisser de famille. Alors ?»

« - Maître, personne ne m’a vu, je vous le garantis. A l’intérieur, eh bien il n’y avait rien, juste quelques meubles. Ni or, ni bijoux, ni roupies. Aucun armement, aucune dague finement ouvragée. Croyez-moi, maître, je ne vous mentirais pas, je n’ai rien pris pour moi.»

« Sombre idiot, n’ajoute pas la bêtise à la maladresse. On ne trouve jamais rien de valeur chez les parasités, tout le monde sait ça. Des livres ? Un journal personnel ? Des documents ? »

« - Quelques recueils sur les grandes batailles du passé. Et les deux lettres que voici, maître » répondit l’assassin. « L’une provient de la Confrérie pour la reconstruction du sanctuaire des anciennes ruines, ce sont des remerciements pour une somme de roupies que Kazanov leur a remise »

« Ha ! La Confrérie de Laksy? » s’amusa Karcinaum. « C’est moi qui en suis le régent, c’est comme s’il m’avait donné ses dernières roupies. La noblesse d’âme va de pair avec la naïveté. L’autre lettre ? »

L’assassin tendit un feuillet jauni.

« Voilà qui est plus ancien, et sûrement plus intéressant » continua l’Intendant du Conseil. « Le papier est craquelé, les bords sont irréguliers et s’effritent un peu. Voyons cela ».


Ma douce, mon aimée,

Demain, je ne serai plus. Ne pleure pas ! Par où commencer ? Le capitaine a accordé une heure avant l’assaut. Peu savent écrire ici. Je vois mes camarades, ils se réchauffent au feu de camp, certains vident un pichet pour se donner du courage. Nous sommes à peine une vingtaine, et les Moines Fanatiques sont légion. Le gros de notre armée les balaiera, mais y sont à deux jours de marche, ils avancent à la vitesse des chars à bœufs. Le capitaine, y vaut trois hommes à lui tout seul, sais-tu. C’est un lion au combat mais quand on est tous à l’auberge il boit et il chante avec nous, il se fait pas prier.

Il a dit ‘Nous sommes à un contre dix. Même à la faveur de l’obscurité, même avec l’effet de surprise, nous n’avons aucune chance. Mais si ce village tombe, cette guerre absurde s’en trouvera prolongée de plusieurs mois. Je n’oblige personne à me suivre. J’ai peur de la mort. Mais j’irai. Même tout seul, j’irai.’
Quelqu’un a répondu ‘J’irai aussi’.
Et un autre, ‘Nous irons tous !’

Les parchemins de résurrection, on en a pas ici. Trop cher. Il y a que les prêtres qui en ont, pour quand un officier meurt. On compte quand même qu’ils vont les utiliser pour nous aussi, quand ils arriveront. Le capitaine avait une potion rouge, il l’a donnée à Albarran l’écuyer, le plus jeune d’entre nous, presque un gamin, qui doit passer à travers les lignes ennemies pour prévenir le commandement. Je le vois qui va de soldat en soldat, il prend les lettres. J’espère qu’il s’en tirera.

C’est l’heure. Adieu ma douce, mon aimée.

« - Vous y comprenez quelque-chose ? » s’enquit l’assassin.

« Bien que ce capitaine ne soit pas nommé » répondit Karcinaum, « il s’agit très certainement de Kazanov le père. Et la bataille, elle est entrée dans l’Histoire. Le nom va te dire quelque-chose: c’est le massacre du Village caché. Un des derniers épisodes de la guerre contre la Sorcière. »

« - Le père ? Kazanov le boucher, Kazanov le fossoyeur ? » s’exclama l’assassin étonné, « Cet officier sanguinaire et inhumain, qui a envoyé sans ciller tous ses hommes à la mort ? Mais cette lettre change tout ! Tout ce qu’il y a d’écrit sur lui, tout ce que les gens pensent. Mes parents s’en servaient pour me faire peur quand je ne mangeais pas ma soupe. Comment Kazanov, le fils je veux dire, se l’est-il procurée ? Pourquoi ne l’a-t-il pas montrée aux autorités ? Evidemment, le nom n’apparaît pas, et c’est la seule lettre qui témoigne ainsi de… »

« Une seule lettre en effet, cela n’aurait pas suffi pour une réhabilitation » l’interrompit Karcinaum tout en approchant de la flamme d’un chandelier la feuille jaunie, « et zéro lettre cela suffira encore moins. »


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tu es tout gris et tout petit, petit poney.
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