[RP] Zcyn

Histoires et aventures role-play (Rappelz, Allods, Aion ou autre jeu)

Re: [RP] Zcyn

Messagepar Sairen » Mar 27 Jan 2015 04:46

La famille Kazanov doit avoir le mauvais œil sur elle, le père méprisé, le fils qui finit possédé ...

Zcyn décide de vendre ce qui faisait honneur à celui qui l'a tant aidée par contre :mur: Mais bon, ainsi va la vie, j'aurais fait pareil si j'étais elle je pense et puis si ça pourrait l'aider à progresser ...
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Re: [RP] Zcyn

Messagepar zcyn » Ven 20 Fév 2015 13:39

Zcyn LIX

Trois cent dix-neuf



Des gens frappaient à la porte de la vieille Fargdun. Elle ouvrit.

<Bénédiction de vitalité sur Fargdun>
<Force des ténèbres sur Fargdun>
<Energie de la pierre sur Fargdun>


« Bonjour Fargdun, et que votre santé soit florissante! » dit Osmond le prêtre.
« Bonjour Fargdun, et que votre prospérité soit florissante ! » dit Harmond le chaman.
« Bonjour Fardun, et que vos amours soient florissants ! » dit Desmond l’ élémentaliste.

« - Bonjour, les frères Mond » répondit Fardun en réprimant son premier mouvement de recul, et en clignant des yeux, éblouie qu’elle était par les auras des bénédictions.

Tandis que la marchande de fleurs à la retraite avançait des chaises et cherchait son eau-de-vie de prunelles, les frères Mond continuèrent à discourir, tous à la fois et se coupant l’un l’autre la parole, à leur habitude.

« On est un peu tard, mais c’est parce-qu’on est passés par toutes les maisons de Katan. »
« On a décidé de bénir tout le monde, pas juste les aventuriers. »
« Et avant on est passés par Horizon, il nous reste encore Laksy à faire »

« - Vous êtes de bons garçons » répondit Fargdun en remplissant à demi les petits verres à liqueur « mais j’ai un peu passé l’âge pour tout ça. Voir peut-être encore le prochain hiver, c’est tout ce que je demande. Allez plutôt bénir Zcyn, elle doit être à la Cascade, c’est là qu’elle passe son temps à s’entraîner, maintenant. »

« La Cascade, dites-vous…. »
« Celle de Marduka ? Ahem ahem, c’est un endroit où le péril fourmille. »
« C’est pas qu’on ait peur, hein, mais c’est pas là qu’on irait spontanément. »
« On a encore essayé il n’y a pas très longtemps »
« Et faut reconnaître, ça tape dur, là-bas »
« Pour survivre aux attaques on devait sans cesse se lancer nos propres bénédictions. »
« Du coup on pouvait plus bénir personne d’autre. »
« Oui, on servait à rien, en fait. »


Au sortir de chez Fargdun, et un peu éméchés, les frères Mond poursuivirent donc leur joyeuse tournée de bénédictions sans se soucier davantage de Zcyn ni de la Cascade.

Ils ne l’y auraient d’ailleurs pas trouvée. L’assassine avait écourté sa séance d’entraînement. Non pas qu’elle se fût imaginé maîtriser parfaitement son nouvel équipement. Les contours généraux commençaient cependant à se dessiner. Un style de combat moins fondé sur l’esquive et le mouvement. Le nouveau heaume rétrécissait davantage son champ de vision que l’ancien, l’armure était plus lourde et interdisait certains mouvements, on tapait un peu au jugé. Mais indubitablement on encaissait mieux. Se faire étourdir en chaîne par un groupe de chats mardukans n’était plus synonyme d’une mort certaine. Du coup, alors qu’auparavant le premier objectif de l’assassine en attaquant un nouveau groupe était de neutraliser en premier lieu le monstre le plus fourbe, elle s’attaquait désormais à celui qui tapait le plus fort. Résistante, puissante, mais lente, imprécise, statique. Etait-ce la façon de combattre qu’elle aurait choisie ? Non, probablement. Mais grosso modo, côté équipement ça allait.

Le souci de Zcyn ces derniers temps, c’était plutôt le familier. Luerphédon, sa panthère ? Sabaka, son loup ? Ils s’étaient avérés trop petits, tout simplement. A peine le bord quitté, ils n’avaient plus pied. RossPess, son cracken ? Là pour le coup ça avait paru le choix idéal. Mais depuis quelques mois il était différent. Affaibli, moins vaillant, moins coloré qu’avant. Et l’effet de sa Soif de sang était devenu à peine plus perceptible qu’une potion rouge d’entraînement d’un novice de l’Ile des Apprentis. Sans compter que le Wadi était plein de Crackens, sauvages ceux-là, qui risquaient de considérer RossPess comme un traître à la race, et de s’acharner sur lui.

C’était donc L33t le Djinn qui l’avait accompagnée. Aucun souci de noyade pour lui, puisqu’il flottait dans les airs. Non, le souci c’était plutôt leurs rapports de familier à propriétaire. Cette condescendance, cette nonchalance empreinte d’ennui, cette suffisance que Zcyn décelait, ou avait l’impression de déceler, chez la créature bleue. Une lenteur à se mettre en route vers les monstres, comme s’il daignait le faire mais uniquement de par son bon plaisir. Une incroyable résistance aux coups, mais qui par contraste la faisait passer, elle, pour aussi fragile que du verre. Et quand il mourait - ce qui arrivait fort rarement - cette façon de se passer la main devant les yeux, comme si, accablé par la médiocrité de l’assassine, il adressait une prière à sa divinité.

« Sainte Lampe à huile, faites que mon prochain propriétaire ait au moins quelques notions sur l’art de faire combattre son familier. »


Mais aujourd’hui, tout allait s’arranger. Aujourd’hui, elle allait pouvoir remiser son trop hautain Djinn. Aujourd’hui, elle récupérait Luerphédon.

La semaine précédente, s’étant égarée comme souvent aux abords de Rondo et faisant galoper son ornitho le long des murailles de la ville pour trouver une entrée. elle avait découvert une maison en bois bâtie à flanc de colline. Au sol, de grands bacs ronds, en bois, contenant des liquides d’une teinte rouge, violette, bleue. Plus loin, des portants sur lesquels de vastes pièces de tissus fraîchement teints séchaient au vent.

Un homme était sorti de la maison, les bras chargé d’autres rouleaux de tissu, encore non teintés.

« Intéressée ? Je vends plutôt aux artisans, vous savez. Les tisserands, les tailleurs, les marchands de drap. Vous voyez, je fabrique des teintures. Je m’appelle Ris-Paulin. »

Tout en mettant ses tissus à tremper dans les bacs, l’homme, heureux d’avoir un peu de compagnie, continuait à parler de son métier.

« Le matin à l’aube, je parcours le rivage à la recherche de murex, de seiches, de buccins. J’en extrais les pigments. Une partie est vendue directement sous forme de poudre. Je me sers du reste pour teindre tous les tissus qu’on m’envoie, dans ces bacs que vous voyez là. Laine, coton, chanvre, lin, soie. Tout ce qu’on m’envoie. Certains jours ça arrive de partout, c’est le branle-bas de combat. D’autres jours il y a moins d’activité, ça me laisse du temps pour mon hobby, la zoologie. Vous savez quoi ? J’ai peut-être mis la main sur un procédé qui va me donner l’occasion de rendre service à pas mal de monde, aux gens comme vous. Un procédé pour améliorer les créatures. Parce-que la teinture c’est bien joli mais c’est tranquille, alors qu’un aventurier, ça en voit de toutes les couleurs.»
Ayant perçu que les mots « améliorer les créatures » avaient éveillé l’intérêt de Zcyn, Ris-Paulin avait expliqué comment, selon lui, les magistères utilisaient un procédé inutilement compliqué, alors que dans le principe il s’agissait juste de transférer à son familier une partie des capacités d’un familier de même type. Les mélangeurs d’âme, ça coûtait une fortune et ça ne faisait que faire tout rater, la plupart du temps.

Le procédé de Ris-Paulin ne nécessitait que des cartes d’empreinte magique essentielle, en nombre certes conséquent. Il en fallait trois-cent dix-neuf.

«A dire vrai » avait-il ajouté « j’ignore encore si mon procédé permet de stader tous les familiers, mais pour le vôtre, n’ayez aucune crainte, je sais que ça marche, j’ai amélioré ma panthère noire. Vous l’avez peut-être aperçue en venant, du côté de la colonne des élites. Vous n’aurez même pas à vous embêter pour les cartes, il m’en reste des tas. J’en avais préparé beaucoup trop pour Valentine, presque un millier. A l’époque je ne savais pas combien il en fallait.»

Voilà ce que Zcyn, vaguement inquiète et culpabilisant un peu d’avoir confié si facilement Luerphédon à un inconnu, se remémorait aujourd’hui tout en chevauchant son ornitho et en essayant de ne pas se perdre cette fois-ci. Soudain elle se rendit compte d’avoir oublié quelque-chose d’absolument essentiel. Faisant faire demi-tour à l’ornitho, elle revint à Rondo, dans le quartier marchand.

« - Oui, deux poulets s’il vous plaît. Et rôtissez-les moi. »

Le marchand expliqua qu’il ne rôtissait pas les poulets. Plumer, vider, couper la tête, le reste c’était l’affaire du client. Zcyn n’insista pas et se dirigea vers le portail près du pont. Il y avait toujours du monde à cet endroit, à se montrer ses armures, son équipement.

« Alors oui », expliquait un belluaire, « certains vous feront une belle théorie sur les cerbères stadés. Mais moi je dis, à un moment faut arrêter de bricoler. Napalm il est peut-être pas amélioré, il a pas de jolies zébrures, mais il me laisse pas tomber face à un boss. Et regardez-moi cette belle couleur de flamme… »

Zcyn se précipita. Quelques secondes plus tard les deux poulets étaient rôtis. Enfin, carbonisés d’un côté et crus de l’autre, mais bon, ça allait bien, Luerphédon n’avait jamais fait la délicate. La Villaine ressortit de la ville et chevaucha une demi-lieue.

Rhis-Paulin s’affairait autour d’une caisse de bois entièrement fermée, assez grande pour un cheval.

« Ah, vous voilà, assassine. Je viens d’introduire la dernière carte. Vous voyez je les fais infuser dans l’eau bouillante avec aussi des herbes sédatives. La vapeur suit ce tuyau de cuivre et arrive dans la caisse. Il faut faire attention évidemment, le but n’est pas de faire cuire le familier. Vous ne m’aviez rien dit pour la couleur donc je n’ai pas mis de pigments. Pour Valentine j’avais mis du noir. La vôtre aura une couleur naturelle, un peu plus rouge qu’avant.»

« - Elle va être rouge ? » s’inquiéta la jeune fille « Il y a d’autres choses que vous ne m’aviez pas dites ? »

« Les couleurs changent un peu quand on stade, tout le monde sait ça. Mais c’est vrai, mon procédé va au-delà de l’amélioration des magistères, il amène les familiers à leur évolution ultime. Votre panthère est devenue un smilodon de stade maximal et de Septième rang.
Reculez-vous, je vais la sortir de son sommeil, il ne faut pas que vous respiriez ça. »

Armé d’un maillet il grimpa sur la caisse et fit sauter deux chevilles. Un nuage de vapeur s’échappa. Très dense au début, ensuite plus léger. Et puis, plus rien.

« Il faut attendre un peu. »

Des bruits se firent entendre à l’intérieur.

J’ai faim.

« Tenez-vous prête, assassine, je vais ouvrir ».

Ris-Paulin fit sauter deux autres chevilles. Une paroi bascula.

Lueur du jour devant moi. Je suis dans une caisse. J’ai faim. Vois une toute petite personne. Comme Zcyn, mais en plus petit. J’ai faim. Odeur de grillé. Je me souviens, on m’a fait entrer là-dedans puis tout est devenu noir. La petite personne me donne… deux moineaux rôtis ?


« - Gentille Luerphédon, gentille » répétait Zcyn, prête à passer sous Cape à tout moment. « Je suis ta maîtresse, tu te souviens ? J’ai deux poulets pour toi, et d’autres à la maison. Gentille, gentille…»

Moins faim. Qu’est-ce qu’il lui est arrivée à la rôdeuse, elle s‘est pris un sort de rapetissement ? Ou alors au contraire c’est moi qui… et d’abord qu’est-ce que je fais coincée là-dedans ? Veux sortir de là.


La panthère tenta maladroitement de bondir mais ne réussit qu’à se cogner contre le plafond de la caisse et retomba, à moitié groggy.

« Comme vous le voyez » commenta Ris-Paulin, « elle est devenue plus grande, plus résistante, plus forte. Et euh… plus stupide, dirait-on. Désolé. »

L’assassine le rassura.

« - Non. Stupide, c’est depuis toute petite. »



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Re: [RP] Zcyn

Messagepar Sairen » Sam 28 Fév 2015 19:25

Jolie fin pour ce chapitre, assez marrante cette Luerphédon
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Re: [RP] Zcyn

Messagepar zcyn » Mar 17 Mar 2015 18:08

Zcyn LX

Fiscalité




L’Intendant Karcinaum sentait son courroux monter.

« Tu es sûr, espion, de ce que tu as vu ? »

« - Aussi sûr que je vous vois, maître. Une pancarte auprès de la maison, avec marqué en grand : »

Gratuit ! J’améliore votre panthère.


« et une autre plus petite, juste à côté : »

Bientôt aussi les volatiles et les tortues.


« Et puis quoi encore » trancha Karcinaum. « Que deviennent mes magistères si les gens n’ont plus besoin d’eux ? Gratuit… Les frères Mond à la rigueur, si ça les amuse de bénir gratuitement, ça ne me dérange pas, je ne vends pas de bénédictions. Mais le stadage c’est à moi.
Bon, là je suis pressé, le Conseil entre en session dans quelques minutes et on va parler de choses autrement plus importantes. Aide-moi à revêtir ma toge officielle. Et pour Ris-Paulin, tu lui envoies un de nos assassins. »

Revêtu de sa toge noire, Karcinaum parcourut tel une ombre menaçante les couloirs déserts et glacés qui menaient, depuis sa tourelle, à la grande salle centrale. Les neuf conseillers déjà présents se levèrent à son entrée. Buvenir, le Premier conseiller, arriva presque aussitôt après, par la porte opposée, ce qui plongea les dignitaires dans l’embarras, à se demander s’il était respectueux de rester simplement debout ou s’ils devaient se rasseoir brièvement pour se relever aussitôt. D’un geste, Buvenir mit fin à la confusion en invitant chacun à regagner son siège.

« Conseillers…. »

Les assemblées restreintes du Conseil des Guildes étaient un moment où tout le monde observait tout le monde, évaluait les forces en présence, anticipait sur les alliances qui se formeraient sur les divers points de l’ordre du jour. Posture, gestuelle, prise de parole, tout était épié, soupesé.
Il n’échappa à personne que la voix de Buvenir était plus blanche, moins assurée qu’à l’accoutumée.

« Conseillers… La population s’inquiète. La population s’effraie. La population se tourne vers nous. Vous le savez tous : d’étranges portails sont apparus la nuit dernière. Sortie de Rondo, cimetière de Wolha, route de Katan en allant vers le Bucher, et probablement encore d’autres. Personne ne sait ce que c’est, on voit juste des affleurements de lave.
Et comme si ça ne suffisait pas, des aventuriers nous ont signalé que les donjons, comment dire, se sont mis à se dédoubler. Les mêmes salles, les mêmes couloirs mais dans une sorte de brouillard. Les mêmes monstres mais plus lents, et plus puissants. Cet aventurier a fait un mauvais rêve, ai-je pensé la première fois. Mais d’autres témoignages sont arrivés, pour d’autres donjons.
Conseillers… Je pensais qu’ayant paré le retour de la Sorcière à Porte-Espoir nous étions tranquilles, qu’une ère de paix s’ouvrait devant nous. Mais voilà… tout ça qui nous tombe encore dessus… Comment allons-nous faire face ? Est-ce que cela n’aura pas de fin ?»

Bougon, le conseiller en charge des examens de passage de Rang, intervint.

« Nous payons le prix de notre indécision passée. Vous étiez partisan, Buvenir, et moi aussi, de raser Porte-Espoir. Ces allers-retours incessants de la Sorcière, ses tentatives continuelles pour quitter la dimension où elle a trouvé refuge, ça attire l’attention vers notre monde, cela facilite l’apparition de points de passage, de connections. Détruisons Porte-Espoir et tout redeviendra normal. »

L’intendant Karcinaum, tout au long de cette tirade, ne se départit pas d’un sourire goguenard que chacun interpréta comme « Bougon, tu es gentil mais… »
Puis il se leva.

« On a déjà discuté de ça. Et le Conseil a voté de ne pas raser Porte-Espoir. Nous avons réagi de façon appropriée. En élaborant un nouveau type d’équipement, appelé « set porte-espoir » et en mettant en place la Patrouille, cette mission que chaque aventurier un peu aguerri se voit attribuer, une fois et une seule afin de ne pas l’exposer trop longtemps à l’atmosphère délétère de ce donjon.
Un nouveau danger se présente ? Hé bien nous allons réagir de la même façon. Etude du phénomène, création de nouveaux équipements.
Dans un premier temps il s’agit de baliser le terrain. Pour les portails, j’ai envoyé mes hommes, nous aurons un décompte complet d’ici ce soir. Pour les donjons dédoublés, l’important est d’en marquer l’entrée. Je vais y envoyer mes Koalas d’élevage. Ce sont des bêtes très intelligentes, et de plus les monstres ne les attaqueront pas.»

Ce petit discours produisit un certain effet. Les conseillers étaient favorablement impressionnés. Buvenir était accablé et Bougon se lamentait, se disaient-ils. Alors que Karcinaum pour sa part faisait front, proposait des solutions.

« Mais enfin » objecta Bougon, « des donjons cachés d’une part, un monde de lave d’autre part. Nos aventuriers pour la plupart ont déjà du mal à El Kassia, ils ne feront pas le poids s’il faut faire face à, je ne sais pas, à… »

« A Schumarz ? » assena Karcinaum avec un sourire sarcastique. « Hé oui Bougon, pourquoi pas, il faut s’attendre à tout. Je ne sous-estime nullement la menace. Permettez, Premier conseiller, que j’expose mon plan. »

Il s’était tourné vers Buvenir. La requête était de pure forme, Karcinaum savait très bien qu’on ne l’empêcherait pas de continuer.

« Merci, Premier conseiller. Mon plan disais-je, est ambitieux et, tel le diamant, a de multiples facettes.
En premier lieu, comme Bougon l’a souligné nous manquons d’aventuriers de haut niveau. Beaucoup trop s’arrêtent au Sixième rang et jugent le Septième hors de portée. J’ai donc pensé à élaborer une nouvelle série de quêtes, qui se déroulera pour l’essentiel à l’Ile perdue, pour les aider à combler l’écart. Cela ne sera cependant qu’une première étape. Septième rang, ce n’est finalement qu’un Sixième rang un peu costaud.
Il faut voir plus grand. De nouvelles spécialisations, de nouveaux sorts, en un mot une nouvelle classe. Idem pour l’armement. Tunique de griffe noire, habit du dragon blanc, ça allait bien… pour nos arrière grands-parents. J’ai demandé à l’Institut de recherches magiques et techniques de se mettre au travail. Cet institut est la propriété des RoxxorsDuPoney, que je salue.
Conseillers, le Septième rang c’est terminé. Nous allons faire de nos aventuriers… des Maîtres ! »

Les dignitaires étaient abasourdis. Buvenir fut le premier à se ressaisir.

« Karcinaum, un Huitième rang ou un rang Maître comme tu dis, sur quels critères l’attribuer ? Comment pourrions-nous dire si tel ou tel aventurier en est digne ? Nous sommes tous ici de Septième rang. Ou plus exactement, nous l’étions dans nos jeunes années. Nous ne saurions décerner un Huitième, Neuvième ou Dixième rang. »

L’Intendant Karcinaum s’inclina, en un geste de fausse obséquiosité.

« Premier conseiller, les RoxxorsDuPoney nous apportent leur aide. Sur le modèle de la Sorcière mécanique de l’Autel de l’esprit des morts, qu’il faut ‘tuer’ pour passer le Cinquième rang, ils sont prêts à construire un donjon entier, peuplé de créatures mécaniques animés par la magie, et qu’il faudra vaincre. Deux ou trois étages, des salles aléatoires, une épreuve dans chaque. Aucun besoin de la présence d’un Conseiller, un simple préposé suffira, comme au Bûcher ou à l’Autel des morts. »

Un nouveau donjon… Les conseillers allaient de surprise en surprise. Le plan de Karcinaum était d’une envergure insoupçonnée. C’est le plan qu’on aurait attendu… d’un Buvenir.
Ce dernier reprit la parole.

« Mais Karcinaum, tu réalises qu’un donjon, cela coûte une fortune à construire. Tout ton projet, en fait, coûte une fortune. Ces nouvelles armes, ces nouveaux sorts à mettre au point, à homologuer, à diffuser. Le Conseil n’est pas riche. Même les RoxxorsDuPoney n’ont certainement pas assez d’argent pour… »

« Ils nous cédent leur terrain » expliqua Karcinaum « et ils avancent les fonds pour débuter les travaux. Mais c’est vrai, cela ne suffira pas.
C’est ici qu’entre en jeu le troisième volet de mon plan. J’ai appelé cela fiscalité. Chaque paysan donnera au Conseil la moitié de sa récolte. Chaque aventurier la moitié de ce qu’il loote dans les donjons, chaque artisan la moitié de la vente de ses objets. Les membres du Conseil ne sont pas concernés, on ne va pas se donner à nous-mêmes. Mais à part nous, tout le monde. A titre temporaire bien sûr. Une fois le donjon construit, on supprime toute fiscalité. »

Karcinaum se rassit. Autour de la longue table de bois sombre, les autres Conseillers hochaient la tête d’un air approbateur. Il était clair que presque tous allaient voter pour. Il revenait à Buvenir de clore la séance.

« Intendant Karcinaum, merci de la qualité de votre… je veux dire, de ton projet. Je reporte cependant le vote d’icelui à une prochaine assemblée restreinte. »


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Re: [RP] Zcyn

Messagepar zcyn » Mar 21 Avr 2015 16:55

Zcyn LXI

Parasité, mais presque



Plongée dans l’eau jusqu’à la taille, une épée Beowulf dans chaque main, Zcyn préparait sa prochaine attaque contre les créatures de la Cascade. Elle repéra un groupe isolé, passa sous Cape. Frappa de taille et d’estoc, esquiva, encaissa sans broncher, estourbit.

Facile, somme toute. Les chats mardukans ? Il suffisait de laisser sa panthère Luerphédon attaquer la première et se prendre les sorts d’étourdissement.
« De toute façon, celle-là, elle a toujours été plutôt étourdie. »
Les Entes ? Ils avaient le bras long certes, mais ils étaient fort lents. Les crackens ? L’assassine en avait un, elle connaissait leurs faiblesses.

Le site était par ailleurs fort beau, et il y avait toujours de l’animation. Des gens qui venaient à El-Kassia ou en ressortaient, dans un perpétuel défilé de montures, de familiers, d’armures. Tout aurait été pour le mieux si la Cascade n’avait pas également hébergé des piranhas volants.

L’aversion de l’assassine pour ces sales bestioles remontait aux plages de l’Ile des Apprentis, quand elle était encore une Rôdeuse et qu’une fuite éperdue était la seule façon de rester en vie. Et justement, l’un d’eux venait de se planter là, en plein milieu du lagon. Il allait falloir se mettre plus loin, sur une rive, se dit la jeune fille.

C’était sans compter sur un Archer qui, sortant du portail, aperçut le monstre et ne parut pas s’en effrayer. Il donna à son Djinn mystique l’ordre de se poster du côté opposé, puis entreprit de décocher flèche après flèche, le familier se chargeant de récupérer l’attention du monstre chaque fois que ce dernier s’approchait trop de son maître.

« Pas mal, leur technique. Bon allez, on va l’aider, ça ira plus vite » se dit l’assassine, et elle lança quelques Vagues funestes.

« - De quoi ? » s’offusqua l’archer, « on veut usurper mon exploit, accaparer un butin qui ne revient qu’à moi ? Attends voir, assassine! Je termine celui-là et je m’occupe de toi. »

Zcyn était toute déconcertée. Elle vit le piranha volant s’écrouler. Et puis elle ne vit plus rien, atteinte par une Frappe Aveuglante du Djinn mystique qui enchaîna directement avec une Avalanche de foudres.

Une dizaine de minutes plus tard, la Villaine rouvrit les yeux. Une sirène était penchée sur elle.

« Où suis-je? Au pays des sirènes? On m’a renvoyée à la Côte de Cristal ? » demanda Zcyn tout en se massant les tempes pour essayer de faire passer l’habituel mal de tête qui accompagnait les résurrections au Parchemin.

« - Rassure-toi, tu es toujours à Marduka. »

C’était la voix de son chef de guilde, Hésac le Sorcier.

« Alors petite demoiselle, que penses-tu de Castafiore, mon nouveau familier pour les duels ? Stadée au maximum. Elle est très différente de l’Ange que j’avais avant. Rien ne lui résiste, ses sorts passent contre n’importe quoi. L’archer et son Génie jaune l’ont appris à leurs dépens. J'imagine que les torts ne sont pas tous de son côté. Mais tuer un Villain, cela ne saurait rester impuni. Rien de tel qu’un petit duel pour se dégourdir. S’il ne tenait qu’à moi, je passerais mes journées à l’Arène. Hélas le temps me manque. Je te laisse, je dois voir quelqu’un à la Guilde. Au fait, tu n’as toujours pas récupéré ton attestation de Sixième rang. Rejoins-moi là-bas une fois que tu auras recouvré tes esprits. «

L’esprit encore embrumé, Zcyn se trompa de Palmir, mais au bout du compte arriva à bon port et gravit les escaliers qui menaient au petit salon où l’on recevait les visiteurs. Elle vit que la porte en était fermée et attendit dans l’antichambre. Des bribes de conversation lui parvinrent.

« Qu’ont-ils donc besoin de tout cet argent ? » disait Hésac « Bien sûr, c’est évident on ne peut aller contre la volonté du Conseil des Guildes. Mais enfin, doubler la taxe du donjon ! Les gars qui débarquent ici, ils ont le Quatrième rang, ils viennent de s’acheter un squelette ou un orc. Ils ne doutent de rien, ils se croient les rois du monde. Et Palmir les ramène brutalement à la réalité. Ils en bavent, ici. Ils se font brûler, tirer comme des lapins, empoisonner, pétrifier, pourchasser par des monstres deux fois plus rapides qu’eux. Ils s’échappent de justesse d’une salle, et hop le portail les ramène juste dedans.
Non, notre taxe ici à Palmir est à dix pour cent, si elle passe à vingt les aventuriers vont se décourager. »

« - C’est encore plus vrai à Lune aride » répliqua le visiteur, « C’est leur premier contact avec les monstres de donjon. Beaucoup mettent des semaines à se risquer au-delà de la première salle. Nous non plus, chez Paragon Nightmare, on ne s’opposera en aucun cas à une décision du Conseil. Mais le projet n’est pas encore voté. A ce qu’il parait, les Barbes blanches ne sont pas unanimes. Karcinaum pousse et Buvenir freine des quatre fers. L’idée maîtresse est qu’ils récupèrent la moitié des taxes de donjon. Le doublement d’icelles est juste une suggestion du Conseil, afin que les guildes n’y perdent pas. »

« Buvenir est contre, me dis-tu » reprit Hésac. « Alors ce n’est plus tout-à-fait la même histoire. Cela nous donne un peu de marge pour, non pas s’opposer frontalement mais disons faire preuve d’astuce. D’autant que cette loi n’est encore qu’un projet. Au lieu de doubler notre taxe de donjon, nous pourrions, au contraire… penses-tu la même chose que moi ? »

« - Que la moitié de zéro, ça ne fait pas grand-chose pour les caisses du Conseil ? » s’esclaffa le visiteur. « On va en faire autant à Lune aride. Je rentre derechef en parler à Seita, je suis sûr qu’il sera d’accord. »

N’entendant plus rien et jugeant l’entrevue terminée, Zcyn décida d’ouvrir la porte. Mal lui en prit, le visiteur en sortait précisément au même moment, pressant le pas et encore tourné vers Hésac à qui il adressait un signe d’adieu. L’assassine n’eut que le temps de se placer de profil. Les armures cependant se frôlèrent. Zcyn reconnut Fragil, l’un des deux chefs de l’alliance Paragon Nightmare.

Fragil le paladin leva les yeux. Lui aussi reconnut Zcyn, dont le visage se trouvait à quelques centimètres du sien. Le geste de la main se figea. La bouche resta à demi ouverte, incapable d’exprimer le moindre son. Cela donnait au Paragon une expression assez stupide, encore accentuée par la pâleur croissante des joues. Qui rapidement rosirent à nouveau. Puis devinrent même beaucoup plus roses qu’à l’accoutumée, presque rouges en fait. Il partit en courant.

Zcyn suivit des yeux la fuite du paladin, haussa les épaules puis rentra dans le salon.

« Qu’est-ce qu’il lui arrive ?» demanda l’assassine en s’asseyant. « Celui-là aussi, il est parasité ? »

« - Certes non. » répondit le sorcier d’une voix amusée, tout en lui tendant l’attestation de Sixième rang. « Mais quand on y pense c’est vrai qu’il y a pas mal de points communs. Je ne suis pas le plus qualifié pour te parler de ce genre de choses. Tu demanderas à ta grand-mère adoptive. A ce qu’on dit, c’était une experte dans ce domaine. »

L’assassine n’y comprenait toujours rien. Fargdun, experte en quelque-chose? En herboristerie alors, conclut-elle. Le paladin avait dû se faire intoxiquer par une plante vénéneuse, piquer par une épine de cactus, un truc du genre.
Aucun intérêt.

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Re: [RP] Zcyn

Messagepar Sairen » Sam 25 Avr 2015 21:23

Intéressant ce qu'il se passe, j'ai hâte de voir la suite

Continue comme ça, c'est vraiment intéressant à lire. Cependant, je voudrais savoir si tu utilises un autre support autre que ce forum pour publier tes textes car il est un peu mort là ...
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Re: [RP] Zcyn

Messagepar zcyn » Ven 10 Juil 2015 18:47

Zcyn LXII

Les Villains ont un incroyable talent


Assis à sa table du Conseil des guildes, l’Intendant Karcinaum prit le rouleau de papier que lui tendait son chef espion et le déroula à plat pour examiner le schéma qui y était dessiné.

« Et tu dis que Seita, le chef de guilde des Paragon, appelle ça un magicomètre ? »

« - C’est cela, maître. Notre agent infiltré a réussi à dérober ce dessin et me l’a fait parvenir. »

« Voyons voir » reprit l’Intendant. « Une fine membrane, ça c’est pour capter. Et ici un stylet graveur, un rouleau enduit de cire, ça c’est pour enregistrer. »

« - Des chansons ? » suggéra l’espion, ce qui amena une esquisse de sourire sur le visage du Conseiller.

« Non point. Seita le druide prêche l’efficience, c’est un être austère, détaché des biens et des distractions. Je le vois mal en artiste lyrique.
Lak, vermeil… C’est clair, cet appareil enregistre les variations du champ magique global, sur une journée, une semaine. »

« - Maître, quelle clairvoyance, quelle perspicacité ! Mais je ne vois toujours pas bien à quoi ça sert. »

« En l’état, pas à grand-chose. Seita n’est pas allé au bout de son idée. Il peut savoir que quelque-chose de magique ou de dimensionnel s’est passé quelque-part. Un point c’est tout. Alors qu’avec deux capteurs au lieu d’un seul, tu vois, ça ferait comme deux oreilles, ça permettrait de localiser…
Oui… avec ces améliorations je pourrais suivre n’importe quel mage à la trace. Déjà qu’avec les relais télépathiques je peux savoir qui communique avec qui, depuis quel endroit, et pendant combien de temps. Bientôt, espion, avec toute cette technologie magique à mon service, je n’aurai plus besoin de gens comme toi. Allez, vas-t-en .

Et en sortant, appelle-moi le joailler-orfèvre du Conseil, il faut que je discute de ça avec lui. «

« - Maître » insista l’espion, « il conviendrait de récompenser notre belluaire infiltré chez les Paragon. Il a pris des risques pour dérober ce plan. Et puis la vie n’est pas drôle dans cette guilde, il n’a rien le droit de looter. Comme familier il ne peut avoir que des licornes. Plein de stratégies de combats à apprendre par cœur, réveil à six heures tous les matins… »

Le vieux mage se sentit gagné par l’agacement. Un subalterne qui reprenait la parole après qu’il l’eût congédié ? Déplaisant. Et qui de plus réclamait, argumentait ? Inacceptable. Karcinaum était conscient que l’agent infiltré à Lune Aride lui était fort précieux, qu’il ne pouvait pas juste le faire tuer par un assassin, comme d’habitude avec ses sbires une fois leur mission remplie. Alors une récompense, pourquoi pas. Mais paraître céder à une sorte d’injonction, presque une leçon de morale? Il ferait beau voir.

Karcinaum ouvrit un tiroir et y prit une petite clef d’argent, qu’il lança à son espion.

« Attrape. Va dans la salle aux trésors. Le numéro du coffret est gravé sur la clef. Prends tout. Partage comme tu veux entre l’infiltré et toi. Après tout, tu es son chef, une part de la prime te revient même si tu ne t’es pas donné grand mal. Moitié-moitié ? Tout pour toi ? Tout pour lui ? Probité ou appât du gain, personne n’en saura rien, c’est entre toi et ta conscience. »

Resté seul, Karcinaum l’Intendant du Conseil des guildes, se pencha à nouveau sur le schéma. Vers où pointerait-il l’appareil, une fois celui-ci construit ?

Vers Palmir, chez les Villains, cela n’aurait pas donné grand-chose, en tout cas pas aujourd’hui. Le donjon était fermé aux aventuriers, les Villains se l’étaient réservé. Pour une petite fête.

Assis à la place d’honneur sur son siège de Chef de guilde, Hésac le sorcier considérait le bâton qui venait de lui être offert. Et il dissimulait du mieux qu’il le pouvait une certaine déception. Il n’était pas d’usage au sein d’une guilde de célébrer les anniversaires, ni de se faire offrir des cadeaux. Mais de nouveaux bâtons étaient apparus récemment, fort puissants mais aussi fort chers, et il n’avait pu résister à la tentation de suggérer fortement aux Villains de se cotiser.

Hélas ça n’avait pas donné les résultats escomptés. Sur le principe, les guildies n’étaient pas contre, ils appréciaient et respectaient leur chef. Mais en ce monde où l’argent vous brûlait les doigts tant les occasions de dépenses étaient nombreuses, il était fort ardu de réussir à économiser ses roupies, fût-ce pour l’anniversaire du sorcier.

Quant aux cousines MissPiggy et Tashia, issues de la riche famille MoneyPenny, qui dépensaient chaque semaine de folles sommes en frivolités, et sur la prodigalité desquelles Hésac comptait beaucoup, elles s’étaient montrées cette fois-ci, comme par un fait exprès, fort peu généreuses.

« On a l’impression que les autres ne nous voient pas comme des guildies à part entière. Soit-disant notre fortune nous empêcherait d’être d’authentiques Villaines. Alors on a décidé de donner autant que tout le monde, pas plus. En revanche, on participera aux petits numéros. »

Au final, le nouveau bâton du chef n’était guère meilleur que l’ancien. Le manche en était doré et torsadé, au lieu d’être nacré avec une boule, voilà tout.

« C’est l’intention qui compte ! » lança SirWatson, le capitaine de guerre, qui jouait aujourd’hui le rôle de maître de cérémonies. Pour la suite des festivités, Il demanda aux Villains de se regrouper du côté du portail, cependant que DarkMatter, le magicien de guilde, prenait place du côté opposé, dos au mur.

D’une voix forte, lente et monocorde, il commença à déclamer une sorte de poème chanté. Personne ne comprenait rien à cette langue oubliée, mais certains Villains qui habitaient Horizon purent au moins l’identifier.

« C’est du Gaian ancien, autrefois utilisé par les mages de cour, pour évoquer les guerres où leur seigneur avait démontré sa bravoure. C’est de l’art incantatoire, c’est très difficile, il faut faire attention à la prononciation, au rythme, à l’intonation. Vous allez voir, des choses vont apparaître. »

Un vol de corbeaux se matérialisa en effet, pendant que sur le mur derrière DarkMatter, un paysage de bataille se dessinait, comme sculpté dans la muraille. Des murmures admiratifs se firent entendre, qui s’interrompirent brutalement quand un des oiseaux, peut-être attiré par quelque victuaille qu’un Villain dégustait, fit une attaque en piqué.

« Mais… ils sont réels ? Cette sale bête a bien failli m’éborgner ! »

« C’est de l’incantation, pas de l’illusion » répondit quelqu’un. « Le mage les invoque, après ils font un peu ce qu’ils veulent. »

En effet DarkMatter s’étant arrêté de chanter, le hall de Palmir reprit son aspect habituel. L’élémentaliste passa au poème suivant, faisant apparaître derrière lui un nouveau tableau. Pas de murmures admiratifs cette fois-ci, ni d’applaudissements. Au contraire, les gens reculaient, saisis d’effroi. Ce n’est que lorsqu’il vit SirWatson le gladiateur dégainer son épée et Hésac le sorcier brandir son bâton, qu’il s’arrêta de chanter et se retourna.

« Un nid de serpents ? Qu’est-ce c’est que cette histoire, ça devait être un entrelacs de roseaux bercés par le vent. Ah mais oui… C’est le même mot en Gaian ancien. Amusant. Allez, je passe au suivant. »

Mais SirWatson, qui s’était rapproché, ne l’entendait pas de cette oreille.

« Tu en as encore beaucoup, des comme ça ? On va se faire attaquer par des fourmis géantes, on va être engloutis dans la lave d’un volcan ? »

DarkMatter protesta que les incantations restantes étaient bucoliques et inoffensives. Les deux hommes se tournèrent vers leur chef le sorcier, qui fit signe d’en rester là. Dépité, l’élémentaliste ramassa ses poèmes et s’éclipsa.

« Chers amis ! » s’exclama SirWatson en s’adressant au public « après DarkMatter c’est maintenant un autre membre éminent de notre guilde, Moonkir le belluaire, qui va nous proposer un numéro musical ! »

Dans une petite salle attenante, les cousines MoneyPenny s’affairaient fébrilement.

« Dépêche-toi, on doit rentrer en scène plus tôt que prévu. Passe-moi mon masque de salamandre. »

« Mais non, il est à moi ce masque, c’est moi qui fais PomPomPom avec les salamandres. Toi tu fais les wahou wahou, tu as le masque de loup. »

« Wahou ? Ah ben oui, comme un loup. Wahou wahou wahouuuuuu… »

Dans un autre coin de la salle, Zcyn répétait aussi, pour son propre numéro. Tout simple, une chanson en solo.

« Les filles, vous pouvez faire moins de bruit ? J’ai mon texte à apprendre, et c’est pas juste des PomPom wahou. »

Tashia s’approcha, intriguée et sceptique. Elle prit un feuillet, commença à le lire, et devint toute rouge. MissPiggy, sa cousine, accourut.

« Fais voir. La chanson du bambou vert. Bizarre comme titre. Voyons le refrain. Bambou vert, bambou vert, ta semence ne perds. Tige et sève, tige et sève, moi j’en rêve, moi j’en rêve.
Euh, Zcyn, tu ne peux pas chanter ça. »

« - Avec tout le bruit que vous faites, c’est sûr, j’arrive à rien mémoriser. Déjà que la botanique et l’horticulture, c’est pas trop ma tasse de thé. Ma grand-mère adoptive ne se rend pas compte, elle était marchande de fleurs, pour elle c’est des mots de tous les jours. Bon, rendez-moi ça. »

« Euh… il y a eu un changement » mentit MissPiggy. « En fait tu ne chantes plus, tu fais le combat avec Hésac pour le dernier numéro. »

« Je garde les feuillets, n’est-ce-pas. » ajouta Tashia en s’éloignant, « ils ne te servent plus, de toute façon. »

Et se tournant vers sa cousine, une fois qu’elles furent assez loin, elle gloussa :

« Il faudra aller prendre le thé chez cette grand-mère, un de ces jours. Elle a peut-être d’autres chansons à son répertoire. »

Une fois grimées en loup et en salamandre, les cousines entrèrent en scène. Moonkir le belluaire avait déjà disposé ses familiers. Au centre, face au public, de vrais loups et de vraies salamandres. A leur côté, des fées bleues et des fées rouges.

Chaque familier avait appris une note différente.. C’est Moonkir qui, dos au public, jouait le chef d’orchestre, composant une mélodie en faisant rapidement signe à tel ou tel familier.

Ding dididi DingDing dididi wahou wahou
Pom PomPom Pom wahouuuu

Quand les fées ne chantaient pas, elles se laissaient rebondir sur le museau des loups. Les salamandres, plus simplement, se levaient et se baissaient.

Ding PomPom Ding PomPom Ding wahou wahouuuu
PomPomPomPomPom
Wahouuuuuuu

Manifestement, le public appréciait, surtout après les terrifiantes invocations du précédent numéro.

“C’est ravissant, cette petite chorale. » confia une charmeuse à sa voisine. « Moonkir a vraiment bien choisi, ses familiers sont adorables. »

« - Dis donc, c’est pour moi que tu dis ça ? » s’irrita un Villain qui était venu avec son squelette.

« Au départ non, mais maintenant que vous le dites, c’est vrai que par rapport aux fées et aux sala, un orc ou un squelette c’est quand même bien pourri. Et je ne parle pas seulement du DPS. »

« - Ah c’est pourri? Belphégor, attaque ! »

Belphégor le squelette n’eut pas le temps d’attaquer. SirWatson l’avait réduit en poussière. L’intervention du capitaine de guerre mit instantanément fin au début de bagarre. Quand on était un Villain de base, on ne discutait pas avec SirWatson, le gladiateur à l’imposante stature, qui maniait les armes à la perfection et dont tout l’équipement proclamait « Tu n’as aucune chance. »

Le public demanda un bis, et la petite chorale de Moonkir revint sur scène.

Hésac le Chef de guilde s’était quant à lui retiré dans ses quartiers pour se préparer au combat de gala. Il venait d’apprendre à qui il se mesurerait, et c’est certainement la dernière personne à qui il aurait pensé. Il s’attendait à SirWatson, ou un groupe de quatre ou cinq jeunes apprentis.

Mais… Zcyn ? C’était comme affronter un seul jeune apprenti. On voyait tout de suite qu’elle n’était pas faite pour les duels. C’était même pour ça qu’il l’avait envoyé seule face aux RoxxorsDuPoney quand ils avaient voulu siéger le donjon de l’alliance SertLeThé-Villains-CoeurDePique, sis dans la Vallée de cristal, à l’époque. En pariant que devant un adversaire si faible, ils dédaigneraient d’attaquer. Et effectivement ils avaient renoncé.

Et s’ils avaient attaqué quand même ? Le donjon aurait été perdu. Et pendant des années on aurait retrouvé dans ces montagnes, à chaque fonte des neiges, les restes démembrés d’une rôdeuse anonyme.

« Il le fallait ! C’était pour la Guilde, pour l’Alliance ! » hurla le sorcier silencieusement. Ses pensées le menèrent à la seconde tentative des Roxxors. A Palmir cette fois, et contre les Villains tout seuls. Zcyn envoyée une nouvelle fois, qui ramène on ne sait comment des renforts inespérés. Résultat pour l’assassine ? Assommée d’un coup de bâton à la nuque, au début de la bataille. Assommée par lui, Hésac.

« Mais aussi, c’est ça être chef de Guilde, c’est faire des choix, et… »

Il soupira. Il n’arrivait pas à se convaincre lui-même. Côté équipement, il était maintenant fin prêt. Son unique armure de duel, qu’il utilisait contre toutes les classes. Les ceintures et bijoux par contre, il en avait plein, il adaptait en fonction de ce qu’il affrontait, quand il le savait à l’avance. Pas de familiers, le hall de Palmir n’était pas assez vaste pour quatre.

Il percevait les clameurs qui venaient du hall, et la voix assurée de SirWatson.


« Chers amis ! » annonçait le gladiateur « Remercions une nouvelle fois Moonkir pour ce moment de pure poésie chantée. Toutefois nous ne saurions conclure ainsi. C’est à notre chef et à nul autre qu’il revient de placer le point d’orgue, et comme vous le savez c’est un éminent duelliste qui plutôt que vous infliger un soporifique discours préfèrera toujours faire parler les armes. Accueillons-le donc comme il le mérite, lui dont la renommée s’étend jusqu’à Rondo et au-delà.
Aha, on m’apporte un petit papier, je découvre avec vous qui va avoir le redoutable privilège de briser une lance contre Hésac. Il s’agit de…Euh…»

SirWatson se fit confirmer le nom.

D’abord incrédule, puis hilare, le gladiateur reprit son annonce.

« Hahaha… Je peux vous dire que ça va être très court. Mais alors, vraiment très très court. Notre chef va affronter, enfin affronter c’est un bien grand mot, hahaha messieurs les soigneurs dans les coulisses j’espère que vous êtes prêts, il va y avoir du boulot. Bref, mesdames et messieurs vous allez voir un massacre. Vous allez voir Hésac contre… Zcyn ! »

A la surprise de SirWatson, qui s’attendait à voir la salle secouée de rires, ce fut la consternation qui s’abattit dans le public, composé essentiellement de Villains de bas niveau, et qui ne connaissaient de l’assassine que ce qu’en disaient les rumeurs. Les légendes.

« - Mais… il n’a aucune chance, il n’est pas de la race des héros. »
« - SirWatson avait raison, ça va être un massacre. Pauvre Hésac. «
« - On va applaudir bien fort quand il entrera, quand même hein, il est courageux. »
« - C’est sûr, il vaut mieux applaudir avant le combat. Parce-qu’après… »

C’est donc sous les acclamations qu’Hésac fit son entrée. Il ouvrit grand les bras pour saluer la foule, brandit bien haut le bâton qui lui avait été offert, s’inclina plusieurs fois.

On fit reculer le public tout contre les murs, afin de dégager l’espace central, vers lequel Hésac
se dirigea. Le Sorcier y disposa quelques pièges, puis mit un genou à terre, dans sa posture habituelle de début de duel. Il vit l’assassine sortir des coulisses, et presque immédiatement passer sous Cape.

« Bon alors, la combo de base d’un assa duelliste» essaya de se rappeler le Sorcier, qui n’avait pas souvent l’occasion d’en rencontrer, « c’est Cape, charge de l’ombre, triple assaut, brise-crâne et apoc dans la foulée, vague funeste, danse du même nom, passage temporaire à l’arbalète, attaque de l’ombre, croisé sonique, hop on re-Cape, turbulence pourpre. Et donc, moi je réagis en…

Ouais. Laisse tomber. Elle y connaît rien à tout ça. Déjà elle n’a pas d’arbalète. Elle va juste passer derrière moi et me taper dessus avec ses épées. »

Toujours un genou à terre, le Sorcier chercha à repérer son adversaire invisible. Aucun bruit de pas ou de respiration. Au sol, aucune trace.

« Pas mal. Elle se débrouille »

Mais contre un duelliste de sa trempe, c’était loin de suffire. Sur sa joue gauche il venait de sentir s’interrompre, l’espace d’un instant, le ténu courant d’air en provenance du portail. cela voulait dire qu'elle venait de le contourner. Elle était passée à environ deux mètres de lui, ce qui allait l’amener...

« Catastrophe ! Tout droit sur mon piège électrisant. Elle doit même pas savoir que ça existe, les monstres n’en ont pas. »

Il se leva et avança de quelque pas, s’éloignant de la zone des pièges. Une main en visière devant les yeux, il regardait à gauche et à droite.

<Poof>


Derrière vous, derrière vous ! crièrent des gens dans le public, qui venaient de voir Zcyn réapparaître. Hésac se retourna, avec beaucoup d’emphase et faisant tournoyer son bâton, mais en prenant soin de laisser à l’assassine tout le temps pour repasser sous Cape.

« Fichu métier, qu’est-ce qu’il faut pas faire. Bon, c’est là qu’elle m’égorge, en principe. Allez, ça va piquer un peu. »

Il se raidit. Perçut une présence juste derrière lui. Qui lui arracha son arme des mains.

« Haha. Bien joué, assassine. »

Puis il s’écroula face contre terre, assommé d’un coup de bâton à la nuque.

DarkMatter et Moonkir se précipitèrent. SirWatson, éberlué, ne trouvait plus ses mots et restait planté là, comme frappé par la foudre. Quant aux gens dans la foule, ils hésitaient à applaudir.

« - Evidemment, c’est facile pour elle, je vois pas où est le mérite. »
« - C’est quand même l’anniversaire du chef, elle aurait pu le laisser gagner. »



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Re: [RP] Zcyn

Messagepar Sairen » Lun 14 Sep 2015 22:58

J'ai bien rit

Continue comme ça honnêtement, et désolé de n'être pas venu plus tôt :_3:
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Re: [RP] Zcyn

Messagepar zcyn » Lun 5 Oct 2015 18:00

Zcyn LXIII

La possédée




« Et bien m’y voilà, finalement.»

Le trajet depuis Laksy s’était déroulé sans encombre, les zones traversées étaient sans danger, et les sentiers bien entretenus. Il fallait reconnaître ça aux Déva, ils prenaient soin des alentours de leur ville. Zcyn descendit de son ornitho. La vaste pelouse qu’elle foulait maintenant forçait elle aussi l’admiration. Grasse, verte, et pas un brin d’herbe plus haut que l’autre.

Deux ou trois monstres attaquèrent, sans conviction, un peu pour le principe. Zcyn les chassa d’un simple revers de la main et considéra le quartier général des templiers. De hautes grilles, essentiellement ornementales, enserrant un dallage blanc. Des arbres épars plantés çà et là pour rompre la géométrie trop régulière du lieu. Le templier Oyu, qui se promenait à pas dignes et lents le long du bâtiment et qui adressa un petit signe de tête à la jeune fille. Tout respirait la paix et la sérénité.

« Et dire que là-dessous… »

Là-dessous, c’était son tour d’y aller. La veille, elle avait été convoquée à Palmir par SirWatson, le capitaine de guerre des Villains. Au matin, quand elle était entrée, celui-ci avait poussé un soupir d’accablement.

« Ah. Zcyn. Oui… La Guilde est censée envoyer quelqu’un à Porte-Espoir aujourd’hui, et tous nos bons éléments ont déjà rempli cette mission. Maintenant, on envoie ce qu'on peut. En Sixième rang il ne reste que toi. Même MissPiggy y est déjà allée, c’est dire… »

Dans un tiroir il avait pris un feuillet à en-tête des Villains.

« Bon alors. Il faut que je remplisse ça pour l’envoyer au Conseil des Guildes, pour leurs archives. Ils suivent ça de très près. Pardon ? Ils te connaissent, là-bas ? Hé bien c’est pareil. Alors. Zcyn, asura, femelle, classe assa, rang Six. Armes, fais voir. En dessous de la moyenne. Armure? On va mettre dans la moyenne. C’est moi qui te l’ai choisie, après tout.
Les quêtes maintenant. L’île perdue, t’en es où ? Ah, tu coinces sur Draka et sur la Kainen. Tu m’étonnes. Bon, je mets ‘Quête pas faite’ ».

D’une écriture sans élégance mais très lisible, SirWatson noircissait ligne après ligne.

« Les donjons. Les Cavernes ardentes, t’en fais combien en une heure? Dix, douze? Ah, tu trouves que Vulcanos a l’air d’un brave type un peu paumé, t’as pas envie de l’attaquer? Sans blague. Tiens, prends ce Petit manuel du parfait Villain, dernière édition. Je sais que t’as du mal à déchiffrer, mais force-toi à l’ouvrir, un jour, à l’occasion. Tu verras, page des donjons, Vulcanos il est marqué Boss, donc tu fonces dessus, un point c’est tout.
El Kassia, ça passe? Comment, tu as l’impression que tu sers juste d’appât, que les monstres te tuent à toute vitesse et que personne te soigne? Et tu t’attendais à quoi? Au fait, on est bien d’accord, on est en train de parler du caché, n’est-ce-pas? Pardon? Tu sais où est le donjon, donc il n’est pas caché? «

SirWatson, comme souvent en présence de Zcyn, perdait patience. De la main qui ne tenait pas la plume d’oie, il tapotait nerveusement la table.

« Attends, déjà je marque ‘Cavernes pas faites’ et ‘El Kassia pas fait’. Ils vont être impressionnés, hein, les gens qui te connaissent, soi-disant, au Conseil des Guildes.
Alors reprenons. Calmement.
Caché, c’est quand il y a le petit koala qui danse devant un portail, et tu le tues pour passer, et tu arrives dans le même donjon, mais tout lent, tout figé.
Non? Cela ne te dit rien? Parce-que bon, ça fait quand même un moment qu’on les a repérés, ces donjons cachés. On élève même spécialement des koalas pour ça. Ah, tu veux bien essayer? Oh mais comme c’est gentil de ta part. Pardon? Tu vas commencer par quoi? Lune aride cachée? »

SirWatson s’était levé brusquement, fulminant de colère. La fragile plume d’oie s’était brisée dans sa main droite. La main gauche, elle, s’était abattue sur la table, faisant tressauter les petits objets qui s’y trouvaient. Dont la bouteille d’encre, qui s’était renversée.

« Ouste ! Sors d’ici, disparais à l’instant ! Va réveiller cet ahuri de DarkMatter ! »

Le magicien de guilde était effectivement assoupi dans un coin de la bibliothèque, la tête sur un gros livre à l’épaisse couverture de cuir moelleux, qui lui servait souvent d’édredon. Et qu’il n’avait jamais ouvert. L’assassine l’avait secoué un peu. Il s’était réveillé en sursaut.

« Je ne dormais pas, chef ! Oh c’est toi, Zcyn. Bien le bonjour. Tu t’en vas à Porte-Espoir, j’imagine, c’est pour ça que tu viens me voir. Certes pas pour emprunter un livre. Qu’en ferais tu… »

Zcyn avait ouvert la bouche pour répondre, puis avait renoncé.

« Prends bien garde à toi, assassine. Cet endroit catalyse un haut potentiel de dangerosité. Non pas tant de par ses monstres, avec Buvenir et Hésac nous les avons largement éradiqués. Mais parce-qu’il est à la confluence de nombreuses dimensions, qui toutes, par capillarité, tendent à aspirer, à s’accaparer la subst… »

Il avait remarqué les sourcils froncés de la jeune fille. Et avait pris pour de l’incompréhension ce qui était surtout du scepticisme.

« Capillarité, au sens d’un gradient de transmigration interdimensionnelle, pour faire simple. Comme une métempsycose si tu veux, mais évidemment à une échelle substantifi… »

L’assassine fronçant de plus en plus les sourcils, le magicien s'était interrompu, découragé.

« Pas rester longtemps. Faut pas. Pas s’attarder. Sinon, une partie de toi peut rester bloquée dans un autre monde, et donc ce sera autant de perdu pour toi dans ce monde ci. Evidemment ce phénomène concerne avant tout les classes à haute intelligence, donc a priori tu es peu exposée. Mais ne prends pas de risques, ressors sitôt qu’une étrangeté se produira. Du feu qui ne brûle pas, une horloge dont les aiguilles tournent à l’envers, tes épées qui se mettent à parler, ce genre de choses. File, et fais honneur aux Villains. Dans la mesure du possible.«

Zcyn n’avait pas vraiment été convaincue. Pour elle, toutes ces histoires de mondes et de dimensions n’étaient que fariboles invérifiables, de pures inventions des mages pour se donner de l’importance. Mais, impatiente de se mettre en route, elle avait laissé discourir DarkMatter sans formuler de doutes ou d’objections.

Et maintenant, en cet après-midi déjà un peu avancé, elle était à pied d’œuvre. En ce lieu où elle était déjà venue jadis, accompagnant le groupe d’élite qui avait exploré Porte-Espoir pour la toute première fois. Sauf que, on l’avait juste fait venir pour sautiller et déclencher l’ouverture du portail. Après, on l’avait laissée dehors.

« Il en sera bien différemment aujourd’hui », se dit-elle en brandissant ses épées. « Tremblez, murs de Porte-Espoir. Car celle qui vous rend visite céans est de la race des héros. Je suis Zcyn, l’inflexible assassine. De Sixième rang encore, mais déjà légendaire.»

Elle rengaina ses armes, sortit le Petit manuel du parfait Villain et commença à en tourner les feuilles, à la recherche de la combinaison pour ouvrir le portail magique.

« Voyons voir. Où en étais-je… Tremblez, murs de Porte-Espoir… Mais où est cette fichue page ? Tremblez, car je suis l’inflexible Zcyn… Rien dans la table des matières. Tremblez, je suis inflexible et légendaire…Peut-être tout à la fin du livre. Tremblez, tremblez… Mais il n’y a rien du tout ! Même les Cavernes ardentes n’y sont pas. »

Elle dut se rendre à l’évidence. Ses yeux se plissèrent, ses lèvres se tordirent en une grimace courroucée.

« Il a fait exprès de me refourguer un manuel pas à jour du tout ! Une vieille édition. Ohhhh… SirWatson, ça se paiera ! »

Il était trop tard pour retourner chercher une version plus récente à la Guilde ou chez elle. Elle poussa un soupir. Et commença à sautiller sur les dalles, telle une gamine qui jouerait à la marelle.

Il fallut bien vingt minutes avant que ne se produise le scintillement caractéristique d’un portail qui s’active. La Villaine s’en approcha. Et remarqua aussi le Templier Oyu qui venait vers elle.

« Vous vouliez rentrer, petite demoiselle ? Il fallait me demander la combinaison. Depuis le temps que je vois passer des aventuriers, vous pensez bien que je la connais. Je croyais que vous profitiez de nos belles dalles pour vous entrainer en vue du championnat municipal de marelle de Laksy, dans deux semaines. »

Un instant, Zcyn pensa se jeter sur lui et lui arracher les yeux. Mais elle décida que les créatures de Porte-Espoir feraient des cibles plus adéquates. Et franchit le portail.

Il y eut l’habituel éblouissement dû à la téléportation. Elle cligna des yeux, puis regarda autour d’elle.

Cet endroit n’avait rien à voir avec ce qu’elle avait pu voir jusqu’ici en matière de donjon. Ce n’étaient pas des ruines poussiéreuses comme à Lune aride, ni de sombres galeries suintantes d’humidité comme aux Mines perdues, ni des parois glacées semées de blocs cristallins coupants et pointus comme à Vallée de cristal.
Ici c’était vaste, lumineux, parfaitement net. Une poussière, une tache auraient semblé saugrenues, déplacées. Comme chez les Déva, comme dans la cité de Laksy. Pourtant, ça n’avait rien à voir.

« Le ciel ! » se dit la Villaine. « Le ciel et tout ce qui va avec. Le soleil, les nuages. Il n’y en a pas. »

Il n’y avait pas davantage de sol, d’ailleurs. Tout flottait dans le… noir. Un noir qui n’était pas la nuit non plus pour autant.

Des sortes de moines encapuchonnés allaient et venaient, sans lui prêter la moindre attention, et sans paraître accomplir quoique ce soit hormis marcher de long en large, sans trêve ni repos.

« Sont-ils réels ? » se demanda la jeune fille qui repensait aux armées mécaniques de « fanatiques », mus par la magie et le lak, que les RoxxorDuPoney faisaient circuler à la sortie des villes, pour aguerrir les aventuriers.

« Bah, qu’importe. Je ne suis pas là pour eux. »
Plusieurs escaliers s’offraient à elle. L’assassine en gravit un au hasard, ce qui l’amena vers une autre plate-forme, comportant elle aussi des escaliers menant à encore d’autres plates-formes qui elles-mêmes…

Zcyn s’arrêta. Aussi loin qu’elle pouvait voir, ce n’était que plates-formes et escaliers.

« Ralentis, ma fille. Je n’ai pas de plan, à cause de ce gougnafier de SirWatson. Donc on arrête de courir, et on inspecte.»

Deux salles s’offraient à elle. Elle commença par celle de gauche. Le lieu était sombre, et empli d’amas d’une matière ocre, extrêmement friable, comme du bois qui aurait été rongé par des termites. Pendant des centaines d’années. Dans un coin, elle repéra une sorte de salamandre. A vrai dire, il aurait été difficile de ne pas la repérer. Toute verte, toute énorme, avec comme une coupole métallique sur le dos, qui émettait un son de grelot fêlé.

« C’est la compassion qui dicte leurs actes aux héros. Par charité, je me dois de tuer cette créature improbable. »

L’assassine passa sous Cape.
Mais en dégainant ses épées elle pulvérisa un amas ocre derrière elle. La fine poussière lui irrita les yeux et la fit tousser. Cela suffit à mettre fin à son invisibilité. A tâtons, elle retrouva l’escalier.

« Un héros sait aussi reconnaître quand un combat est manifestement mal engagé. Monstre vert, je sursois à ton trépas. »

L’autre salle était plus spacieuse, le sol plus dégagé. Des moines bleus et des moines rouges l’arpentaient à grandes enjambées, faisant le geste de prendre un livre sur une étagère vide, puis de le déposer sur une autre étagère, également vide.

« Peut-être que dans leur dimension il y a vraiment des livres. » murmura-t-elle, avant de se raviser.

« Euh, attends voir, je suis en train de me laisser embobiner, là, à parler de dimensions. Non, ils sont juste tous complètements crétins. Ou parasités. Tiens, à propos de créature stupide, ou est Luerphédon ? »

Sa panthère la suivait habituellement à la semelle. Mais là, rien. La Villaine regarda autour d’elle, puis alla vers la rambarde qui bordait la salle.

Incroyable ! Trente mètres en contrebas, Luerphédon nageait dans le… noir. L’assassine songea à se jeter dans le vide elle aussi, pour voir. Mais la panthère avait fini de nager et se matérialisa dans un coin de la salle.

« Regarde, Luerphédon » lança l’assassine en se plantant devant un moine bleu, « ces types sont comme des somnambules, ils ne se rendent même pas compte de… Euh… En fait si, il m’a vue. Si on se met trop près, ils détectent. Ah zut, il m’a immobilisée aussi. Et bien sûr, il y en a deux autres qui s’approchent. Des rouges. Et allez, je brûle, maintenant ! Fais quelque-chose, Luerphédon, je ne sais pas, moi, attaque ! »

A grand peine, Zcyn réussit à se dégager et courut vers le premier escalier venu.

« Luerphédon, comprends bien que nous ne sommes pas du tout en train de fuir. Un héros ne saurait se dérober au danger. Mais ma mission est d’inspecter, je passe donc à une autre plate-forme. Et je cours pour gagner du temps. En toute sérénité.»

Si tu le dis, ma grande. Si tu le dis.

L’assassine et son familier aboutirent dans une salle fort vaste, entièrement vide, aux murs lisses. La panthère rugit, comme elle le faisait parfois pour provoquer un éventuel ennemi caché. Ou par instinct de territorialité. Ou simplement pour le plaisir de rugir.

Rowwwwwwr !

Rowwwwwwr

Rowwwwwwr


« Un écho ! Pas étonnant, cette salle est tellement grande. A mon tour.
Zcyn ! »

Ouhnn

Ouhnn


« Pardon ? Je n’ai pas dit Ouhnn. Je recommence.
Zcyn !»

Ouhnn

Ouhnn

Dauss


Les recommandations de prudence du magicien de Guilde revinrent à l’esprit de la jeune fille. Pas t’attarder. Ressors sitôt qu’une étrangeté se produira. Du feu qui ne brûle pas, ce genre de choses.

« On décampe, ma panthère. On décampe tout de suite. Cours ! »

Dévalant les escaliers, traversant les salles en trombe sans laisser aux monstres le temps de réagir, l’assassine et son familier eurent bientôt le portail de sortie en point de mire.

« On y est presque, Luerphédon. Hé, mais… ? »

Plantée au beau milieu du dernier escalier, une sorte d’assemblage entre une poupée d’enfant et une gargouille de pierre les regardait venir. Mais pas un assemblage vertical, comme un centaure de l’Ile des apprentis par exemple. Plutôt un hybride… longitudinal.

« Une hallucination. » décida Zcyn. « Je fonce. »

Le choc fut rude. Pour l’assassine, en tout cas. La demi-poupée quant à elle n’avait pas bougé d’un centimètre et arborait juste une expression étonnée.

« Es stupide. Ne m’as pas vue? Suis bien trop forte pour toi. Tu regardes ! »

La salle la plus proche était celle de la salamandre géante à coupole. La demi-gargouille s’en approcha, l’assomma aussi facilement que s’il s’était agi d’un kobold des marais, puis revint vers l’escalier.

« As vu ? Es symétrique, donc es faible et aussi laide et ignare. N’est pas ta faute, n’es pas évoluée, n’as pas de demi-corps spécialisé. Mais devrais au moins reconnaître quand n’as aucune chance. Sais dans onze semaines et trois heures où sera la lune dans votre ciel ? Facile, sera orientée plein Sud. Suis plus jolie, plus intelligente, plus… tout, en fait. Cependant, ai besoin d’aide. Devient difficile pour moi ici. »

« - Qu’est-ce que tu veux ? » demanda Zcyn. « Et surtout, qui es-tu ? »

« Suis la Possédée. Suis Enny. »


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Re: [RP] Zcyn

Messagepar Sairen » Dim 11 Oct 2015 13:00

Je ne pensais pas Enny aussi arrogante, c'est drôle
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Re: [RP] Zcyn

Messagepar zcyn » Lun 28 Déc 2015 17:19

Zcyn LIX

Si proche, et pourtant si loin


« La bestiole qui sautille, là-bas » annonça Zcyn, à l’intention de sa panthère.

L’assassine s’efforça de faire coïncider le viseur de l’arme et la silhouette de ladite bestiole. Il y eut un « dzoinnng….tchac ! ». Zcyn écarquilla les yeux. La bestiole sautillait toujours. Une autre en revanche, située quelques mètres plus à droite, venait de s’écrouler au pied d’une souche.

« Je voulais dire, la bestiole à côté de l’arbre mort. »

Si tu le dis, ma grande, si tu le dis.

Zcyn ne comprit rien aux grognements de Luerphédon. C’était d’ailleurs l’avantage; on pouvait tout lui dire, en retour on n’avait jamais droit à des critiques, des objections, des remarques ironiques ou acerbes.

L’assassine attendait Enny, dans cette zone où les monstres étaient tellement faibles que personne n’y venait jamais, même pas les jeunes apprentis asurans. Sans expliquer pourquoi, la demi-poupée avait précisé qu’elle ne pouvait pas fixer d’heure précise. Alors Zcyn avait apporté de quoi s’occuper. Une arbalète d’occasion qu’elle avait achetée il y a fort longtemps, puis rangée dans son placard du donjon de Guilde, et oubliée là.

Elle encocha un nouveau carreau et entreprit de tendre l’arc de métal. Le levier grinça horriblement.

« Mais punaise, c’est pas possible que ce soit aussi dur, ça doit être coincé. Maudite arbalète, veux-tu bien… »

Un genou sur l’arme, arc-boutée sur le levier et appuyant avec les deux mains, la Villaine parvint, centimètre par centimètre, à tendre le câble jusqu’au point d’accroche du cliquet.

« Non mais alors, qui c’est qui commande ? «

Satisfaite, l’assassine décida de ne plus toucher à l’arme. Elle la ramènerait telle quelle dans son placard de la Guilde, avec un carreau encoché, directement prête à l’emploi. Tout à sa lutte avec les leviers grinçants, manivelles fourbes et câbles rétifs, elle n’avait pas entendu Enny s’approcher dans son dos.

« Tu donnes ! Vais te montrer. Deux d’un coup. Hummm… pas bien entretenu tout ça. Axe tordu, pièces disjointes, gachette qui a du jeu. Nécessite d’introduire un facteur probabilistique dans le calcul de visée… Et les deux bestioles qui gambadent aléatoirement… Petit exercice de tir devient intéressant. Chaos, logique floue ? Disons, géométrie à parallèles convergentes. Poésie embellit les calculs de trajectoire. Ne jamais oublier la poésie. »

« dzoinnng….tchac ! »

Comme annoncé, deux bestioles périrent. Enny plaça l’arbalète dans sa main de gargouille et la retendit sans effort, avant de la rendre à Zcyn.

« Assez joué. T’ai amenée ici car es une créature bornée et sceptique. Capacité d’abstraction faible. As du mal avec les dimensions, du mal à admettre. Et pourtant dois admettre, sinon ne peux comprendre mon désarroi, ne peux m’aider.
Alors, vais te prouver les choses. Vais te faire changer de dimension. Ton arme, poids inutile. Tu laisses ! Le rivage, le plus près possible de l’eau. Tu vas ! »

Zcyn commençait à s’habituer à la syntaxe particulière de la Possédée. Elle s’approcha autant que faire se pouvait des flots sombres et peu engageants, qui donnaient la dernière touche au paysage déjà assez lugubre que composaient les blocs basaltiques du sol, durs et rugueux, et les lourds nuages noirs qui parcouraient le ciel, portés par l’habituel vent de tempête qui soufflait sur Katan.

« Ton regard » continua la demi-poupée, « doit se porter le plus loin possible. Et maintenant… tu sautes ! »

Malgré son appréhension de disparaître sous les flots, Zcyn bondit en avant. Tout devint noir. Puis elle sentit un sol ferme sous ses pieds.
« De l’herbe », constata-t-elle. De l’herbe à perte de vue.

« Tu marches ! Tu cours ! » ordonna Enny, qui avait suivi le mouvement.

L’assassine ne voyait toujours que de l’herbe. Ni monstres, ni personne.

« N’est pas complet, ici. » expliqua la demi-poupée. « Manque beaucoup de choses. Voyages vers les mondes complets sont beaucoup plus difficiles. Mais celui-ci, facile d’accès, très petit. Vas te rendre compte bientôt. »

En effet, l’horizon s’était subitement rapproché. L’étendue verte s’arrêtait net. Un mur noir infiniment large et infiniment haut empêchait d’aller plus loin.

« - Qu’est-ce qu’il y a de l’autre côté ? » demanda la jeune fille.

« N’y a pas d’autre côté. N’est pas un mur, est l’extrémité finale de ce monde. Mais contient encore des choses, n’as pas tout vu. Le long du bord, pendant quelques minutes. Tu marches ! »

« Que faire d’autre, de toute façon » se disait Zcyn, qui s’attendait à tomber bientôt sur un autre mur. Il n’en fut rien. Devant elle, bien au-dessous de la surface du sol, apparut une cuvette, un cratère. Au fond d’icelui, des murailles labyrinthiques, que la Villaine ne tarda pas à reconnaître, bien qu’elle les vît sous un angle fort inhabituel.

« Mais… c’est mon donjon ! C’est Palmir. Hé, d’ici je suis bien placée pour voir si les aventuriers n’oublient pas de payer la taxe de donjon, en sortant.»

« Ne viendra personne. N’est pas Palmir. Est un souvenir du reflet de Palmir dans un miroir brisé. Qu’importe ! Maintenant, as vu, as touché, ne peux plus nier l’existence d’autres mondes et la possibilité de passer de l’un à l’autre. Es prête à entendre mon histoire. Tu t’assois ! »

Zcyn s’agenouilla. Enny resta debout, ce qui la mettait à la même hauteur que l’assassine.

« Voyages entre les mondes sont soumis à certaines lois, selon la technique mise en œuvre. Méthode employée par la Sorcière, doit respecter la loi de la masse dimensionnelle constante, ou loi de compensation. Sorcière quand a failli être brûlée, s’est réfugiée ne sais où, un monde quelconque, premier venu. Bien des années après, a trouvé un passage pour revenir ici, dans son monde. Chaque tentative, me trouve chassée du mien, par compensation. Malchance a voulu que nos masses dimensionnelles soient équivalentes. »

« - Et si tu faisais un petit régime, pour perdre du poids ? » suggéra l’assassine.

« Pourquoi me prouver ainsi constamment à quel point es stupide ? Ne s’agit pas de tonnes ou de quintaux, et ne s’agit pas de lieues ou de kilomètres. S’agit d’affinité magique, et de difficulté de passage. Mon monde, plus difficile d’accès que celui où elle a trouvé refuge, mais mon affinité magique, plus faible que la sienne. «

« - Et ça peut arriver à tout le monde, d’être un contrepoids ? » s’effraya la Villaine.

« Chances sont faibles. Comme pour un astéroïde de tomber sur tes pieds. Destin m’a choisie. Ma malchance. Premier transfert, ai cru à un mauvais rêve. Fallu des mois pour saisir les tenants et aboutissants. Même pas ne sais pour combien de temps vais rester à chaque fois. Aventuriers, quand attaquent la Sorcière à Porte-Espoir, se sauve dans son monde refuge. Et moi, reviens chez moi. Pour quelque temps. Est mon triste sort. »

Bien qu’émue par le récit de la Possédée, Zcyn se sentait surtout totalement dépassée.

« Ai demandé de l’aide aux aventuriers qui venaient à Porte-Espoir. Peut-être, un saurait où encore possible de trouver des objets liés à l’affinité magique de la Sorcière. Et les détruire. Suffirait à modifier sa masse dimensionnelle.
Fut une erreur de ma part. Maintenant, vois des groupes d’aventuriers venir à Porte-Espoir. Pas pour le donjon. Pas pour la Sorcière. Me traquent moi. Ne sais pas pourquoi. Me cache, parfois les affronte, mais…
De plus en plus difficile. Depuis peu, ne réussis plus à me cacher. Me trouvent à chaque fois. »


Zcyn essayait de se souvenir. Des objets liés à la Sorcière ? Quelqu’un à la Guilde avait mentionné certaines découvertes lors de la toute première expédition à Porte-Espoir. Des copies de pages d’un grimoire de la Sorcière. Grimoire ? C’était forcément DarkMatter alors, le magicien de guilde. Passant son temps dans les bibliothèques, et pas seulement pour y faire la sieste. Un érudit, fin connaisseur des théories transdimensionnelles, et féru d’histoire des batailles. S’il avait vu des copies, il aurait peut-être sa petite idée sur l’endroit où trouver les originaux, s’ils existaient encore.

« - Je connais peut-être quelqu’un. Euh… il faudrait que tu me ramènes maintenant. Cette personne justement m’a bien recommandé de ne pas rester trop longtemps dans ce genre d’endroit. Et puis, j’ai mon arbalète à récupérer et à ramener dans mon placard à Palmir. Le Palmir normal, je veux dire. »

L’assassine n’avait pas tort de s’inquiéter. Deux kobolds étaient en train d’examiner l’arme. Venus à pied du Marais des Noyés, en vue de préparer une expédition guerrière contre les bestioles locales, ils s’étaient dissimulés dans une flaque de boue à l’apparition de Zcyn, ne laissant dépasser que les narines et les yeux. Terrorisés et fascinés à la fois, ils avaient vu la géante de Katan manipuler la puissante machine de guerre. Soudain était survenue une colossale gargouille, et les deux kobolds s’étaient totalement immergés dans la boue. Ils pouvaient tenir en apnée vingt minutes, et c’est au bout de ce laps de temps qu’ils avaient émergé. Les gigantesques créatures avaient disparu, et la machine de guerre était toujours là.

« Ramenons-là, GrunMud » ordonna le plus grand des deux.

« - Mais, GrunKin, c’est un assemblage infernal, c’est l’oeuvre du démon, c’est de la tche.. de la chnog.. »

« C’est de la technologie des mécanismes. Et c’est cette technologie qui nous fera gagner les batailles contre les bestioles du coin. Et un jour contre les géants ! » répondit GrunKin en se redressant de toute sa stature. Haut d’un pied et cinq pouces, il dominait nettement tous les autres kobolds du Marais. Il était donc le roi. Le second en taille était GrunMud. Il était donc le vice-roi.

Montrant l’exemple, GrunKin saisit le côté où il y avait l’arc métallique, et du regard désigna l’autre extrémité, le manche. Transporter une machinerie d’une telle dimension n’était pas chose aisée pour les deux kobolds. Après quelques mètres, déjà fourbu et les pattes encore humides de boue, GrunMud glissa sur une pierre ronde et laissa choir le manche de l’arbalète.

« dzoinnng….tchac ! »

GrunMud plongea dans la première flaque de boue venue. Vingt minutes plus tard il risqua un œil. Horreur et désolation! Embroché par le carreau qui lui entré par la gueule et lui avait défoncé le crâne, GrunKin gisait. Une patte, la queue, bon, ça aurait repoussé après quelques semaines. Mais pas la tête. Maudits géants ! Maudite technologie des mécanismes !
Le kobold survivant considéra l’arbalète avec effroi. Plus question de la ramener, il fallait rentrer au plus vite. Le retour au Marais des noyés prendrait tout le reste de la journée, et une partie de la nuit. Une fois au village, GrunKin serait, selon la coutume, étendu sur un lit de champignons en décomposition et recouvert de larves d’insectes avant d’être enfoui dans la vase.

GrunMud chargea le corps sur ses épaules. Il était roi.


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Re: [RP] Zcyn

Messagepar Sairen » Lun 1 Fév 2016 23:31

Cette fin, une anecdote perdue un peu hors-sujet, mais suffisamment drôle pour alléger le ton sombre de la seconde partie de l'acte.

Du bon travail, continue comme ça :bravo:

(En attente de ton prochain chapitre, je vais sauver tout ça dans les prochains jours)
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Re: [RP] Zcyn

Messagepar zcyn » Mer 13 Juil 2016 18:24

Zcyn LX

Les maîtres étalons



Couchée dans la neige, Zcyn observait le Boss de champ en contrebas.

« Résumons », pensa l’assassine à voix haute. « J’ai moins d’allonge, je tape moins fort et il encaisse mieux que moi. Forcément, je perds à chaque fois. Ah ça, le premier coup passe parfaitement bien, je suis sous Cape. C’est tous les autres après qui ne vont pas. Zut et zut. Je suis dans une impasse, là. Comment je me débarrasse de lui ? »

Lui, c’était Draka, un boss secondaire et opportuniste. Il s’était approprié une part des territoires anciennement submergés de l’Ile perdue et qui avaient ressurgi pendant ces semaines, ces mois de chaos qui avaient suivi la défaite du maître jusque-là incontesté, le boss dragon Obsidikar, face à la guilde des RoxxorsDuPoney. Depuis, il protégeait vaguement la communauté de chats mardukans qui s’était établie dans la zone, et en retour recevait de copieuses offrandes de poisson.

Il avait certes été vaincu, ou plutôt provisoirement renvoyé vers son monde d’origine, par de nombreux aventuriers, y compris par des Villains, dont le premier avait été Hésac, le chef de Guilde, accompagné par ses trois conseillers DarkMatter, Moonkir et SirWatson. Plus tard, le même SirWatson était revenu pour aider MissPiggy et Tashia, les cousines MoneyPenny.

« Luerphédon, tu ne voudrais pas descendre et lui dire que je suis légendaire? »

Mais la panthère ne bougeait pas.

Désolée, ma grande. T’as vu la taille du bestiau ?

Occupée qu’elle était à échafauder des plans d’attaque, l’assassine ne s’aperçut pas qu’elle était elle aussi épiée. Deux RoxxorsDuPoney, à savoir LegolasKevin l’archer et Pégéhemm le gladiateur, s’étaient cachés un peu plus haut.

« Tu sais, LegolasKevin » confia le gladiateur, « Les missions d’escorte, c’est vraiment pas ma tasse de thé. Je préfère tuer dix rats, à la limite. »

« Tu t’expliqueras avec le chef, alors.» répondit l’archer « Moi, je m’en tiens à ce qu’il a dit. Et il a été très clair. Faire tout ce qu’elle dit, ne surtout pas la contrarier. Surtout, surtout pas. Et la ramener dare-dare chez les Paragon Nightmare, à Lune Aride.»

Les deux hommes étaient les meilleurs de leur guilde, et donc probablement du monde, dans leur spécialités respectives. Physiquement, ils correspondaient parfaitement à ce que le chef des RoxxorsDuPoney recherchait chez ses capitaines. Aussi grands et larges d’épaules qu’un yéti adulte, et pas du genre à se poser des questions. S’il y avait un ennemi, ils tapaient dessus. Si l’ennemi était toujours là, ils tapaient encore. Totalement dévoués et loyaux envers leur Guilde, du moment que cela leur permettait de toujours bénéficier du dernier cri en matière d’équipement.

« Bon, elle se décide ? Elle va nous mettre en retard. Ah! Elle passe sous Cape. Allons-y! »

Faute d’avoir trouvé une tactique nouvelle, Zcyn venait de décider en effet de tenter encore une fois ce qui avait déjà échoué les neuf autres fois où elle était venue, l’attaque à l’instinct.

Ce jour-là cependant, Draka ne remporta pas une dixième victoire. Les frappes brutales de Pégéhemm, les flèches précises de LégolasKevin en décidèrent autrement.

Zcyn essuya les lames de ses épées, puis leva les yeux. Reconnaissant les emblèmes de Guilde, elle en conçut un certain courroux.

« De quoi? On me vole ma quête? On dirait que vous ne savez pas à qui vous avez affaire. Fichez le camp, les deux Roxxors, avant que je répande vos tripes sur la neige! Cela fera au moins plaisir à Draka, quand il reviendra. Encore que, même pas sûr qu’il en veuille.»

« Pardonnez notre intrusion dans votre combat, noble demoiselle Zcyn » s’excusa l’archer en s’inclinant. « Tout le butin vous revient, naturellement. Nous ne nous serions pas permis, si nous n’étions missionnés pour vous escorter jusqu’au donjon des Reliques. Vous faites partie de la sélection. »

Le gladiateur s’inclina à son tour et tendit un papier plié en quatre. La jeune fille reconnut l’écriture d’Hesac le sorcier, le leader des Villains. Elle reconnut son style aussi, plutôt… succinct.

« Suis-les. On t’expliquera sur place. »

« Hé bien, je m’y résous, puisqu’il le faut » soupira l’assassine en froissant le message.

A Rondo, plus précisément au Conseil des Guildes, on se préparait également à se rendre à Lune Aride.
L’Intendant Karcinaum s’impatientait, ne tenait plus en place. Pourtant Il n’était pas du voyage. C’est Buvenir, le Premier conseiller, qui, à bord de la calèche officielle et escorté par des gardes en tenue d’apparat, parcourrait les avenues de Rondo, en franchirait le pont puis prendrait le chemin de Lune Aride.

Là, devant les chefs de guildes réunis, il adresserait officiellement ses vœux de succès aux aventuriers sélectionnés pour devenir les premiers Maîtres. Donnant ainsi son aval au projet élaboré des lunes auparavant par Karcinaum, son second, pour rendre les aventuriers plus forts. Un nouveau Rang, de nouveaux sorts, de nouveaux équipements. Et un nouveau donjon pour faire passer les épreuves.

Un donjon dont la construction avait coûté les yeux de la tête. Un Consortium avait été créé spécialement à cet effet, regroupant les banquiers les mieux établis, la guilde des RoxxorsDuPoney et de riches marchands de Rondo. Dans l’ombre, en retrait, Karcinaum tirait les ficelles.

Les artisans les plus renommés avaient répondu à l’appel, mus moitié par la crainte de déplaire au puissant Consortium, moitié par le désir de montrer leur savoir-faire en matière de charpentes, de magie, de voutes, d’automates, d’architecture.
La construction d’un donjon ! On n’avait plus vu ça depuis des siècles et des siècles. La dernière tentative en date, en lisière du Désert de Cériu, avait été un échec retentissant. Alors cette fois-ci, il s’agissait de ne pas rater l’occasion.

Des dizaines de bûcherons, d’ouvriers des carrières de pierre, de récolteurs de lak, avaient sué sang et eau pendant des mois. Les Mines Oubliées avaient été rouvertes pendant quelques semaines, certains filons de métaux ne se trouvaient que là. Beaucoup de pauvres bougres s’étaient présentés. Munis seulement de la pioche que leur louait le Consortium, et de l’espoir de peut-être se payer un premier équipement d’aventurier, ils avaient creusé sans relâche, prolongeant d’anciennes galeries épuisées, affrontant les fantômes d’anciens mineurs, remplissant les chariots métalliques d’un minerai que le même Consortium leur rachetait deux roupies la livre. Et beaucoup avaient péri.

Au final, la construction était en voie d’achèvement. D’ici quelques semaines, voire quelques jours, les réservoirs à lak seraient remplis, les portails seraient activés, prêts à téléporter les premiers aventuriers, ceux qui avaient été choisis pour devenir les premiers maîtres. Avec gourmandise, les créanciers, les banquiers qui avaient avancé l’argent, faisaient er refaisaient leurs additions, impatients de présenter la note. Une facture colossale. Qu’importeraient alors les réticences de Buvenir ?

« Il n’aura pas d’autre choix que de faire voter par le Conseil l’instauration de la Fiscalité » se disait Karcinaum tout en surveillant du haut de sa tour les préparatifs du départ, en contrebas. « Et dès lors, chacun, de l’humble pêcheur au fermier prospère, aura obligation de remettre la moitié de ce qu’il gagne au Conseil des Guildes. Aussi longtemps que le Consortium ne sera pas remboursé. Autant dire, aussi longtemps qu’il me plaira. »

Dans la cour d’honneur, la calèche avait été amenée. Les domestiques d’équipage s’affairaient autour d’elle. Des valets d’écuries entrèrent à leur tour, sans hâte, menant des chevaux par la bride. Les deux timoniers, les chevaux de l’arrière, étaient des bêtes placides qui se laissèrent harnacher sans faire de manières.
Mais avec celui de volée, un étalon noir, puissant, ombrageux, ce fut une tout autre histoire. Venait-il d’avoir été piqué par un taon ? Ou s’agaçait-il qu’on ne l’ait pas laissé finir son picotin d’avoine ? Il secoua d’abord la tête, hennissant, mordant sa bride. Puis il se cabra. Le valet qui le tenait tomba à terre. Les autres, munis de bâtons, de fourches, de cordes, firent cercle autour de la bête, essayant de lui attraper la crinière, de lui ligoter les pattes.
Mais l’animal, loin de se calmer, se dégagea d’une ruade, et se mit à arpenter la cour d’un pas nerveux, faisant demi-tour quand il arrivait face à un mur, et distribuant les coups de sabots. Pis, la tension commença à gagner les deux autres chevaux, ceux qui étaient déjà attelés. S’ils se mettaient eux aussi à ruer, la frêle calèche ne serait bientôt plus bonne qu’à faire du petit bois pour le feu.

Karcinaum se précipita dans l’escalier et dévala les marches. A mi-chemin il se trouva face au chef palefrenier, qui venait l’avertir.

« Maître Karcinaum ! Bucéphale est devenu fou ! On le tient plus, il a l’écume aux naseaux et… »

« Bucéphale, tu dis ? C’est son nom ?» l’interrompit L’Intendant du ton le plus calme qui soit. L’heure n’était pas à la colère. Oh, le châtiment viendrait, et il serait terrible, mais il y avait plus urgent. « De quel élevage provient-il ? »

« Verger de l’aurore » répondit immédiatement le palefrenier. « tenu par le maquignon Melchior ».

« Melchior… Le fils du maquignon Nestor, je suppose. Ou son petit-fils. Il parlait comment, déjà, Nestor…Il avait cet accent de la campagne… » continua Karcinaum pour lui-même, qui s’était remis à descendre les marches sans plus se soucier du domestique. En quelques secondes il fut dans la cour.

« Sortez ! Sortez tous ! »

Tout le monde se précipita au dehors. Les derniers à sortir furent ceux qui transportaient les blessés. Puis l’Intendant entendit le lourd battant de la porte cochère. Il était maintenant seul avec Bucéphale, lequel continuait, bien qu’empêtré dans divers liens, lanières et cordages, à aller et venir, à s’énerver, à s’emberlificoter, à s’énerver davantage.

« Bucéphale viel carne, fé-t-y donc point l’faraud, et cesse de t’en vindre ainsi de drett et de gauche, qu’on dirait girouette au vent. »

L’étalon s’arrêta net et secoua la tête, intrigué par ces intonations qui lui rappelaient ses années au Verger, quand il n’était qu’un poulain parmi les autres poulains. Il s’élança cependant à nouveau quand Karcinaum voulut s’approcher.

« Quelque-chose à lui donner… » se dit-il en parcourant ses poches tout d’abord, en vain. Puis la cour, du regard. « Une pomme! Voilà qui est parfait. » Bien ronde, bien rouge, apportée par quelque valet gourmand et cachée, assez mal, dans un creux de la margelle du puits.

« Oh mais Bucéphale qu’est-ce que j’avions là donc » reprit le mage en étendant le bras loin devant lui, la paume bien à plat, montrant le fruit. « C’est-y donc pour toué c’te pomme ? C’est-y donc pour toué ? »

Le cheval tendit le cou, comme pour mieux voir, ou mieux sentir. Puis il s’approcha d’un pas. Karcinaum ne bougeait plus, laissant la bête venir à lui, continuant à dire un peu n’importe quoi mais d’un ton affable et encourageant.

« Oh mais on n’étions point d’la si méchante carne. On se voulait juste une pomme. On se voulait sa pomme. Mais oui mais oui, prends-y donc ta pomme, et laisse mi donc t’enlever ces ficelles et c’te harnois qu’y t’avions mis tout de guingois, c’te bande de corniauds de valets de cornediable, qu’on en voudrait même point pour laver les pourceaux. »

Karcinaum ôta méthodiquement les diverses entraves. L’animal se laissa faire sans broncher et finit par poser sa tête sur l’épaule de l’Intendant, qui resta quelques instants à lui caresser l’encolure. Il ne s’agissait pas que l’étalon perçoive de l’impatience, de l’exaspération, et s’en reparte à faire des cabrioles.

Puis le mage jugea que bon, ça allait bien comme ça, que le but n’était pas de faire naître une merveilleuse histoire d’amitié entre un élémentaliste et un cheval mais juste que Buvenir, son supérieur, monte dans sa fichue calèche à l’heure prévue par les fichus services du Protocole, traverse au vu de tous la fichue capitale et s’en aille prononcer sa fichue allocution à Lune aride devant les fichus chefs de guildes.

L’Intendant étouffa un soupir de soulagement. Le désastre de dernière minute avait été évité. Il n’avait plus besoin de prendre sur lui, de maîtriser ses nerfs. Il pouvait s’abandonner à son humeur habituelle. Sa mauvaise, sombre, courroucée humeur habituelle.

« Rentrez ! Rentrez tous ! » aboya-t-il.

Las palefreniers, valets et autres domestiques revinrent dans la cour, penauds, tête basse, tenant leur casquette à la main. Pour ceux qui possédaient une casquette. Des gardes entrèrent aussi, par une autre porte, signe de l’arrivée imminente de Buvenir. C’est à eux que l’Intendant s’adressa.

« Le fouet pour tous ! Et qu’un tiers soit pendu ! »

Après quelques instants de cris, de confusion, de poursuites, un silence de cathédrale régna à nouveau. Le Premier conseiller parut enfin. Les gardes formèrent illico une haie d’honneur. Karcinaum quant à lui trottinait de-ci de-là en faisant force courbettes.

Sans mot dire, Buvenir monta dans la calèche, qui s’engagea d’abord dans les larges allées marbrées du parc, puis dans les avenues de Rondo. Les dimensions des roues avaient calculées de telle sorte qu’une fois assis sur la confortable banquette matelassée, tendue de cuir rouge, on soit un peu plus haut qu’un homme à cheval. C’était la seule calèche de la ville, et lui seul avait le droit de l’utiliser.
Les maisons, les rues défilaient, au pas des chevaux. Les gens lui adressaient des signes, ôtaient leur chapeau. Des enfants couraient vers lui en riant, quand le cocher marquait un arrêt. Et habituellement il répondait d’un geste bienveillant, d’une esquisse de sourire.

Mais aujourd’hui il restait impassible, les yeux dans le vague. Il se savait populaire. Sa gouvernance avait été une longue ère de paix et de prospérité. Son statut et son autorité de vétéran de la guerre contre la Sorcière lui avait permis de mettre fin aux incessantes escarmouches entre Laksy, Katan et Horizon. Il avait réussi à faire admettre la prééminence de Rondo, et à faire coexister pacifiquement les industrieux Gaians, les condescendants Devas et les paranoïaques Asurans.

Deux marchandes de fleurs lancèrent un bouquet, qui atterrit sur ses genoux. Il remercia d’un signe de tête.
« Dans quelques semaines, c’est des injures qu’elles me lanceront » pensa-t-il, amer. Il ne pouvait plus reculer davantage la promulgation de la Fiscalité, réclamée par Karcinaum, son subordonné. Qu’adviendrait-il ensuite ? Des images de foules en colère, de guerre civile, de villes en flammes, de cortèges de blessés, de gens en haillons lançant des pierres, lui revinrent à l’esprit. Des images de son enfance. Il cligna plusieurs fois des yeux, essuya d’un revers de la main sa joue ridée.

Ils étaient sortis de la ville, le cocher mit les chevaux au trot. Ils ne tarderaient plus à arriver.


En chemin eux aussi vers Lune Aride, LégolasKevin et Pégéhemm respectaient leur consigne de ne pas utiliser de téléporteurs, et d’éviter les routes principales. Ils s’attendaient donc certes à un trajet plus long qu’à l’ordinaire. Mais jamais ils n’auraient imaginé que la Villaine à escorter serait montée sur ornitho. Un ornitho! Bien incapable de suivre leurs oryx. Qui plus est, vexée de les voir ainsi mettre pied à terre dès qu’ils prenaient quelques centaines de mètres d’avance, Zcyn passait ses nerfs sur eux.

« Bon, les deux lourdauds. Vous voyez la plante là-bas ? Oui, dans le bosquet de ronces. C’est une sluginelle frugineuse. Ou peut-être une sluginelle commune. Rapportez m’en la racine. Hé bien, allez-y, rendez-vous un peu utiles. Ma grand-mère peut faire des potions avec ça. Enfin, sauf si c’est une sluginelle commune. Mais allez, dépêchez-vous donc un peu, on va arriver en retard à cause de vous. Qui m’a fichu des empotés pareils ? Ah ben oui, les ronces ça pique. C’est un peu le principe. J’attends…

Vous voilà, pas trop tôt.
Enlevez bien la terre, vous allez grignoter un peu la racine. Pas la peine que je rapporte une sluginelle si elle n’est pas frugineuse. C’est facile, la commune fait vomir.
Mangez. Hé bien allez-y, mangez-en un peu. Oui, tous les deux. Vous voyez, c’est pas si mauvais. Alors ? Ah. Je vois. C’est même pas une frugineuse. Vous servez à rien, en fait. «

Les contours de Lune Aride cependant commençaient à se dessiner dans le lointain, au grand soulagement des deux Roxxors. Zcyn les dépassa sur son ornitho.

« Suivez-moi à pied. Courir un peu, ça vous fera du bien ! »

Aux portes du donjon, le trio remarqua deux gardes d’Horizon, chargés de refouler vers Reliques Deux les éventuels aventuriers novices qui se présenteraient à l’entrée.

« C’est commencé, on peut plus vous faire rentrer par le portail. Venez, il y a une porte de service . Suivez le corridor jusqu’au hall, et surtout ne faites pas de bruit ».

Pégéhemm et LégolasKevin se précipitèrent. Ils venaient d’avoir la même idée. Le couloir était fort étroit. A eux deux, épaule contre épaule, ils en occupaient toute la largeur, et c’est ainsi qu’ils arrivèrent au seuil de la grande salle, et répondirent d’un hochement de tête discret au signe interrogateur de leur chef de Guilde. La mission d’escorte avait été menée à bien. Et elle était maintenant terminée. Derrière eux, bien incapable de passer ni même de voir, Zcyn gesticulait en vain, murmurant toutes sortes de protestations.


A l’intérieur, Buvenir achevait son discours.

« D’ici peu, chefs de guildes, ceux que vous avez désignés pour étalonner ce nouveau donjon vont devenir les premiers Maîtres. Je suis sûr, et le Conseil avec moi, qu’ils s’acquitteront de leur tâche avec application. Et que lorsqu’ils étrenneront leurs nouveaux sorts, leurs nouvelles armures, leur nouveau Rang, ils auront une pensée pour la population qui a consenti un effort très lourd. Et qui va encore s’alourdir.
J’en ai terminé. »

Il y eut quelques acclamations molles. Des chuchotements échangés.

«- Ben dis donc, je l’ai connu plus enthousiaste, le Buvenir. »
« - Avec tout le respect, c’était limite insultant. On va être des Maîtres, quand même ! »

Quelqu’un cependant se raclait la gorge, se préparant à parler fort et clair. SirWatson le Villain, Gladiateur de son état, attendait ce moment depuis fort longtemps. Des semaines durant, il avait ciselé une phrase courte, énergique, où il proclamait à la fois sa valeur, son courage, son dévouement à Buvenir, sa loyauté au Conseil, la fierté de représenter sa Guilde, et la conscience de sa responsabilité en tant que futur Maître.

Il avait même, à la bibliothèque de guilde, parcouru de nombreux livres à la recherche de formules épiques. Mais ça en valait la peine. Aujourd’hui, sa courte proclamation marquerait les esprits, serait répétée dans les tavernes. Aujourd’hui, Buvenir le remarquerait. D’un pas déterminé, il s’avança.

« Premier Conseiller! Moi, SirWatson, je… »

Sans le regarder, Buvenir lui fit signe de se taire. Il avait perçu comme des glapissements étouffés, et, intrigué, se demandait d’où cela provenait. Deux colosses de la guilde des RoxxorsDuPoney barraient l’entrée d’un couloir. D’un geste sec, sourcils froncés, il leur ordonna de s’écarter.

Son visage parut soudain moins accablé, et comme moins vieux, Les yeux bleus se firent presque rieurs tandis que devant lui, Zcyn s’était arrêtée de sautiller et arborait un sourire embarrassé.

« Forcément. De qui d’autre aurait-il pu s’agir ? » prononça le vieillard d’un ton sévère, que démentait son large sourire. « Cette petite cérémonie n’aurait assurément pas été complète sans vous. Bougon m’a relaté votre passage de Rang, qui fut plein de… surprises. C’est important, savez-vous, qu’il existe quelqu’un comme vous, doté de cette exceptionnelle capacité… »

« …à foirer les choses les plus simples, à perdre contre un louveteau. A être une sorte de clown. » faillit ajouter Buvenir avant de se reprendre. Ses hautes fonctions lui interdisaient ce genre de langage peu châtié. Zcyn se méprit et répondit à côté.

« J’y travaille chaque jour, bien sûr. Mais surtout je pense être née pour ça. Le destin m’a choisie. »

Buvenir ne l’écoutait plus. Avant de prendre congé, il parcourut l’assemblée du regard, adressant un salut de la main chaque fois qu’il reconnaissait un chef de guilde. Puis, entouré de son escorte, il quitta le donjon.

Immédiatement, l’atmosphère se fit plus chaleureuse, moins solennelle. Hésac, le chef de la guilde des Villains, prit la parole.

« Il nous reste à voir si nous sommes bien d’accord sur qui va étalonner pour quelle classe. Le but est de voir si le donjon n’est pas hors de portée. Si l’un de vous met plus d’une demi-heure, on refera les règlages.
Sorcier, c’est moi qui m’y colle.
Elémentaliste. DarkMatter, tu es sûr que tu ne veux pas? D’accord, donc Lucrécia des Roxxors.
Traqueur. DameDeCaro, des CoeursDePique. Albarran, tu confirmes? Parfait, c’est acté.
Cabaliste. FriendlyZombie, des SixMeuhTiers.
Gladiateur, Pégéhemm des Roxxors. »

SirWatson faillit s’évanouir. Gladiateur lui aussi, il avait compté que son chef de guilde le soutiendrait. Devenir le tout premier Berserker, c’était un point essentiel de son plan de carrière. Hésac marcha vers lui.

« Oui, Pégéhemm a un meilleur équipement que toi. Oui, c’est un Roxxor et on est obligés de leur donner pas mal de places vu que c’est eux qui ont payé le donjon. Mais, de toute façon, sur ses capacités intrinsèques, honnêtement je pense qu’il est meilleur que toi. «

Le sorcier reprit sa liste.

«Sagittaire. LegolasKevin, également des Roxxors
Chaman. PepsiDreamer des SertLeThé.
Druide. Seita des ParagonNightmare
Animiste SingularisPorcus des TourneBroche
Champion. Duguesclin, des CoeurDePique
Paladin Fragil des ParagonNightmare. Euh, que se passe-t-il ? »

Un gladiateur était sorti en hâte, la main sur la bouche, bousculant tout le monde sur son passage. Un petit groupe le suivit dehors. A genoux dans le sable, Pégéhemm vomit plusieurs fois puis se redressa, la figure verdâtre et boursouflée.

« ‘Tu t’es fait piquer? Mordre? Tu as touché un malade? Mangé quelque-chose ? » interrogea un prêtre.

« - De la..euh…fruginelle, je crois. » articula le gladiateur, avec difficulté.

Le prêtre leva les yeux au ciel.

« De la sluginelle ! Commune, je suppose. Normalement c’est bénin, mais tu dois avoir une prédisposition allergique. Je peux rien pour toi, il n’y a pas de blessure ni de saignement. Cela va passer tout seul, en quelques semaines. Et tu vas vomir toutes les dix minutes. »

Le petit groupe revint, laissant Pégéhemm à ses tourments. Hésac consulta ses homologues chefs de guildes puis fit venir SirWatson

« Je ne sais pas à qui tu le dois, mais tu vois, en fin de compte tu seras le premier Berserker. Allez, on a presque fini.
« Prêtre. BandAid des SoeursSourire.
Sage. FrèreTuck des SherwoodForEver
Belluaire. FoolFellow. Non, je plaisante. MoonKir, de chez nous.
Assassin. Là, le choix fera l’unanimité, je pense...”

Zcyn s’avança vers le centre de la salle.

« Mais il n’est pas là, comme vous vous en doutez bien » poursuivit le Sorcier. « J’irai chercher Crime-Sud moi-même, il a accepté que je vienne chez lui, à condition que je ne vous dise pas quand.
On a fait le tour, il me semble. »

Zcyn lui tapa sur l’épaule.

« Mais… et moi ? On me fait venir spécialement, et… rien ? »

Hésac se frappa le front.

« Zcyn ! On a failli oublier le principal. Tu vas étalonner le donjon sans considération de race ni de classe. «

« - Le meilleur temps, toutes classes confondues… Et bien, soit !» répondit l’assassine.

« C’est presque ça. » reprit le Sorcier. « C’est l’autre borne de l’étalonnage. Si tu mets moins de deux heures, c’est que c’est trop facile. »


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Re: [RP] Zcyn

Messagepar Sairen » Dim 21 Aoû 2016 19:19

Pauvre Zcyn, tout ça pour ça :boulet:
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Re: [RP] Zcyn

Messagepar zcyn » Sam 13 Mai 2017 12:08

Zcyn LXI



Un sucre, merci




Des volutes de vapeur s’élevaient lentement de la tasse de Darkmatter, et ce dernier ne se donnait même pas la peine de souffler. Rien ne pressait. La serveuse qui venait de verser l’eau bouillante s’affairait maintenant à mettre en place un paravent en bois léger, non pas pour protéger les autres clients des effluves naissantes de tilleul mais pour leur épargner l’irritation que pouvait leur causer la vue d’un asuran. Ce n’était pas que les gens de Katan soient indésirables dans l’estaminet, mais bon, on était à Laksy, tout de même.

L’élémentaliste, le buste un peu penché vers l’avant, les deux coudes posés sur la petite, quoique robuste, table ronde, examinait avec une curiosité d’érudit la fresque, sculptée à la gouge, qui décorait le paravent. La reproduction d’une scène de bataille, où un groupe de Dévas repoussaient des monstres marins. Darkmatter sourit, et porta à ses lèvres la tasse de tisane. Il se souvenait d’avoir vu la même scène de bataille chez un marchand de tableaux à Horizon. Avec cette fois des Gaians dans le rôle des vaillants aventuriers.

L’archiviste des Villains appréciait certes l’établissement pour la qualité de ses infusions, mais surtout pour son calme. C’était le lieu idéal pour une rencontre discrète. Ici, on n’était jamais interrompu par une bagarre comme à Katan, ou comme à Horizon par un poivrot vous braillant une chanson paillarde dans les oreilles avant de vomir ses bières sur votre table.

De subtiles effluves de menthe poivrée lui firent deviner que son invitée venait de rentrer dans la taverne. Il se leva. Lucrécia était devant lui.

«- Salut à toi, magicienne du chaos ! »

« Pas encore » répondit la RoxxorDuPoney tout en s’asseyant. « Seita, le druide des Paragon, nous a tué tous nos monstres. J’ignore ce qu’il cherchait à prouver. Il a peut-être pensé qu’il n’aurait pas le record du parcours le plus rapide, vu que pour les assassins c’est Crime-Sud qui va concourir. Et celui-là, pour le battre… En tout cas, notre provision de lak s’est avérée très insuffisante. On a dû en commander. On attend. En plus maintenant les autres vont vouloir faire pareil. Les récolteurs de lak ne pourront pas suivre. Bref, on a pris un gros retard.

Et d’ailleurs, c’est toi qui aurais dû devenir le premier Maître en classe mago, pas moi. Pourquoi t’es-tu défilé ? »

DarkMatter ne répondit pas tout de suite, perdu dans sa contemplation de cette jeune fille au summum de sa beauté, et qu’il avait connue alors qu’elle n’était encore presque qu’une enfant. Une masse de cheveux d’un noir de jais, jadis hirsutes, aujourd’hui impeccablement peignés. Des lèvres rouge sang où flottait la même moue boudeuse qu’autrefois. D’immenses yeux verts, qu’elle n’avait jamais baissés devant personne.

«- Lucrécia, pourquoi es-tu rentrée chez les Roxxors ? »

« Et toi, pourquoi es-tu resté dans ta petite guilde ? »

Mille fois Darkmatter avait posé la question, et mille fois la magicienne avait répondu de même. C’était devenu un jeu entre eux, un rituel. Le Villain, évidemment, savait ce qu’il en était.

Contrairement à beaucoup, Lucrécia n’était ni pauvre ni orpheline, ni la survivante d’un village massacré par des Orcs. Issue d’une longue lignée de négociants en vins et charbons, Adélaïde de Beaucé-Rondo, comme elle s’appelait alors, avait grandi dans une maison cossue, servie par moult domestiques, et n’avait jamais manqué de rien. D’affection peut-être.

On s’effrayait de ses dispositions naissantes pour la magie. Aussi loin que l’on remontât dans les générations, personne n’avait eu de tels dons dans la famille. Ni des yeux de cette couleur. Son père la traitait comme une étrangère. Sa mère elle-même s’interdisait la moindre caresse, semblant la voir comme la preuve vivante d’une faute lointaine et ineffaçable.

Aucune importance, se disait-on chez les Beaucé-Rondo, tout ce qu’on attendait d’Adélaïde c’était de sceller un jour par un beau mariage une alliance avec n’importe quelle autre famille noble et riche.

Mais un matin au lever du soleil, la gamine aux yeux verts avait frappé à la porte des Servantes de la Déesse. La mère supérieure l’avait reçue, comme elle le faisait avec toute candidate, presque chaque semaine, et avait sondé son esprit. La procédure était habituelle, même si le profil de la néophyte l’était moins. Trois jours plus tard, renonçant à ses biens, ses titres, et ses futurs héritages, Adélaïde de Beaucé-Rondo était devenue Lucrécia.

L’Institution des Servantes avait appointé DarkMatter comme précepteur. Cela aussi, c’était la procédure habituelle. Au bout d’un an, le mentor, selon le potentiel qu’il décelait – ou non – chez la néophyte, en faisait sa disciple, ou bien la rendait aux Servantes, pour une vie de dévotion, de prière et de recueillement.

Et l’élémentaliste avait signé des deux mains pour garder Lucrécia. Il l’aurait fait bien plus tôt si la procédure l’avait permis. La gamine était née pour la magie. Elle assimilait non seulement les sorts, mais toutes les versions anciennes, primitives, abandonnées de ces mêmes sorts. Des versions qui utilisaient trop de mana, ou avaient trop de portée, ou trop peu. A la différence des autres mentors, qui se demandaient habituellement « Est-ce que ma petite protégée est vraiment faite pour ça ? », les interrogations du Villain tournaient plutôt autour des deux thèmes « Le monde est-il assez grand pour elle ? » et « Arriverai-je à la garder en vie ? »

Car la prudence, l’évaluation préalable des risques, la juste mesure du danger étaient autant de notions qu’il ne parvenait guère à inculquer à la petite demoiselle. Un jour qu’il l’emmenait pour la première fois dans la Forêt Obscure, elle avait profité d’un moment d’inattention pour lui fausser compagnie et faire cavaler son ornitho vers la Mansion, cette bâtisse en ruines, juchée au sommet d’une colline, infestée de licornes noires et d’anges. Il l’avait rattrapée de justesse.

« Une mage de troisième Rang ne doit pas s’aventurer seule dans la Forêt Obscure, et n’a certainement pas à s’approcher de la Mansion. Je te l’interdis formellement, entends-tu ?»

Elle y était retournée dès le lendemain.

Mais DarkMatter, pas né de la dernière pluie, lui avait prévu un discret ange gardien. Kazanov l’assassin, une jeune recrue de la guilde alliée des SertLeThé. Lucrécia passa donc une journée fort excitante à travailler sa précision, son placement, son esquive, sa gestion de mana, pendant que son professeur dormait paisiblement dans la bibliothèque de la Guilde. Trois coups frappés à la porte le réveillèrent, il fit rentrer Kazanov.

« - Elle ne t’a pas vu ? C’est ça le plus important. Si elle t’a vu elle va vouloir y retourner vraiment seule, et en plus elle sera furieuse contre moi.

- Furtif, c’est mon deuxième prénom. D’ailleurs je n’ai guère eu à intervenir, quatre ou cinq fois peut-être.

- Kazanov !

- Bon d’accord, une douzaine de fois. Au début, surtout. Le repop est vraiment particulier là-bas. Mais une fois qu’elle a eu pigé… ahurissant ! Et rien qu’en mono-cible, en plus…

- Oui, je ne lui ai pas encore appris les AOE. Merci Kazanov, à charge de revanche »

Au matin des quinze ans de Lucrécia, Darkmatter avait jugé que l’heure était venue pour l’étape suivante : l’admission chez les Villains.

Justement la jeune fille rentrait en trombe dans la bibliothèque.

« - Assieds-toi, Lucrécia. Il est temps que je te laisse voler de tes propres ailes, et que tu rentres dans la Guilde des… »

- Roxxors ! Je viens de passer les tests, ils me prennent. Je passais juste te faire la bise. Pour mon ’équipement, mes grimoires, tout ça, tu gardes tout. Qu’est-ce que tu veux que j’en fasse, ils vont m’en donner du tellement meilleur. Je file, je suis pressée, Kévin doit me faire choisir un dragon. Tu te rends compte ? Un dragon !»

DarkMatter avait mis des années à digérer sa déception et son amertume. Lucrécia pour sa part, s’épanouissait pleinement chez les RoxxorsDuPoney, y grimpant saison après saison dans la hiérarchie tout en gagnant, à titre individuel, sa place parmi l’élite des élémentalistes. Et pourtant elle se piquait d’avoir gardé, au moins à ses propres yeux, une forme de loyauté envers DarkMatter et les Villains. Elle leur envoyait parfois de l’équipement. Elle ne participait pas aux sièges contre eux. Et un soir à la nuit tombée, elle avait apporté un feuillet. Une lettre jaunie.

« J’ai accès aux archives secrètes maintenant. » avait-elle expliqué à DarkMatter. « On a des dossiers sur tout le monde. Et puis pas mal de vieux papiers aussi. Je sais que tu aimes les vieilleries, je t’ai apporté ça. Une lettre, on dirait. On n’en fera rien, de toute façon.


- Donne… demain je ne serai plus…ne pleure pas… »

Penché sur le papier, le Villain avait achevé sa lecture silencieusement. Puis il s’était redressé.

«- En effet pour un non-érudit, ce n’est qu’un vieux papier. Alors que l’importance historique de cet écrit est, je le pense, considérable. Cependant c’est avant tout une lettre privée, et il convient que je la montre d’abord à Kazanov, ça l’intéressera au plus haut point.»

« Kazanov ? Alors, vous êtes quittes, maintenant! Tu sais, pour la Mansion, cette vieille histoire.» avait-elle répliqué en arborant son sourire favori, fait à la fois de jubilation et de condescendance.

« Qu’est-ce que tu croyais, » avait-elle continué. « Les Licornes noires qui s’écroulent raides mortes dans mon dos…alors que je suis en mono-cible… Après, des assassins il n’y en a pas tant que ça. Tu n’avais ni le temps ni les moyens de louer les services de Crime-Sud. Alors que sous la main, chez les SertLeThé, cette guilde amie, il y avait ce jeune homme prometteur, désintéressé, qui venait de passer fort brillamment son Cinquième rang. Donc… »

Et aujourd’hui dans cette taverne de Laksy, tout en considérant l’infusion de tilleul posée sur la table, elle souriait aussi. D’un sourire différent. Discret, amusé.

« Du tilleul…Tu n’es quand même pas vieux à ce point-là ! »

Et haussant la voix elle commanda une absinthe.

« Et dans un grand verre ! »

DarkMatter fronça les sourcils.

«- Attention avec ça. C’est toxique. Une eau-de-vie de cerises, si tu cherches l’ivresse, je ne dis pas. Mais ça… Les dommages sont irréversibles, ça attaque le… »

« Oui mais l’absinthe ça fait rappel de ton avec mes yeux. » coupa-t-elle. « Et puis c’est toujours le même refrain avec toi, je suis sous la coupe des Roxxors, droguée à l’absinthe, manipulée par Karc… »

La jeune fille rougit. DarkMatter enchaîna immédiatement.

«- Par Karcinaum ? Mais je croyais que c’était des rumeurs, que seules les mauvaises langues évoquaient des liens étroits entre lui et les Roxxors. Alors ? Parle-moi de tous ces nouveaux sorts, ces sorts de Maîtres ? Ne viennent-ils pas tout droit du… »

« Non et non ! Les sorts de Maître viennent de notre institut de recherches magiques et techniques, pas du tout du Grimoire Noir! » tenta Lucrécia avant de se mordre la langue.

«- Le Grimoire Noir… » poursuivit DarkMatter. « C’est toi qui l’as nommé. Gamine, au risque de passer pour un vieux radoteur, ce livre est dangereux. C’est l’ancre, la passerelle, la brèche qui peut permettre le retour de la Sorcière. Si tous les mages du monde se mettent bientôt à utiliser des sorts tirés en droite ligne du Grimoire, qui sait… »

«Tu as peur d’elle ?» intervint la magicienne. « Tu sais, moi mon rêve, c’est qu’elle sorte, qu’elle parvienne enfin à le franchir pour de bon, son portail du donjon Espoir. Tu vis trop dans tes livres anciens. On n’est plus aux temps d’Hector, on n’a plus besoin d’armées entières pour l’affronter. Une fois maître, je la prends en un contre un.«

Elle se tut à l’approche de la servante, qui déposa sur la table tout le parfait petit nécessaire du rituel de l’absinthe. Verre, cuiller, carafe d’eau. Puis elle jeta à la magicienne un regard interrogatif qui, dans le contexte, ne pouvait se rapporter qu’au nombre de sucres souhaités.

« Un seul, merci; et je verserai l’eau moi-même. »

La servante repartie, Lucrécia considéra le verre, qui contenait un fond d’absinthe concentrée, épaisse, pâteuse, d’un vert presque noir. Le rituel, dans sa finalité, était des plus simples: il s’agissait d’ajouter l’eau et le sucre. La tradition cependant, à laquelle aucun amateur authentique d’absinthe n’aurait dérogé, en rendait l’accomplissement fort délicat.

Elle disposa la cuiller à l’horizontale sur le verre, comme une sorte de pont. Puis le sucre sur ladite cuiller. Restait, exercice de dextérité et de précision, à verser l’eau de façon à ce qu’elle désagrège le sucre puis se déverse dans le verre.

La Roxxor se leva et prit la carafe. Il fallait verser l’eau d’assez haut, sinon le sucre n’était pas frappé avec assez de force et ne fondait pas. Les écueils étaient nombreux. Honte à celui qui, visant mal, se retrouvait avec un verre rempli et un sucre encore presque intact. Ou qui éclaboussait la table. Ou pire encore, faisait tomber le sucre. Dans les tavernes de Laksy, les valets et servantes utilisaient des cuillers spéciales, percées, larges. Dans les tavernes de Katan ou d’Horizon, on ne servait pas d’absinthe du tout, ça réglait la question.

« Une cuiller… » prononça Lucrécia avec une moue. « J’aurais préféré la lame d’un couteau posé à plat, ça ne pardonne pas l’erreur. Quelle main ? »

DarkMatter sourit. Quoiqu’elle soit gauchère, il avait bien pris soin, dès les premières semaines d’apprentissage, que la fillette qu’elle était jadis sache lancer ses sorts avec n’importe quelle main. Tant qu’elle n’y arrivait pas, il ne lui en apprenait pas d’autres.

«- La droite. »

La jeune fille versa une goutte d’eau, qui tomba au centre du sucre et y creusa une petite cuvette. D’autres suivirent. Au final le verre n’était qu’à moitié rempli quand le dernier fragment de sucre disparut. Un tour de force que même un cabaretier professionnel n’aurait pas désavoué. DarkMatter pour sa part observait avec effroi l’absinthe encore fort peu diluée. Amusée, la magicienne se rassit, enleva la cuiller et finit de verser l’eau.

« Je ne vais pas forcément tout boire » promit-elle d’un ton rassurant. « C’était surtout pour l’exercice de dextérité. Si l’on veut se maintenir au sommet, il faut savoir faire feu de tout bois pour s’entraîner, même dans une taverne. Mais, et toi? Si tu t’en donnais la peine, tu pourrais redevenir le numéro un. Tu en as gardé le potentiel. Si c’est une question d’équipement, on peut toujours s’arranger. »

«- Le potentiel? Parce-que je suis plus vieux, et que donc mes sorts ont plus de puissance et de portée que les tiens? Parce-que j’emmagasine une plus grande réserve d’énergie magique? Et d’une, il y a une contrepartie, je régénère moins vite. Et de deux, à ce compte-là, à l’ancienneté le mage numéro un ce n’est pas moi, c’est Karcinaum, et de loin.
Mais chacun sait que ce n’est vrai qu’en théorie. Comme lui, je suis retiré des affaires. Numéro un, je le reste en quelque sorte par procuration, puisque tu vas devenir la toute première magicienne du chaos. Je vis dans mes livres, je bois mon tilleul, et toi tu combats les monstres, tu sauves le monde. Cette répartition des tâches me convient tout-à-fait.«

L’archiviste des Villains n’avait guère prononcé cette tirade que pour entretenir la conversation, sans y attacher de réelle importance, et s’attendait à ce que Lucrécia le suive sur ce terrain d’un aimable bavardage. Mais la jeune fille ne répondait rien. Quand DarkMatter avait parlé de sauver le monde, les yeux de la Roxxor avaient cligné plusieurs fois, et maintenant son visage restait figé, penché sur son verre d’absinthe comme si elle cherchait à s’y mirer.

Il plissa les yeux. Il connaissait cette expression, bien qu’il ne l’eût observée que fort rarement. Quand sa petite apprentie n’arrivait pas à reconnaître qu’elle n’avait pas réussi à accomplir la tâche assignée. Même en y mettant tout son cœur. Même en recommençant encore et encore. Qu’elle n’avait pas survécu dans la salle du Suicide de palmir. Qu’elle avait gâché dix cartes de salamandres sans parvenir à en apprivoiser une seule.

« Je… » commença-t-elle.

DarkMatter restait silencieux. La jeune fille but une gorgée d’absinthe.

« Je suis chargée, c’est une de mes attributions chez les Roxxors, de veiller sur le monde, oui, d’une certaine façon. Je dois déceler les menaces potentielles. Les signes. Les traces. Les anomalies. Un artéfact enfoui depuis des milliers d’années au cœur d’une montagne, et qui soudain se réactive. Un donjon qui apparaît. Une population de monstres qui disparaît d’un seul coup. »

«- Comme les anges autour de palmir ? « intervint DarkMatter. « Remplacés par les cubes ».

« Oui. Ce genre de phénomène. Et là... c'est diffus... Je n'ai pas encore trouvé comment ça pourrait se déclencher. La probabilité est très faible, je pense. J'espère. «

"-Mais quoi? Que tous les boss de tous les donjons se concertent pour attaquer Rondo le même jour?"

Lucrécia secoua la tête.

"Les boss... on y arriverait. On s'y mettrait à plusieurs guildes. Il y aurait trois jours de bataille, la ville serait en ruines, mais on les repousserait.
Je cherche toujours. Parce-que si ça arrive... Je... Je ne pourrai pas... Personne ne pourra. Je voudrais tellement être sure que ça ne peut pas se produire. La Guilde met à ma disposition tout son savoir, toute sa technologie. Les relais télépathiques. Le stéréomagicomètre. «

DarkMatter faillit recracher son tilleul.

«- Le quoi ? »

« Une invention de Seita, des Paragons, dont il a fait don au Conseil des Guildes, et que notre Institut a amélioré. »

DarkMatter aimait de moins en moins la tournure que prenait la conversation. Il y avait ces rumeurs déplaisantes concernant les Roxxors, auxquelles il avait espéré que Lucrécia n’était pas mêlée.

«- On raconte, future Magicienne du Chaos, que les Paragons n’ont rien donné du tout, qu’ils ont été victimes d’un vol des plans de leur invention. On raconte que votre Guilde traque Enny. Plusieurs aventuriers chargés de patrouiller dans le donjon Espoir ont vu débarquer une ou deux brigades de chez vous, peu après avoir croisé la Possédée. Manifestement, vous la détectez dès qu’elle apparaît. Alors si vous avez volé un instrument dans le but de localiser et d'assassiner...«

La jeune fille porta à nouveau le verre d’absinthe à ses lèvres, et le garda dans ses mains, sans le reposer sur la table.

« Non… Il ne s’agit pas de ça. Les Paragons…on s’en fiche. Enny… elle peut bien crever… ce n’est pas important. «

«- Lucrécia! Lucrécia, regarde-moi. Je ne t’ai pas appris que des sorts. L'ambition n'excuse pas tout. Les Villains, on ne sera jamais les plus forts, ni les plus riches, ni les plus nombreux. On a dans nos rangs quelques chapardeurs de poules, quelques fripouilles qui ont lancé des cailloux dans les vitres des belles maisons de Rondo. Mais on est une guilde à la réputation sans tâche. Tu as été ma disciple, je ne veux pas avoir à rougir de toi. Que tu sois rentrée chez les Roxxors pour te servir d’eux comme d’un levier pour accéder aux formes ultimes du savoir, de la magie, passe encore. Mais que tu en sois devenue une, corps et âme, que tu sois complice des sombres desseins de tes chefs, que rien ne compte plus pour toi que les dégâts de tes sortilèges, c’est ce que je ne saurais… »

« Tais-toi. Tais-toi, DarkMatter. »

La magicienne s’absorbait dans la contemplation de son verre, encore largement plein, et semblait vouloir éliminer de ses perceptions tout le reste du monde. Ne plus entendre DarkMatter. Le sens de ses paroles ne comptait même pas. C’était juste une histoire de bruit. Ne plus rien entendre du tout. Rien. Rien du tout.

D’un seul coup, trop rapidement pour que son ami et ancien précepteur puisse l’en empêcher, elle vida toute l’absinthe d’un trait. Puis laissa retomber lourdement le fragile gobelet de cristal, qui se brisa. Du sang jaillit de la paume entaillée. Elle ne le remarqua même pas. Ses pupilles étaient dilatées, ses lèvres étaient retroussées comme les babines d’un chien qui va mordre, sa tête faisait un angle bizarre.

« DarkMatter ! Oui, on est tous en danger. Oui, oui, cent fois oui, on va peut-être tous y passer.
Et tu sais quoi ? On s’en fiche d’Enny, de la Sorcière, de Butkadah. L’entité en question, elle est là, tout près de nous. De toi. De toi, DarkMatter ! Te rends-tu compte de toute l’ironie de la situation? Cette créature contre laquelle on ne peut sans doute déjà plus rien faire, et dont on peut juste prier pour qu'elle ne se dévoile jamais, c’est dans ta Guilde que ça se passe! Chaque saison, chaque mois, elle devient plus forte. Elle… »

Finalement assommée par l’énorme quantité d’alcool absorbée, la magicienne bredouilla encore quelques mots puis s’affaissa dans son fauteuil, ivre morte. Abasourdi, hagard, DarkMatter se laissa docilement mettre dehors par les serveurs accourus suite au tapage. Et qui ne le laisseraient plus jamais rentrer dans cette taverne. Mais il s’en souciait peu. Avant de s’écrouler, La Roxxor avait lâché un nom. Un nom d’une seule syllabe.

Zcyn !




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